C ON STANCE
Oui.
Le Duc de Foix.
Vous fauriez?
Constance.
Je fais que d’un tendre retour On peut payer vos vœux ; je fais que l’innocence Qui des dehors du monde a peu de connaiffance.
Peut plaire & connaître l’amour; Je fais qui vous aimiez, & même avant ce jour; Elle eft votre parente, & doublement heureufe. Je ne m’étonne point qu’une ame vertueufe
Ait pu vous chérir à fon tour.
Ne partez point ; je vais en parler à fa mère. La doter richement eR le moins que j e doi ; Devenant votre époufe , elle me fera chère ; Ce que vous aimerez aura des droits fur moi.
Dans vos enfans je chérirai leur père ; Vos parens, vos amis me tiendront lieu des miens; Je les comblerai tous de dignités, de biens : C’eft trop peu pour mon cœur , & rien pour vos fer-
vices.
Je ne ferai jamais d’afez grands facrifices; Après ce que je dois à vos heureux fecours , Cherchant à m’acquitter, je vous devrai toujours.
Le Duc de F o i x.
Je ne m’attendais pas à cette récompenfe.
Madame, ah ! croyez-moi, votre reconnaiffance Pourrait me tenir lieu des plus grands châtimens. Non , vous n’ignorez pas mes fecrets fentimens ; Non , vous n’avez point cru qu’une autre ait pu me
plaire.
Vous voulez, je le vois , punir un téméraire; Mais laiffez-le à lui-même ;il eftaffez puni. Sur votre renommée, à vous feule affervi , Je me crus fortuné pourvu que je vous viffe ; Je crus que mon bonheur était dans vos beaux yeux: Je vous vis dans Burgos, & ce fut mon fupplice.
Oui, c'ef un châtiment des cieux D’avoir vu de trop près leur chef-d’œuvre adorable: Le refte de la terre en eft infupportable :
Le ciel eft fans clarté, le monde eft fans douceurs : On vit dans l’amertume , on dévore fes larmes ; Et l’on eft malheureux auprès de tant de charmes.
Sans pouvoir être heureux ailleurs.
Co N S T A N C E.
Quoi ! je ferais la caufe & l’objet de vos peines!
Quoi, cette innocente Beauté x38 LA PRINCESSE DE NAVARRE.
Ne vous tenait pas dans fes chaînes !
Vous ofez !...