PANDORE
Il m’a fait un cœur tendre , il me charme , il m'adore;
Pouvait-il mieux m’embellir ?
NEMESIS.
Vos charmes périront.
Pandore.
Vous me faites frémir
Cette boite m yilé ri eu fe
Immortalife (a beauté.
Vous ferez, en ouvrant ce tréfor enchanté,
Toujours belle, toujours heureufe.
Vous régnerez fur votre époux:
Il fera fournis & facile.
Craignez un tyran jaloux,
Formez un fujet docile.
Bon, il eft mon amant, il doit l'être à jamais: 23 o PANDORE.
Il eft mon roi, mon dieu , pourvu qu’il (oit fidèle. C'eft pour l’aimer toujours qu’il faut être immor-
telle ; C’eft pour le mieux charmer, que je veux plus d'at-
traits.
NEMESIS.
Ah ! c’eft trop vous en défendre ;
Je fers vos tendres amours ;
Je ne veux que vous apprendre
A plaire, à brûler toujours.
Pandore.
Mais n'abufez-vous point de ma faible innocence ?
Auriez-vous tant de cruauté ?
NEMESIS.
Ah! qui pourrait tromper une jeune beauté?
Tout prendrait votre défenfe.
Pandore.
Hélas! je mourrais de douleur,
Si je méritais fa colère,
Si je pouvais déplaire
Au maître de mon cœur.
NEMESIS.
Au nom de la nature entière Au nom de votre époux , rendez-vous à ma voix;
Pandore.
Ce nom l’emporte, & je vous crois; Ouvrons.
(elle ouvre la boîte, La nuit fe répand fur le théâtre 2 & on
entend un bruit fouterrain, )
Quelle vapeur épaiffe , épouvantable , M’a dérobé le jour & troublé tous mes fens?.
Dieu trompeur ! minière implacable !
Ah ! quels maux affreux je reffens!
Je me vois punie & coupable.
NEMESIS.
Fuyons de la terre & des airs.
Jupiter ef vengé, rentrons dans les enfers.
[Néméfis Pabyme. Pandore efl évanouie fur un lit de ^a^on a J
P R OMET H ÉE arrive du fond du théâtre.
O furprife ! ô douleur profonde !
Fatale abfence ! horribles changemens 1
Quel aftres mal-fefans
Ont flétri la face du monde ?
Je ne vois point Pandore, elle ne répond pas
Aux accens de ma voix plaintive.
Pandore !... mais hélas ! de l’infernale rive Les montres déchaînés volent dans ces climats. les Furies & les Démons, accourant fur Le théâtre^
Les tems font remplis ;
Voici notre empire ;
Tout ce qui refpire
Nous fera fournis.
La trifte froidure
Glace la nature
Dans les flancs du Nord.
La crainte tremblante.
L’injure arrogante.
Le fombre remord ,
La guerre fanglante ,
Arbitre du fort,
Toutes les Furies ,
Vont avec tranport
Dans ces lieux impies
Apporter la mort.
PROMETHÉE Quoi ! la mort en ces lieux s’ef donc fait un pafage ! Quoi ! la terre a perdu fon éternel printems ,
Et fes malheureux habitans
Sont tombés en partage A la fureur des Dieux , de l’enfer & du tems! Ces Nymphes de leurs pleurs arrofent ce rivage. Pandore ! cher objet, ma vie & mon image, Chef-d’œuvre de mes mains, idole de mon cœur.
Répondez à ma douleur!
Je la vois, de fes feus elle a perdu l'ufage.
Pandore.
Ah ! je fuis indigne de vous ; J’ai perdu l’univers ; j’ai trahi mon époux.
Puniez-moi ; nos maux font mon ouvrage.
Frappez !
PROMETHÉE
Moi, la punir !
Pandore.
Frappez, arrachez-moi
Cette vie odieufe ,
Que vous rendiez heureufe ,
Ce jour que je vous doi.
Chœur des Nymphes.
Tendre époux, effuyez fes larmes ;
Faites grâce à tant de beauté;
L’excès de fa fragilité
Ne faurait égaler fes charmes.
PROMETHÉE Quoi! malgré ma prière , & malgré vos fermens. Vous avez donc ouvert cette boite odieufe?
Pandore.
Un Dieu cruel, par fes enchantemens , A féduit ma raifon faible & trop curieufe.
O fatale crédulité !
Tous les maux font fortis de ce don détefté : Tous les maux font venus de la trille Fandore.
L'AMOUR defCendant du ciel.
Tous les biens font à vous, l’amour vous refie encore»’
( le théâtre change & repré fente le palais de ? Amour,)
L'AMOUR continue.
Je combattrai pour vous le deftin rigoureux.
Aux humains j’ai donné l'être ;
ils ne feront point malheureux,
Quand ils n’auront que moi pour maître.
Pandore.
Confolateur charmant, Dieu digne de mes vœux. Vous qui vivez dans moi, vous Famé de mon ame 3 Punifez Jupiter en redoublant la flamme.
Dont vous nous embrâfez tous deux.
P R o METHÉEG PANDORE.
Le ciel en vain fur nous raflemble
Les maux, la crainte & l’horreur de mourir, 1
Nous fouffrirons ensemble ,
Et c’eft ne point fouffrir.
l’Amour.
Defcendez , douce efpérance , Venez , defirs flatteurs, Habitez dans tous les cœurs ; Vous ferez leur jouiffance.
Fuffiez-vous trompeurs,
C'eft vous qu’on implore;
Par vous on jouit, Au moment qui paffe & qui fuit ?
Du moment qui n'eft pas encore.
Pandore.
Des deftins la chaîne redoutable Nous entraîne à d’éternels malheurs:
Maisl'efpoir à jamais fecourable :
De fes mains viendra fécher nos pleurs Dans nos maux il fera des délices ; Nous aurons de charmantes erreurs:
Nous ferons au bord des précipices ; Mais l’Amour les couvrira de fleurs.
Fin du cinquième & dernier TANIS ET ZELIDE,