‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 92 sur 192 · ACTE SECOND. ait Quels objets ravifans semblent nés avec moi · texte numérisé non relu

ACTE SECOND. ait Quels objets ravifans semblent nés avec moi

( on entend une fymphonie, ) Ces fons harmonieux enchantent mes oreilles ; Mes yeux font éblouis de l’amas des merveilles Que l’auteur de mes jours prodigue fur mes pas.

Ah ! d’où vient qu’il ne parait pas ?

De moment en moment je penfe & je m’éclaire.

Terre, qui me portez, vous n'ètes point ma mère;

Un Dieu fans-doute eft mon auteur:

Je le fens, il me parle, il refpire en mon cœur.

( elle s'afed au bord d'une fontaine, )

Ciel ! eft ce moi que j'envifage ?

Le cryftal de cette onde eft le miroir des deux. La nature s’y peint: plus j’y vois mon image,

Plus je dois rendre grâce aux Dieux.

Nymphes & Titans.

( on danfe autour d'elle, )

Pandore, fille de l'Amour,

Charmes naifans , beauté nouvelle , Inspirez à jamais, Tentez à votre tour

Cette flamme immortelle,

Dont vous tenez le jour. ( on danfe, ) PANDORE , appercevant Prométhée au milieu des

Nymphes,

Quel objet attire mes yeux ?

De tout ce que je vois dans ces aimables lieux, C’eft vous, c'eft vous, fans-doute, à qui je dois la vie. Du feu de vos regards que mon ame eft remplie !

Vous femblez encor m’animer.

Promethée.

Vos beaux yeux ont fu m'enflammer

Lorfqu’ils ne s’ouvraient pas encore; Vous ne pouviez répondre, & j’ofais vous aimer.

Vous parlez, & je vous adore.

Pandore.

Vous m’aimez! cher auteur de mes jours commencés.

Vous m’aimez ! & je vous dois l‘être!

La terre m’enchantait ; que vous l’embelliffez ! Mon cœur vole vers vous, il fe rend à fon maître;

Et je ne puis connaître Si ma bouche en dit trop , ou n’en dit pas affez.

Promethée.

Vous n’en fauriez trop dire , & la fimple nature

Parle fans feinte & fans détour.

Que toujours la race future

Prononce ainfi le nom d’amour.

( Ensemble, )

Charmant Amour , éternelle puiffance ,

Premier Dieu de mon cœur ;

Amour, ton empire commence...

Ciel, quelle épaiffe nuit, quels éclats de tonnerre

Détruifent les premiers inftans Des innocens plaifirs que pofédait la terre !

Quelle horreur a troublé mes fens !

(Enfemble.^

La terre frémit, le ciel gronde;

Des éclairs menaçans

Ont percé la voûte profonde

De ces aftres naiffans.

Quel pouvoir ébranle le monde

Jufqu’en fes fondemens ?

( on voit defcendre un char fur lequel font Mercure , la

Dijcorde , Néméfis, &c. )

Mercure.

Un héros téméraire a pris le feu célefte ;

Pour expier ce vol audacieux ,

Montez, Pandore, au fein des Dieux.

Promethée.

Tyrans cruels 1

Pandore.

Ordre funefte !

Larmes que j’ignorais, vous coulez de mes yeux.

Mercure.

Obéifez, montez aux cieux:

Pandore.

Ah/ j’étais dans le ciel en voyant ce que j’aime.

Promethée.

Cruels, ayez pitié de ma douleur extrême.

Pandore &- Promethée.

Barbares, arrêtez!

Mercure.

Venez, montez aux cieux, partez ;

Tupiter commande :

Il faut qu’on fe rende

A les volontés.

Venez, montez aux cieux, partez.

Vents, obéifez-nous, & déployez vos ailes; Vents, conduirez Pandore aux voûtes éternelles.

( le char dijparaît )

PROMETHÉE

On l’enlève... Tyrans jaloux.

Dieux, vous m'arrachez mon partage ;

il était plus divin que vous; Vous étiez malheureux, vous étiez en courroux

Du bonheur qui fut mon ouvrage; Je ne devais qu'à moi ce bonheur précieux.

J’ai fait plus que Jupiter même:

Je me fuis fait-aimer. J’animais ces beaux yeux. Ils m’ont dit en s’ouvrant, Fous maime^, Je vous aime. Elle vivait par moi, je vivais dans fon cœur.

Dieux jaloux . refpectez nos chaînes.

O Jupiter ! ô fureurs inhumaines !

Eternel perfécuteur

De l’infortuné créateur.

Tu fentiras toutes mes peines»

Je braverai ton pouvoir :

Ta foudre épouvantable

Sera moins redoutable

Que mon amour au défefpoir.

Fin du fécond A die.

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