‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 56 sur 192 · L’OFFICIER · texte numérisé non relu

L’OFFICIER

Alamir ! de ce nom je n’ai point connaiffance; Mais je refpecte en lui l’honneur de votre choix ;

S’il combat pour votre défenfe, Nous ferons trop heureux de fervir fous fes lois. Je vous ramène auffi vos compagnes fidelles.

Vos premiers officiers, vos dames du palais; Echappés aux tyrans , ils nous fuivent de près.

Ah ! les agréables nouvelles !

Constance»

Ciel ! qu'eft ce que je vois?

Les trois Grâces & une troupe d'Amours

& de Plaifirs paraijfent fur la fcène.

Le o n o R.

Les Grâces, les Amours.

Le Duc de Foix.

Ainfi Gafton de Foix veut vous fervir toujours.

( on danfe. )

SANCHETTE au duc de Foix.

( interrompant la danfe. )

Ce font donc là fes domefliques ?

Que les grands font heureux , 6c qu’ils font magnifi-

ques !

Quoi! de toute princeffe eft-ce-là la maifon?

Ah! que j’en fois , je vous conjure.

Quel cortège ! quel train !

Le Duc de Foix.

Ce cortège ef un don

Qui vient des mains de la nature;

Toute femme y prétend.

Sanchette.

Puis-je y prétendre aufi ?

Le D u c d e Fo i x.

Oui fans-doute, avec vous les grâces font ici:

Les grâces fuivent la jeunefe , Et vous les partagez avec cette princese.

Sanchette.

Il le faut avouer, on n’a point de parent

Plus agréable & plus galant.

Venez que je vous parle; expliquez-moi de grâce Ce qu'eft un duc de Foix, & tout ce qui fe pafle ; Reftez auprès de moi, contez-moitout cela, Et parlez-moi toujours, pendant qu’on danfera.

( elle saflied auprès du duc de Foix, )

( on danfe. )

Les trois Grâces chantent.

La nature , en vous formant,

Près de vous nous fit-naître ;

Loin de vos yeux nous ne pouvions paraître:

Vous vous fervons fidellement:

Mais le charmant Amour eû notre premier maître.

( on danfe. )

Une des Grâces.

Vents furieux, trilles tempêtes ,

Fuyez de vos climats:

Beaux jours , levez-vous fur nos têtes,

Fleurs, naisfez fur nos pas.

( on danfe. )

Echo, voix errante ;

Légère habitante,

De ce féjour ,

Echo , fille de l’Amour,

Doux roflignol , bois épais, onde pure, Répétez avec moi ce que dit la nature :

il faut aimer à fon tour.

( on danfe, )

Un Plaisir.

( Paroles fur un menuet. )

(zer couplet.)

Non, le plus grand empire

Ne peut remplir un cœur:

Charmant vainqueur.

Dieu féducteur,

C'eft ton délire

Qui fait le bonheur.

(on danfe.) • Une BERGERE.

Un Berger.

J’aime ,&je crains ma flâme; Je crains le repentir.

Tendre defir.

Premier plaifir.

Dieu de mon âme,

Fais-moi moins gémir.

Ah ! le refus, la feinte

Ont des charmes puifans

Defirs naiffans ,

Combats charmans

Tendre contrainte.

Tout fert les amans.

( on danfe. )

Un Amour, alternativement avec le Chœur 9

Divinité de cet heureux féjour. no LA PRINCESSE DE NAVARRE.

Triomphe & fais grâce..

Pardonne à l’audace,

Pardonne à l’amour.

(on danfe. )

Le même AMOUR,

Toi feule es caufe

De ce qu’il ofe;

Toi feule allumas fes feux.

Quel crime eft plus pardonnable?

C'eft celui de tes beaux yeux ;

En les voyant tout mortel eft coupable.

Le CHŒUR.

Divinité de cet heureux féjour,

Triomphe & fais grâce,

Pardonne à l’audace.

Pardonne à l’amour.

Constance.

On pardonne à l’amour, & non pas à l’audace : Un téméraire amant, ennemi de ma race.

Ne pourra m'appaifer jamais.

Le D v c deFoi x.

Je connais fon malheur, & fans-doute il 1 accable;

Mais ferez-vous toujours inexorable?

Constance.

Alamir § je vous les promets.

Le Duc de Foix.

On ne fuit point fa deftinée :

Les devins ont prédit à votre âme étonnée

Qu’un Qu’un jour votre ennemi ferait votre vainqueur.

Constance.

Les devins fe trompaient; fiez-vous à mon cœur*

Le C H G u R chante

On diffère vainement ;

Le fort nous entraîne.

L’amour nous amène

Au fatal moment,

( trompettes & timbale s. ) Mais d’où partent ces cris, ces ions, ce bruit de guerre ?

HERNAND, arrivant avec précipitation.

On marche, & les Français précipitent leurs pas: Ils n’attendent perfonne.

Le DUCDEFOIX

Ils ne m'attendront pas ; Et je vole avec eux.

C O N S T A N C Eli

Les jevix & les combats Tour-à-tour aujourd’hui partage ent-ils la terre?

Où fuyez «vous , où portez-vous vos pas?

Le Duc de F oix.

Je fers fous les Français, & r on devoir m’appelle ; Ils combattent pour vous : j ugez s’il m’ell permis De relier un moment loin d’un peuple fidèle Qui vient vous délivrer de 1 ousvos ennemis. (ilfort.)

CONSTANCEà Léonor.

Ah ! Léonor , cachons u n trouble fi funeste. La liberté des pleurs ef t tout ce qui me relie.

( elles J priant, )

Thé<ure^ TomeI.. F Sans ce brave Alamir que devenir, hélas !

MORILLO

Que d’aventures ! quel fracas!

Quels démons en un jour affemblent des Alcades;

Des Alamir, des ferénades.

Des princefles & des combats/

Sanchette.

Vous allez donc fervir suffi cette princeffe ? Vousfuivrez Alamir, vous combattrez?

MORILLO

Qui, moi !

Quelque fot ? Dieu m’en garde.

Sanchette.

Et pourquoi non?

MORILLO

Pourquoi?

C'ef que /fai beaucoup defageffe.

Deux Rois s en von t combattre à cinq cents pas d’ici,

Ce font des affaires fort belles; Mais ils pourront fans moi terminer leurs querelles.

Et je ne prend s point de parti.

Fin du (econd Acte. *@*n*@neta*,0*n0*,@*n

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