L’OFFICIER
Alamir ! de ce nom je n’ai point connaiffance; Mais je refpecte en lui l’honneur de votre choix ;
S’il combat pour votre défenfe, Nous ferons trop heureux de fervir fous fes lois. Je vous ramène auffi vos compagnes fidelles.
Vos premiers officiers, vos dames du palais; Echappés aux tyrans , ils nous fuivent de près.
Ah ! les agréables nouvelles !
Constance»
Ciel ! qu'eft ce que je vois?
Les trois Grâces & une troupe d'Amours
& de Plaifirs paraijfent fur la fcène.
Le o n o R.
Les Grâces, les Amours.
Le Duc de Foix.
Ainfi Gafton de Foix veut vous fervir toujours.
( on danfe. )
SANCHETTE au duc de Foix.
( interrompant la danfe. )
Ce font donc là fes domefliques ?
Que les grands font heureux , 6c qu’ils font magnifi-
ques !
Quoi! de toute princeffe eft-ce-là la maifon?
Ah! que j’en fois , je vous conjure.
Quel cortège ! quel train !
Le Duc de Foix.
Ce cortège ef un don
Qui vient des mains de la nature;
Toute femme y prétend.
Sanchette.
Puis-je y prétendre aufi ?
Le D u c d e Fo i x.
Oui fans-doute, avec vous les grâces font ici:
Les grâces fuivent la jeunefe , Et vous les partagez avec cette princese.
Sanchette.
Il le faut avouer, on n’a point de parent
Plus agréable & plus galant.
Venez que je vous parle; expliquez-moi de grâce Ce qu'eft un duc de Foix, & tout ce qui fe pafle ; Reftez auprès de moi, contez-moitout cela, Et parlez-moi toujours, pendant qu’on danfera.
( elle saflied auprès du duc de Foix, )
( on danfe. )
Les trois Grâces chantent.
La nature , en vous formant,
Près de vous nous fit-naître ;
Loin de vos yeux nous ne pouvions paraître:
Vous vous fervons fidellement:
Mais le charmant Amour eû notre premier maître.
( on danfe. )
Une des Grâces.
Vents furieux, trilles tempêtes ,
Fuyez de vos climats:
Beaux jours , levez-vous fur nos têtes,
Fleurs, naisfez fur nos pas.
( on danfe. )
Echo, voix errante ;
Légère habitante,
De ce féjour ,
Echo , fille de l’Amour,
Doux roflignol , bois épais, onde pure, Répétez avec moi ce que dit la nature :
il faut aimer à fon tour.
( on danfe, )
Un Plaisir.
( Paroles fur un menuet. )
(zer couplet.)
Non, le plus grand empire
Ne peut remplir un cœur:
Charmant vainqueur.
Dieu féducteur,
C'eft ton délire
Qui fait le bonheur.
(on danfe.) • Une BERGERE.
Un Berger.
J’aime ,&je crains ma flâme; Je crains le repentir.
Tendre defir.
Premier plaifir.
Dieu de mon âme,
Fais-moi moins gémir.
Ah ! le refus, la feinte
Ont des charmes puifans
Defirs naiffans ,
Combats charmans
Tendre contrainte.
Tout fert les amans.
( on danfe. )
Un Amour, alternativement avec le Chœur 9
Divinité de cet heureux féjour. no LA PRINCESSE DE NAVARRE.
Triomphe & fais grâce..
Pardonne à l’audace,
Pardonne à l’amour.
(on danfe. )
Le même AMOUR,
Toi feule es caufe
De ce qu’il ofe;
Toi feule allumas fes feux.
Quel crime eft plus pardonnable?
C'eft celui de tes beaux yeux ;
En les voyant tout mortel eft coupable.
Le CHŒUR.
Divinité de cet heureux féjour,
Triomphe & fais grâce,
Pardonne à l’audace.
Pardonne à l’amour.
Constance.
On pardonne à l’amour, & non pas à l’audace : Un téméraire amant, ennemi de ma race.
Ne pourra m'appaifer jamais.
Le D v c deFoi x.
Je connais fon malheur, & fans-doute il 1 accable;
Mais ferez-vous toujours inexorable?
Constance.
Alamir § je vous les promets.
Le Duc de Foix.
On ne fuit point fa deftinée :
Les devins ont prédit à votre âme étonnée
Qu’un Qu’un jour votre ennemi ferait votre vainqueur.
Constance.
Les devins fe trompaient; fiez-vous à mon cœur*
Le C H G u R chante
On diffère vainement ;
Le fort nous entraîne.
L’amour nous amène
Au fatal moment,
( trompettes & timbale s. ) Mais d’où partent ces cris, ces ions, ce bruit de guerre ?
HERNAND, arrivant avec précipitation.
On marche, & les Français précipitent leurs pas: Ils n’attendent perfonne.
Le DUCDEFOIX
Ils ne m'attendront pas ; Et je vole avec eux.
C O N S T A N C Eli
Les jevix & les combats Tour-à-tour aujourd’hui partage ent-ils la terre?
Où fuyez «vous , où portez-vous vos pas?
Le Duc de F oix.
Je fers fous les Français, & r on devoir m’appelle ; Ils combattent pour vous : j ugez s’il m’ell permis De relier un moment loin d’un peuple fidèle Qui vient vous délivrer de 1 ousvos ennemis. (ilfort.)
CONSTANCEà Léonor.
Ah ! Léonor , cachons u n trouble fi funeste. La liberté des pleurs ef t tout ce qui me relie.
( elles J priant, )
Thé<ure^ TomeI.. F Sans ce brave Alamir que devenir, hélas !
MORILLO
Que d’aventures ! quel fracas!
Quels démons en un jour affemblent des Alcades;
Des Alamir, des ferénades.
Des princefles & des combats/
Sanchette.
Vous allez donc fervir suffi cette princeffe ? Vousfuivrez Alamir, vous combattrez?
MORILLO
Qui, moi !
Quelque fot ? Dieu m’en garde.
Sanchette.
Et pourquoi non?
MORILLO
Pourquoi?
C'ef que /fai beaucoup defageffe.
Deux Rois s en von t combattre à cinq cents pas d’ici,
Ce font des affaires fort belles; Mais ils pourront fans moi terminer leurs querelles.
Et je ne prend s point de parti.
Fin du (econd Acte. *@*n*@neta*,0*n0*,@*n