‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 66 sur 192 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

ArRks une victoire fignaléc , après la prife de fepe villes à la vue d’une armée ennemie, & la paix offerte par le vainqueur, le fpedacle le plus convenable qu’on pût donner au Souverain & à la Nation qui ont fait ces grandes actions , était le Temple de la GLOIRE.

Il était tems d'effayer fl le vrai courage, la modération, la clémence qui fuit la victoire , la félicité des peuples , étaient des fujets auffi fufceptibles d’une mufique touchante , que de fimples dialogues d’amour , tant de fois répétés fous des noms différens , & qui femblaient réduire à un feul genre la poëfie lyrique.

Lecélèbre Metafiafioy dans la plupart des fêtes qu’il compofa pour la cour de l’empereur Charles F1 , ofa faire chanter des maximes de morale , & elles plurent ; on a mis ici en action ce que ce génie fingulier avait eu la hardieffe de préfenter fans le fecours de la fiction & fans l’appareil du fpectacle.

Ce n'ef pas une imagination vaine & romanefque , que le trône de la Gloire , élevé auprès du féjour des Mufes , & la caverne de l’Envie, placée entre ces deux temples. Que la Gloire doive nommer l’homme le plus digne d’ètre couronné par elle, ce n'ef-là que l’image fenfible du jugement des honnêtes-gens, dont l’approbation eft le prix le plus flatteur que puiffent fe propofer les princes ; c’eft cette eftime des contemporains qui afure celle de la poftérité ; c'eft elle qui a mis les Titus au-deffus des Domitiens, Louis XII audeffus de Louis XI , qui a diftingué Henri IF de tant de rois. G iv 152 P R É F A C E.

On introduit ici trois efpèces d’hommes qui fe préfentent à la Gloire, toujours prête à recevoir ceux qui le méritent, & à exclure ceux qui font indignes d’elle.

Le fécond acte defigne , fous le nom de Bélus,lçs conquérans injuftes & fanguinaires dont le cœur ef faux & farouche.

Bclus enivré de fon pouvoir, méprifant ce qu’il a aimé, facri^ant tout à une ambition cruelle , croit que des actions barbares & heureufes doivent lui ouvrir ce temple ; mais il en eft chafé par les Muses qu’il dédaigne, & par les Dieux qu’il brave.

Bacchus, conquérant de l'Inde, abandonné à la molleffe & aux plaifirs , parcourant la terre avec fes Bacchantes, eft le fujet du troifième acte -, dans l'ivreffe de fes pallions , à peine cherche-t-il la Gloire : il la voit, il en eft touché un moment-, mais les premiers honneurs de ce temple ne ne font pas dus à un homme qui a été injufte dans fes conquêtes & effréné dans fes voluptés.

Cette place eft due au héros qui paraît au quatrième acte; ou a choifi Trajan parmi les empereurs Romains qui ont fait la gloire de Rome & le bonheur du monde. Tous les Hiltoriens rendent témoignage que ce prince avait les vertus militaires & fociales , & qu’il les couronnait par la juftice -, plus connu encore par fes bienfaits que par fes victoires , il était humain , acceffible; fon cœur était tendre, & cette tendreffe était dans lui une vertu : elle répandait un charme inexprimable fur ces grandes qualités , qui prenlient fouvent un caractère de dureté dans une âme qui n’eft que jufte.

il favait éloigner de lui la calomnie ; il cherchait le mérite modefte pour l’employer & le récompenfer , parce qu’il était modefte lui-même, & il le démêlait, parce qu'il était

PRÉFACE. 153 éclairé : il dépofait avec fes amis le fafte de l’empire , fier avec fes feuls ennemis ; & la clémence prenait la place de cette hauteur après la victoire. Jamais on ne fut plus grand & plus fimple -, jamais prince ne goûta comme lui , au milieu des foins d’une monarchie immenfe , les douceurs de la vie privée & les charmes de l’amitié. Son nom eft encore cher à toute la terre ; fa mémoire même fait encore des heureux : elle infpire une noble & tendre émulation aux cœurs qui font nés dignes de l’imiter.

Trajan , dans ce poème , ainfi que dans fa vie, ne court pas après la Gloire -, il n'ef occupé que de fon devoir , & la Gloire vole au-devant de lui ; elle le couronne , elle le place dans fon temple, il en fait le temple du bonheur public. Il ne rapporte rien à foi , il ne fonge qu’à être bienfaiteur des hommes , & les éloges de l’empire entier viennent le chereher , parce qu’il ne cherchait que le bien de l’empire.

Voilà le plan de cette fête : il ef au-defus de l’exécution & au-defous du fujet ; mais quelque faiblement qu’il foie traité , on fe flatte d’être venu dans un tems où ces feules idées doivent plaire. PERSONNAGES C H A N T A N S

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