‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 93 sur 192 · JUPITER, MERCURE · texte numérisé non relu

JUPITER, MERCURE

Jupiter.

J e Fai vu cet objet fur la terre animé, Je l’ai vu , j’ai fenti des tranfports qui m’étonnent; Le ciel eft dans fes yeux, les grâces l’environnent ;

Je fens que l’amour l’a formé.

Mercure.

Vous régnez, vous plairez, vous la rendrez fenfible. Vous allez éblouir fes yeux à peine ouverts.

Jupiter.

Non , je ne fus jamais que puiffant & terrible. Je commande à l'olympe, à la terre, aux enfers; Les cœurs font à l’Amour. Ah ! que le fort m’outrage! Quand il donna les cieux, quand il donna les mers, ,

Quand il divifa l’univers ,

L’Amour eut le plus beau partage.

Mercure.

Que craignez-vous ? Pandore à peine a vu le jour, Et d’elle-même encore à peine a connaiflance :

Aurait-elle fenti l’amour

Dès le moment de fa naiffance ?

Jupiter.

L’amour inftruit trop aifément.

Que ne peut point Pandore ? elle eft femme, elle eft

belle.

La voilà ; jouiflons de fon étonnement.

Retirons-nous pour un moment Sous les arcs lumineux de la voûte éternelle. Cieux , enchantez fes yeux & parlez à fon cœur ; Vous déploîrez en vain ma gloire & ma fplendeur :

Vous n’avez rien de fi beau qu'elle.

( il fe retire.}

Pandore, finie.

A peine j’ai goûté l’aurore de la vie; Mes yeux s’ouvraient au jour, mon cœur à mon amant

Je n’ai refpiré qu’un moment.

Douce félicité , pourquoi m’es-tu ravie ?

On m’avait fait-craindre la mort; Je, l’ai connue, hélas ! cette mort menaçante:

N'eft-ce pas mourir , quand le fort

Nous ravit ce qui nous enchante ?

Dieux, rendez-moi la terre & mon obfcurité, Ce bocage où j’ai vu l’amant qui m’a fait-naître:

Il m’avait deux fois donné l’être ; Je refpirais , j’aimais... quelle félicité !

A peine j’ai goûté l’aurore de la vie,&c.

( tous les Dieux avec tous leurs attributs entrent Çurla ficene.)

CHŒUR des Dieux.

Que les astres fe réjouirent,

Que tous les Dieux applaudiflent

Au Dieu de l’Univers,

Devant

ACTETROISIEME 117

Devant lui les foleilspâlifent.

Neptune.

Que le fein des mers ,

Le fond des enfers,

Chœur DES DIEUX.

Les mondes divers

Retentirent

D’éternels concerts.

Que les aftres , &c.

Pandore.

Que tout ce que j’entends confpire à m’effrayer! Je crains , je hais, je fuis cette grandeur fuprême.

Qu’il eft dur d’entendre louer

Un autre Dieu que ce que j’aime !

Les TROIS GRACES.

Fille du charmant Amour,

Régnez dans fon empire ;

La terre vous defire ,

Le ciel eft votre cour.

Pandore.

Mes yeux font offenies du jour qui m’environne.

Rien ne me plaît, & tout m’étonne.

Mes déferts avaient plus d’appas.

Difparaifez, ô (plendeur infinie ;

Mon amant ne vous voit pas.

( en entend une fymphonie, )

Ceffez, inutile harmonie,

il ne vous entend pas.

{Le Chœur recommence, Jupiter firt d'un nuage.) 2.

Théâtre. Tome IX. K

Jupiter.

Nouveau charme de la nature,

Digne d’être éternel, Vous tenez de la terre un corps faible & mortel, Et vous devez cette ame inaltérable & pure

Au feu facré du ciel.

C'eft pour les Dieux que vous venez de naître : Commencez à jouir de la divinité :

Goûtez auprès de votre maître

L'heureufe immortalité.

Pandore.

Le néant d’où je fors à peine Eft cent fois préférableà ce préfent cruel; Votre immortalité, fans l’objet qui m'enchaîne,

N'eft rien qu’un fupplice immortel.

Jupiter.

Quoi ! méconnaifez-vous le maître du tonnerre ? Dans les palais des Dieux regrettez-vous la terre?

Pandore.

La terre était mon vrai féjour.

C’eft là que j’ai fenti l’amour.

Non, vous n’en connaiffez qu’une image infidelle;

Dans un monde indigne de lui.

Que l’amour tout entier , que la flamme éternelle,

Dont vous Tentiez une étincelle, De tous Tes traits de feu nous embrafe aujourd’hui. Je les ai tousfentis , du moins j'ofele croire;

Ils ont égalé mes tourmens.

(Ah ! vous avez pour vous la grandeur & la gloire ;

Laiffez les plaifirs aux amans,

Vous êtes Dieu, l’encens doit vous fuffire ;

Vous êtes Dieu, comblez mes vœux.

Confolez tout ce qui refpire ;

Un Dieu doit faire des heureux.

Jupiter.

Je veux vous rendre heureuse, & par vous je veux

l’être.

Plaifirs, qui fuivez votre maître, - Miniftres plus puiffans que tous les autres Dieux, Déployez vos attraits , enchantez fes beaux yeux. Plaifirs , vous triomphez dès qu’on peut vous con-

naître.

£les Plaifirs danfent autour de P au dore en chantent ce

qui fuit,)

Chœur.

Aimez , aimez, & régnez avec nous ;

Le Dieu des dieux eft feul digne de vous,,

Une Voix.

Sur la terre on pourfuit avec peine

Des plaifirs l’ombre légère & vaine;

Elle échappe, & le dégoût la fuit.

Si Zéphyre un moment plaît à Flore,

il flétrit les fleurs qu’il fait-éclore ;

Un feul jour les forme & les détruit

Chœur.

Aimez, aimez, & régnez avec nous;

Le Dieu des dieux eftfeul digne de vous

Kij

Les fleurs immortelles

Ne font qu’en nos champs ;

L’amour & le tems

Ici n’ont point d’ailes.

Chœur.

Aimez, aimez, & régnez avec nous;

Le Dieu des dieux eü feul digne de vous. 1

Pandore.

Oui, j'aime, oui, doux Plaifirs, vous redoublez ma

flamme ;

Mais vous redoublez ma douleur.

Dieux charmans, fi c'eft vous qui faites le bonheur 3

Allez au maître de mon âme.

Jupiter.

Ciel ! ô ciel ! quoi! mes foins ont ce fuccès fatal! Quoi ! j’attendris fon ame , & c'eft pour mon rival ?

MERCURE, arrivant fur la fiène.

Jupiter, arme-toi du foudre ;

Prends tes feux, va réduire en poudre

Tes ennemis audacieux.

Prcméthée eft armé, les Titans furieux

Menacent les voûtes des cieux ; ils entaffent des monts la malle épouvantable:

Déjà leur foule impitoyable

Approche de ces lieux.

Jupiter.

Je es punirai tous...,. Seul je fuffis contre eux.

Kij

Pandore.

Quoi ! vous les puniriez , vous qui caufez fa peine 1 Vous n’êtes qu’un tyran jaloux & tout - puiffant. Aimez-moi d'un amour encor plus violent,

Je vous punirai par ma haine.

Jupiter.

Marchons, & que la foudre éclate devant moi.

Pandore.

Cruel ! ayez pitié de mon mortel effroi :

Jugez de mon amour, puifque je vous implore.

JUPITERà Mercure,

Prends foin de conduire Pandore.

Dieux , que mon cœur eft défolé !

J’éprouve les horreurs qui menacent le monde. L’univers repofâit dans une paix profonde ; Une Beauté paraît ; l’univers eft troublé. {il fort.}

Pan dore feule.

O jour de ma naifance ! ô charmes trop funeftes !

Defirs naiffans, que vous étiez trompeurs !

Quoi ? la beauté , l'amour , & les faveurs céleftes ,

Tous les biens ont fait mes malheurs ?

Amour , qui m’as fait-naître , appaife tant d’alarmes ;

N’es-tu pas Souverain des Dieux?

Viens fécher mes larmes,

Enchaîne & défarmes

La terre & les cieux.

Fin du trcificme A&e,

*****X******4******* 5 ******4*******X******t, 1.**X**.*. T ****.S***** * *****X*****F ===nercanmaz ? =========================

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