‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 60 sur 192 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CONSTANCE, L É O N O R

Constance.

A quels maux différens tous mes jours font livres! Léonor, connais-tu ma peine & mon outrage ?

LÉONOR

Je fupportais, Madame , avec tranquillité, Les perfécutions, le couvent, le voyage ;

J’effuyais même avec gaîté

Ces infortunes de paffage.

Vous me faites enfin connaître la douleur ; Tout le refie n’ef rien près des peines du cœur.

Le vrai malheur ef fon ouvrage»

Constance.

Je fuis accoutumée à dompter le malheur,

Ainfi par vos bontés fa parente l’époufe.

Il méritait d’autres appas.

CO NSTANCE.

Si j’étais fon égale, hélas !

Que mon âme ferait jaloufe !

Oublions Alamir, fes vertus, fes attraits.

Ce qu’il eft, ce qu’il devait être , Tout ce qui de mon cœur s'ef prefque rendu maître.

Non, je ne l'oublîrai jamais.

LÉONOR; Vous ne l'oublîrez point ! vous le cédez !

Constance.

Sans-doutes

LÉONOR

Hélas/ que cet effort vous coûte!

Mais ne ferait-il point un effort généreux,

Non moins grand, beaucoup plus heureux :

Celui d’être au-defus de la grandeur fuprême? Vous pouvez aujourd’hui difpofer de vous-même. J Élever un héros, eff-ce vous avilir ?

Eft-ce donc par orgueil qu’on aime?

N'a-t-on que des Rois à choifir? Alamir ne l’eft pas, mais il eft brave & tendre.

Constance.

Non, le devoir l’emporte, & tel eft fon pouvoir*

Hélas ! gardez-vous bien de prendre

La vanité pour le devoir.

Que réfolvez-vous donc ?

Constance.

Moi ? d’être au délespoir 3 D’obéir en pleurant à ma gloire importune , D'éloigner le héros dont je me fens charmer, De goûter le bonheur de faire fa fortune , Ne pouvant me livrer au bonheur de l’aimer.

( On entend derrière le théâtre u n bruit de trompettes.

4 CHGUR.

Triomphe, victoire!

L’équité marche devant nous;

Le ciel y joint la gloire,

L’ennemi tombe fous nos coups :

Triomphe, victoire!

Eibce le duc de Foix qui prétend par des fêtes Vous mettre encor, Madame, au rang de fes con

quêtes ?

Constance.

Ah ! je dételle le parti

Dont la victoire a fécondé les armes ; Quel qu’il foit, Léonor, il eft mon ennemi.

Puife le duc de Foix auteur de mes alarmes , Fuiflent don Pèdre & lui l’un par l'autre péris! Mais, Ô ciel, confervez mon vengeur Alamir, Dût-il ne point m’aimer , dût-il cauler mes larmes !

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