‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 90 sur 192 · TYPHON · texte numérisé non relu

TYPHON

Que l’Enfer , que mes Dieux répandent parmi nous

Le germe éternel de la vie :

Que Jupiter en frémiffe d'envie.

Et qu’il foit vainement jaloux.

Promet h ÉE G les deux Titans;

Ecoutez-nous , Dieux delà nuit profonde.

De nos aftres nouveaux contemplez la clarté;

Accourez du centre du monde;

Rendez féconde

La terre qui m’a porté ;

Animez la beauté ;

Que votre pouvoir fécondé

Mon heureufe témérité !

Promethée.

Au fjour de la nuit vos voix ont éclaté.

Le jour pâlit, la terre tremble.

Le monde eft ébranlé , l'Erèbe fe raffemble.

(le théâtre change & repré fente le Chaos» Tous les Dieux

de l'enfer viennent fur la fcène» )

CHŒUR des Dieux Infernaux,

Nous détestons

La lumière éternelle ;

Nous attendons

Dans nos gouffres profonds iQ 6 PANDORE.

La race faible & criminelle.

Qui n’eft pas née encore, & que nous haïffons.

Nemesis.

Les ondes du Léthé, les flammes du Tartare

Doivent tout ravager.

Parlez, qui voulez-vous plonger

Dans les profondeurs du Ténare?

Promethée.

Je veux fervir la terre, & non pas l’opprimer. Hélas ! à cet objet j’ai donné la naiffance.

Et je demande en vain qu’il s’anime, qu’il penfe.

Qu’il foit heureux , qu’il fâche aimer.

Les trois Parques.

Notre gloire ef de détruire ;

Notre pouvoir eft de nuire:

Tel eft l’arrêt du fort.

Le ciel donne la vie, & nous donnons la mort.

Promethée.

Fuyez donc à jamais ce beau jour qui m’éclaire ; Vous êtes malfefans, vous n’êtes point mes Dieux.

Fuyez, deftruceurs odieux

De tout le bien que je veux faire ;

Dieux des malheurs, Dieux des forfaits,

Ennemis funèbres,

Replongez-vous dans les ténèbres ;

Ennemis funèbres,

Laiffez le monde en paix.

Nemesis.

Tremble 2 tremble pour toi'même,

Crains notre retour :

Crains Pandore & l’amour.

Le moment fuprême

Vole fur tes pas.

Nous allons déchaîner les démons des combats;

Nous ouvrirons les portes du trépas.

Tremble , tremble pour toi-même.

[ les Dieux des enfers difparaijfent, On revoit la campa-

gne éclairée & riante. Les Nymphes des bois & des

campagnes font de chaque coté du théâtre, )

PROMETHÉE

Ah! trop cruels amis, pourquoi déchaîniez-vous 3

Du fond de cette nuit obfcure , Dans ces champs fortunés , & fous un ciel fi doux ,

Ces ennemis de la nat u re ?

Que l’éternel chaos élève entre eux & nous

Une barrière impénétrable.

L'Enfer implacable

Doit-il animer

Ce prodige aimable

Que j’ai fu former?

Un Dieu favorable

Le doit enflammer;

ENCELADE Puilque tu mets ainfi la grandeur de ton être A verfer des bienfaits fur ce nouveau féjour.

Tu méritais d’en être le feul maître.

Monte au ciel, dont tu tiens le jour :

Va ravir la célefte flamme : 208 P A ND ORE

Ofe former une ame.

Et fois créateur à ton tour.

PROMETHÉE L’Amour eft dans les cieux : c'eftlà qu'il faut me ren-

dre :

L’Amour y règne fur les Dieux.

Je lancerai fes traits ; j’allumerai les feux. C'eft le dieu de mon cœur , & j’en dois tout attendre.

Je vole à Ion trône éternel :

Sur les ailes des vents l’Amour m’enlève au ciel.

( il s‘envoie, )

Chœur de Nymphes.

Volez, fendez les airs, & pénétrez l’enceinte

Des palais éternels ; Ramenez les plaifirs du féjour de la crainte; En répandant des biens , méritez des autels.

Fin du premier . s-=y==ye se seteleeotyestst %=fs=s 6

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