‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 59 sur 192 · SCÈNE I I L CONSTANCE, LÉONOR, SANCHETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE I I L CONSTANCE, LÉONOR, SANCHETTE

Sanchette.

MADAME, à vos genoux fouffrezque je me jette ;

Madame , protégez Sanchette.

Je vous ai mal connue, & pourtant malgré moi Je fentais du refpect , fans lavoir bien pourquoi. Vous voilà , je crois, Reine ; il faut à tout le monde

Faire du bien à tout moment, A commencer par moi.

Constance.

Si le fort me fécondé, C’eft mon projet, du moins.

LÉONOR

Eh bien, ma belle enfant 3 Madame a des bontés ; quel bien faut-il vous faire?

SANCHETTE

On dit le duc de Foix vainqueur ; Mais je prends peu de part au deftin de la guerre; Tout cela m’épouvante & ne m’importe guère, J’aime , & c'eft tout pour moi.

Constance.

Votre aimable candeur M'intéreffe pour vous ; parlez, foyez fincère.

SANCHETTE

Ah, je fuis de très-bonne foi.

J’aime Alamir , Madame, & j’avais fu lui plaire;

il devait parler à mon père ; Il eû de mes parens ; il vint ici pour moi.

Constance , fe retournant vers Léonor 9 Son parent, Léonor !

SANCHETTE

En écoutant ma plainte ; D’un profond déplaifir votre âme femble atteinte !

Constance.

Il l’aimait !

SANCHETTE

Votre cœur paraît bien agité !

Constance.

Je vous ai donc perdue , illufion flatteuse !

SANCHETTE

Peut-on fe voir princefe , & n’être pas heureufe !

Fy

Hélas ! votre fimplicité Croît que dans la grandeur eft la félicité ; Vous vous trompez beaucoup ; ce jour doit vous ap-

prendre Que dans tous les états il eft des malheureux. Vous ne connaiffez pas mes deftins rigoureux. Au bonheur, croyez-moi, c’eft à vous de prétendre. Mon cœur de ce grand jour eft encore effrayé ; Le ciel me conduisit de difgrâce en difgrâce;

Mon fort peut-il être envié ?

Votre Alteffe me fait pitié;

Mais je voudrais être à fa place.

Il ne tiendrait qu’à vous de finir mon tourment. Alamir eft tout fait pour être mon amant.

Je bénis bien le ciel que vous foyez princeffe ,

il faut un prince à votre Alteffe ; Un fimple gentilhomme eft peu pour vos appas.

Sériez-vous affez rigoureule Pour m’ôter mon amant, en ne le prenant pas ;

Vous qui femblez fi généreufe ?

Constance, ayant un peu rêvé.

Allez... ne craignez rien.... quoi ! le fargvous unit?

SANCHETTE

.Oui, Madame.

Constance.

Il vous aime !

Oui, d'abord il Fa dit 3 Et d’abord je l’ai cru ; fouffrez que je le croie : Madame, tout mon cœur avec vous fe déploie.

Chez mefieurs mes parens je me mourais d’ennui ; Il faut qu’en l'époufant , pour comble de ma joie, J’aille dans vôtre cour vous fervir avec lui.

Constance.

Vous ! avec Alamir !

Sanchette.

Vous connaiflez fon zèle :

Madame , qu’avec lui votre cour fera belle!

Quel plaifir de vous y fervir 1 Ah ! quel charme de voir & fa reine & fon prince! Un chagrin à la cour donne plus de plaifir

Que mille fêtes en province.

Mariez-nous , Madame, & faites-nous partir.

Constance.

Étouffe tes foupirs, malheureufe Confiance!

Soyons en tous les tems digne de ma naiffance. ... Oui , vous l'épouferez.... comptez fur mon appui. Au vaillant Alamir je dois ma délivrance; Il a tout fait pour moi..,, je vous unis à lui.

Et vous ferez fa récompenfe.

Sanchette.

Parlez donc à mon père.

Constance.

Oui.

Sanchette.

Pailez aujourd’hui, Tout-à-'heure.

F vi

Oui... quel trouble & quel effort extrême !

Sanchette.

Quel excès de bonté ! je tombe à vos genoux,

Madame, & je ne fais qui j’aime Le plus fincèrement d'Alamir ou de vous.

( elle fait quelques pas pour s'en aller.}

Constance.

De mon fort ennemi la rigueur eft confiante.

Sanchette, revenant, C'eft à condition que vous m’emmènerez ?

Constance.

C’en eft trop.

Sanchette.

De nous deux vous ferez fi contente !

( à Léonor. ) Avertiffez-moi , vous , lorfque vous partirez.

( en f en allant, )

Que je fuis une heureufe fille î Qu'on va me refpecter ce foir dans ma famille ! ====== =================»

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