ACTE PREMIER
Le théâtre repréfente la caverne de l’ENVIE. On voit à travers
les ouvertures de la caverne une partie du TEMPLE DE LA
Gloire qui ejt dans le fond, & les berceaux des Mtfes qui
font fur les ailes.
L’E N VI E & fes SUIVANS , une torche à la main.
L'ENVIE
P R o F o N d s abymes du Ténare,
Nuit affreufe, éternelle nuit.
Dieux de l’oubli, Dieux du Tartare,
Eclipfez le jour qui me luit ; Démons , apportez-moi votre fecours barbare
Contre le Dieu qui me pourfuit.
Les Mu Tes & la Gloire ont élevé leur temple
Dans ces paifibles lieux :
G vj
Qu’avec horreur je les contemple !
Que leur éclat bleffe mes yeux !
Profonds abymes du Ténare ,
Nuit affreufe, éternelle nuit,
Dieux de l’oubli, Dieux du Tartare,
Eclipfez le jour qui me luit ; Démons, apportez-moi votre fecours barbare
Contre le Dieu qui me pourfuit.
Suite de l’Envie.
Notre gloire eft de détruire ;
Notre fort eft de nuire, Nous allons renverfer ces affreux monumens:
Nos coups redoutables
Sont plus inévitables Que les traits de la Mort & le pouvoir du Tems.
L'ENVIE
Hâtez-vous, vengez mon outrage; Des Mufes que je hais embrâfez le bocage ;
Ecrâfez fous ces fondemens Et la Gloire, & fon temple, & fes heureux enfans
Que je hais encor davantage.
Démons ennemis des vivans,
Donnez ce fpectacle à ma rage.
Les Suivons de l'E NVIE danfent & forment un ballet
figuré ; un Héros vient au milieu de ces Furies, étonnées à
fon approche, il fe voit interrompu par les Suivans de
T’Envie , qui veulent en vain l'effrayer»
APOLLON entre^fuivi desMufes, de demi-dieux^ de héros»
Apollon.
Arrêtez, montres furieux ! Fuis mes traits, crains mes feux, implacable Furie !
l’Envie.
Non, ni les mortels ni les Dieux
Ne pourront défarmer l’Envie.
Apollon.
Ofes-tu fuivre encor mes pas ?
Oles-tu foutenir l’éclat de ma lumière ?
Je troublerai plus de climats
Que tu n’en vois dans ta carrière.
Apollon.
Mufes & demi-Dieux, vengez-moi , vengez vous
Les Héros & les demi-Dieux fai firent l'ENVIE,
L'ENVIE
Non, c’eû en vain que l’on m’arrête.
Apollon.
Etouffez ces ferpens qui fifflent fur fa tête.
Ils renaîtront cent fois pour fervir mon courroux.
Apollon.
Le ciel ne permet pas que ce monstre pérife;
il eft immortel comme nous.
Qu’il fouffre un éternel fupplice; Que du bonheur du monde il foit infortuné ;
Qu'auprès de la Gloire il gémife ,
Qu’à fon trône il foit enchaîné.
V antre de l Envie s'ouvre , & laiffe voir LE TEMPLE de
LA GLOIRE ; on l‘'enchaîne aux pieds du trône de cette
déeffe.
Choeur des Muses et demi-Dieux.
Ce montre toujours terrible
Sera toujours abattu :
Les arts, la gloire , la vertu
Nourriront fa rage inflexible
Apollon aux Mufes.
Vous, entre fa caverne horrible Et ce temple où la Gloire appelle les grands cœurs , Chantez, filles des Dieux, fur ce coteau paifible:
La Gloire & les Mufes font fœurs.
La caverne de l’ENVIE achève de difparaître. On voit les
deux coteaux du P arnaffe ; des berceaux ornés de guir-
landes de fleurs font à mi-côte^ & le fond du théâtre efl
compofé de trois arcades de verdure , à travers lefquelles
on voit le temple de LA GLOIRE dans le lointain.
Apollon continue :
Pénétrez les humains de vos divines flammes,
Charmez, inftruifez l’univers,
Régnez, répandez dans les âmes
La douceur de vos concerts.
Pénétrez les humains de vos divines flammes,
Charmez, inftruifez l’univers.
( Danfesd.es Mufes & des Héros.
Choeur des Muses.
Nous calmons les alarmes.
Nous chantons, nous donnons la paix;
Mais tous les cœurs ne font pas faits Pour- fentir le prix de nos charmes.
Une Muse.
Qu’à nos lois à jamais dociles , Dans nos champs, nos tendres pafteurs , Toujours fimples, toujours tranquilles, Ne cherchent point d’autres honneurs :
Que quelquefois, loin des grandeurs , Les Rois viennent dans nos afiles.
Choeur des Muses.
Nous calmons les alarmes, Nous chantons, nous donnons la paix; Mais tous les cœurs ne font pas faits Pour fentir le prix de nos charmes.
Fin du premier A^e ^ 1%0 FERS ONN AGES chamans aullm ( . Acte
A R S I N E, confidente de Lidie,
BERGERS et BERGÈRES.