‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 63 sur 192 · LEDUC DE FOIX · texte numérisé non relu

LEDUC DE FOIX

Cet aveu plein de timidité , Cet aveu de l’amour le plus involontaire, Le plus pur à-la-fois & le plus emporté.

Le plus refpectueux, le plus fur de déplaire ; Cet aveu malheureux peut - être a mérité

Plus de pitié que de colère.

Constance Alamir , vous m’aimez !

Le Duc DEFOIX.

Oui, dès long-tems ce cœur D’un feu toujours caché brûlait avec fureur; De ce cœur éperdu voyez toute livrefe:

A peine encor connu par ma faible valeur.

Né fimple cavalier, amant d'une princeffe ,

Jaloux d’un prince & d’un vainqueur, Je vois le duc de Foix amoureux , plein de gloire ; Qui, du grand du Guefclin compagnon fortuné.

Aux yeux de l’Anglais conûerné, Va vous donner un Roi des mains de la victoire. Pour toute récompenfe, il demande à vous voir; Oubliant fes exploits , n'ofant s’en prévaloir. Il attend fon arrêt, il l’attend en filence.

Moins il efpère , & plus il femble mériter ;

Eû-ce à moi de rien difputer Contre fon nom , la gloire, & fur-tout fa confiance? A quoifuis-je réduite! Alamir, écoutez:

Vos malheurs font moins grands que mes calamités;

Jugez-en ; concevez mon défelpoir extrême :

Sachez que mon devoir eft de ne voir jamais

Ni le duc de Foix, ni vous-même.

Je vous ai déjà dit à quel point je le hais , Je vous dis encor plus : fon crime impardonnable

Excitait mon jufte courroux ; Ce crime jufqu’ici le fit feu! haiable , Et je crains à préfent de le haïr pour vous.

Après un tel difcours il faut que je vous quitte.

Le Duc de Foix.

Non , Madame arrêtez! il faut que je mérite Cet oracle étonnant qui pafie mon efpoir.

Donner pour vous ma vie eft mon premier devoir; Je puis punir encor ce rival redoutable ; Même au milieu des fiens je puis percer fon flanc, Et noyer tant de maux dans les flots de fon fang : J’y cours.

Constance.

Ah! demeurez ; quel projet effroyable!

Ah ! refpectez vos jours à qui je dois les miens ; Vos jours me font plus chers que je ne hais les fiens.

Le Ducde Foix.

Mais eft-il en effet fi sûr de votre haine ?

Constance.

Hélas ! plus je vous vois , plus il m'eft odieux.

LEDUC DE Folx,s jettant à genoux, &

préfentant fon épée, Puniffez donc fon crime en terminant fa peine, Etpuifqu’il doit mourir, qu’il expire à vos yeux il bénira vos coups : frappez; que cette épée Par vos divines mains foit dans fon fang trempée,' Dans ce fang malheureux , brillant pour vos attraits.

Constance, rarrêtant.

Ciel ! Alamir! que vois-je , & qu’avez-vous pu dire? Alamir , mon vengeur, vous par qui je refpire....

Êtes-vous celui que je hais ?

Le Duc de Foix.

Je fuis celui qui vous adore ;

Je n’ofe prononcer encore Ce nom haï long-tems, & toujours dangereux; Mais parlez : de ce nom faut-il que je jouiffe ? Faudra-t-il qu’avec moi ma mort l’enfévelife. Ou que de tous les noms il foit le plus heureux? J’attends de mon deftin l’arrêt irrévocable?

Faut-il vivre, faut-il mourir?

Constance.

Ne vous connaifant pas, je croyais vous haïr; Votre offenfe à mes yeux femblait inexcufable. Mon cœur à fon courroux s’était abandonné :

Mais je feus que ce cœur vous aurait pardonné,

S’il avait connu le coupable.

Le Duc de Foix.

Quoi ! ce jour a donc fait ma gloire & mon bonheur/ De don Pèdre & de moi vous êtes le vainqueur. ===== =—========= - ■ =====

[SCÈNE r 1.

MORILLO , SANCHETTE , HERNAND

& les ACTEURS de la fcine précédente, SUITE.

MORILLO

Allons, une princeffe eft bonne à quelque chofe;

Puifqu’elle veut te marier,

Et que ton bon cœur s’y difpofe

Je vais au plus vite , pour caufe.

Avec Alamir te lier,

Et conclure à J'inftant la chofe.

( appercevant Alamir qui parle bas & qui embrase les ge-

noux de la princeffe, ) Oh, oh ! que fait donc là mon petit officier ?

Avec elle tout-bas il caufe

D’un airàant-foit-peu familier.

SANCHETTE

A genoux il va la prier

De me donner à lui pour femme.

Elle ne répond point ; ils font d’accord.

CONSTANCE au Duc de Foix , à qui elle parlait

bas auparavant.

Mon âme, Mes États, mon deftin , tout eft au duc de Foix; Je vous le dis encor, vos vertus, vos exploits Me font moins chers que votre flamme. Le duc de Foix! Mon père, avez-vous entendu?

Lui, duc de Foix! te moques-tu?

Il eft notre parent.

Sanchette.

S’il allait ne plus l’être?

HERNAND.

Il vous faut avouer que ce héros mon maître, Qui fut votre parent pendant une heure ou deux, Eft un prince puiffant, galant, victorieux ;

Et qu’il s'eft fait enfin connaître.

LeDuc D E F O ï X , en fe retournant vers Hemand. Ah ! dites feulement qu’il eft un prince heureux ; Dîtes que pour jamais il conlacre fes vœux À cet objet charmant, notre unique efpérance, La gloire de l'Epagne & l’amour de la France,

Sanchette.

Adieu mon mariage !... Hélas ! trop bonnement, Moi j’ai cru qu'on m’aimait.

Quelle étrange journée!

San c h e t t e.

A qui ferai-je donc?

Cons tance.

A ma cour amenée,

Je vous promets un établiffement ;

J’aurai foin de votre hyménée.

" TT k

Ce fera, s’il vous plaît, avec un autre amant.

Sanchette à la pr'mcefje.

Si je visa vos pieds, je fuis trop fortunée.

MORILLo.

Le duc de Foix, comme je voi.

Me fefait donc l'honneur de fe moquer de mok

Le Duc de Foix.

Il faudra bien qu’on me pardonne.

La victoire & l'amour ont comblé tous nos vœux ; Qu’aux plaifirs déformais ici tout s'abandonne: Conftance daigne aimer, l'univers eft heureux.

Fin du troifùme G dernier Acte O=**#R=R=#Y#Y:**:—**WK*TKTWT*KO DIVERTISSEMENT

Page 1