ACTE SECOND. ait Quels objets ravifans semblent nés avec moi
( on entend une fymphonie, ) Ces fons harmonieux enchantent mes oreilles ; Mes yeux font éblouis de l’amas des merveilles Que l’auteur de mes jours prodigue fur mes pas.
Ah ! d’où vient qu’il ne parait pas ?
De moment en moment je penfe & je m’éclaire.
Terre, qui me portez, vous n'ètes point ma mère;
Un Dieu fans-doute eft mon auteur:
Je le fens, il me parle, il refpire en mon cœur.
( elle s'afed au bord d'une fontaine, )
Ciel ! eft ce moi que j'envifage ?
Le cryftal de cette onde eft le miroir des deux. La nature s’y peint: plus j’y vois mon image,
Plus je dois rendre grâce aux Dieux.
Nymphes & Titans.
( on danfe autour d'elle, )
Pandore, fille de l'Amour,
Charmes naifans , beauté nouvelle , Inspirez à jamais, Tentez à votre tour
Cette flamme immortelle,
Dont vous tenez le jour. ( on danfe, ) PANDORE , appercevant Prométhée au milieu des
Nymphes,
Quel objet attire mes yeux ?
De tout ce que je vois dans ces aimables lieux, C’eft vous, c'eft vous, fans-doute, à qui je dois la vie. Du feu de vos regards que mon ame eft remplie !
Vous femblez encor m’animer.
Promethée.
Vos beaux yeux ont fu m'enflammer
Lorfqu’ils ne s’ouvraient pas encore; Vous ne pouviez répondre, & j’ofais vous aimer.
Vous parlez, & je vous adore.
Pandore.
Vous m’aimez! cher auteur de mes jours commencés.
Vous m’aimez ! & je vous dois l‘être!
La terre m’enchantait ; que vous l’embelliffez ! Mon cœur vole vers vous, il fe rend à fon maître;
Et je ne puis connaître Si ma bouche en dit trop , ou n’en dit pas affez.
Promethée.
Vous n’en fauriez trop dire , & la fimple nature
Parle fans feinte & fans détour.
Que toujours la race future
Prononce ainfi le nom d’amour.
( Ensemble, )
Charmant Amour , éternelle puiffance ,
Premier Dieu de mon cœur ;
Amour, ton empire commence...
Ciel, quelle épaiffe nuit, quels éclats de tonnerre
Détruifent les premiers inftans Des innocens plaifirs que pofédait la terre !
Quelle horreur a troublé mes fens !
(Enfemble.^
La terre frémit, le ciel gronde;
Des éclairs menaçans
Ont percé la voûte profonde
De ces aftres naiffans.
Quel pouvoir ébranle le monde
Jufqu’en fes fondemens ?
( on voit defcendre un char fur lequel font Mercure , la
Dijcorde , Néméfis, &c. )
Mercure.
Un héros téméraire a pris le feu célefte ;
Pour expier ce vol audacieux ,
Montez, Pandore, au fein des Dieux.
Promethée.
Tyrans cruels 1
Pandore.
Ordre funefte !
Larmes que j’ignorais, vous coulez de mes yeux.
Mercure.
Obéifez, montez aux cieux:
Pandore.
Ah/ j’étais dans le ciel en voyant ce que j’aime.
Promethée.
Cruels, ayez pitié de ma douleur extrême.
Pandore &- Promethée.
Barbares, arrêtez!
Mercure.
Venez, montez aux cieux, partez ;
Tupiter commande :
Il faut qu’on fe rende
A les volontés.
Venez, montez aux cieux, partez.
Vents, obéifez-nous, & déployez vos ailes; Vents, conduirez Pandore aux voûtes éternelles.
( le char dijparaît )
PROMETHÉE
On l’enlève... Tyrans jaloux.
Dieux, vous m'arrachez mon partage ;
il était plus divin que vous; Vous étiez malheureux, vous étiez en courroux
Du bonheur qui fut mon ouvrage; Je ne devais qu'à moi ce bonheur précieux.
J’ai fait plus que Jupiter même:
Je me fuis fait-aimer. J’animais ces beaux yeux. Ils m’ont dit en s’ouvrant, Fous maime^, Je vous aime. Elle vivait par moi, je vivais dans fon cœur.
Dieux jaloux . refpectez nos chaînes.
O Jupiter ! ô fureurs inhumaines !
Eternel perfécuteur
De l’infortuné créateur.
Tu fentiras toutes mes peines»
Je braverai ton pouvoir :
Ta foudre épouvantable
Sera moins redoutable
Que mon amour au défefpoir.
Fin du fécond A die.