‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 95 sur 192 · PROMETHÉE, PANDORE · texte numérisé non relu

PROMETHÉE, PANDORE

P A N D OR E , tenant la boite.

E H quoi ! vous me quittez , cher amant que j'adore ?

Êtes-vous fournis au vainqueur?

PROMETHÉE La victoire eft à moi, fi vous m’aimez encore. L’Amour & le Deftin parlent en ma faveur.

FFA N D O R E.

Et quoi! vous me quittez, cher amant que j’adore ?

PROMETHÉE

Les Titans font tombés; plaignez leur fort affreux

Je dois foulager leur chaîne.

Apprenons à la race humaine

A fecourir les malheureux.

Pandore.

Demeurez un moment. Voyez votre victoire.

Ouvrons ce don charmant du fouverain des Dieux:

PROMETHEE

Que faites-vous ? Hélas ! daignez me croire Je crains tout d’un rival, & les foins curieux Sont de pièges nouveaux, que vous tendent les Dieux.

Pandore.

Quoi, vous penfez ?...

PROMETHÉE

Songez à ma prière.

Songez à l’intérêt de la nature entière.

Et du moins attendez mon retour en ces lieux.

Pandore.

Eh bien, vous le voulez ? il faut vous fatisfaire ; Je fou mets ma raifon ; je ne veux que vous plaire. Je jure , je promets à mes tendres amours

De vous croire toujours.

PROMETHÉE Vous me le promettez ?

Pandore.

J’en jure par vous - même.

On obéit dès que l’on aime,

PROMETHÉE C’en ef affez , je pars , & je fuis raffuré.

Nymphes des bois , redoublez votre zèle; Chantez cet univers détruit & réparé.

Que tout s'embelliffe à ion gré,

Puifque tout eû formé pour elle, (il fort.)

Une Nymphe.

Voici le fiècle d'or , voici le tems de plaire.

Doux loifir ICieï pur, heureux jours,

Kvj 228 P A N D O R E.

Tendres Amours,

La Nature eft votre mère ;

Comme elle durez toujours.

Une autre Nymphe.

La difcorde , la trille guerre

Ne viendront plus nous affliger :

Le bonheur eft né fur la terre ;

Le malheur était étranger.

Les fleurs commencent à paraître ;

Quelle main pourrait les flétrir ?

Les plaifirs s’empreffent de naître;

Quels tyrans les feraient périr?

Le CHGUR répète^ Voici le fiècle d’or, &c.

Une N y m p h e..

Vous voyez l’éloquent Mercure; II eft avec Pandore; il confirme en ces lieux.

De la part du maître des Dieux 3

La paix de la nature.

[lesNymphes feretirent. Pandore s avance avec Nèméfis*

qui paraît fous la figure de Mercure.}

Je vous l'ai déjà dit, Prométhée eft jaloux ,

Ilabufe de fa puiffance.

Pandore.

Il eft Fauteur demanaifance.

Mon roi, mon amant, mon époux.

NEMESIS.

B porte à trop d’excès les droits qu'il a fur vous.

Devait-il jamais vous défendre De voir ce don charmant, que vous tenez des Dieux J

Pandore.

Il craint tout ; fon amour eft tendre ,

Et j’aime à complaire à les vœux,

NEMESIS.

Il en exige trop, adorable Pandore; il n’a point fait pour vous ce que vous méritez, il put en vous formant vous donner des beautés ,

Dont vous manquez peut-être encore.

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