AURÉLIE, CATILINA
AURÉLIE
Ahl calmez les horreurs donl je sins poursuivie ; Cher époux , essuyez les larmes d'Aurëlie. Quel trouble, quel spectacle , et quel réveil affreux ! Je vous suis , en tremblant, sous ces murs ténébreux. Ces soldats que je vois redoublent mes alarmes. On porte en mon palais des flambeaux et des armes ! Qui peut nous menacer ? Les jours dé Marius , De Carbon , de Sylla , sontrils donc revenus ? De ce front si terrible édaircissez les ombres. Vous détournez de moi des yeux tristes et sombres. Au nom de tant d'amour, et par ces nœuds secrets Qui joignent nos destins, nos cœurs, nos intérêts; Au nom de notre fils, dont l'enfance est si chère; (Je ne vous parle point des dangers de sa. mère , Et je ne vois, hélas ! que ceux que vous courez :} Ayez pitié du trouble où mes sens sont livrés ; Expliquez-vous*
gaulina.
Sachez que mon nom, ma fortune , Ma sûreté^ la vôtre , et la cause commune {e), Exigent ces apprêts qui causent votre effroi» . Si vous daignez m'aimer, si vous êtes k moi. Sur ce qu'ont vu vos yeux observez le silence. Des meilleurs citoyens j'embrasse la défense. Vous voyez le sénat, le peuple divisés. Une foule de rois l'un a l'autre opposés: On se menace, on s*«rme^ et, dans ces conjonctures. Je prends un parti sage et dé justes mesures.
AintÉUE.
Je le souhaité, au moins. Mais me tromperies^vous ? Peut-on cacher son cœur aux cœurs qui sont h nous? En vous justifiant vous redoublez ma crainte. Dans vos yeux égarés trop d*horreur est empreinte. Ciel ! que fera mon pèrç, alors que, dans ces lieux. Ces funestes apprêts viendront frapper ses yeux ?
Souvent les noms de filb , et de père, et de gendre, Lorsque Rome a parlé, s'ont pu ftt faire entendre. -Notre hymen lui déplut, vous le savez assez ; Mon bonheur est un crime k ats yeux ofiènsés. On dit que Nonoius est mandé de Préneste. Quels effets il verm de cet hymen funeste ! Cher époux, quel usage affreux, infortuné. Du pouvoir que sur mot l'amoar vous a donné ! - Vous avez un parti; mais Gicéron, mon père, Caton , Rome , les dieux, sont du parti' contraire. Peut-être Nonnius vient vous perdre aujourd'hui.
GATILINA.
Non, il ne viendra point ; ne cmignez rien de lui«
AURÉLIE
Gomment ?
CATILINA
Aux murs de Rome il ne pourra se rendre Que pour y respecter et sa fille et son gendre. Je ne puis m' expliquer,* mais souvenez-vous bien Qu'en tout son intérêt s'accorde avec le mien. Croyez , quand il verra qu'avec lui je partage pe mes justes projets le premier avantage. Qu'il sera trop heureux, d'abjurer devant moi Les superbes tyrans dont il reçut la loi* Je vous ouvre a tous deux, et vous devez m'en croire. Une source étemelle et d'honneur et de gloire (/).
AURELIE
La gloire est bien douteuse , et le péril certain *. Que voulez- vors 7 pourquoi forcer votre destin? Ne vous suffit-il pas , dans la paix, dans la guerre , D'être un des souverains sous qui tremble la terre ? Pour tomber de plus haut où voulez-vous monter? Les noirs pressentimens viennent m'épouvanter. J'ai trop chéri le joug où je me suis soumise. Voilà donc cette paix que je m'étais promise » Ce repos.de l'amour que mon cœur a cherché! Les dieux m'en ont punie, et me l'ont arraché. Dès qu'un léger sommeil vient fermer m^s paupières. Je vois Rome embrasée» et des mains meurtrières»
aao CATiLuri.
Des sup^Ces,. des morts, des Neuves teints de saag;
De mon père au sénflt \e vois percer le flanc :
y ous-méme , environne dHine troupe en furie ,
Sur des monceaux de morts exhalant votre vie;
Des torrens de mon sang répandus par vos coups ,
Et votre ëpouse enfin mourante auprès de vous.
Je me lève; je fuis ces images funèbres*
Je cours , ]e vous demande au milieu des ténèbres :
Je vous retrouve , bêlas !' et vous me replongez
Dans Tâbîme des maux qui me sont présagés.
GA-TILINA.
Allez 5 Gatiiina ne craint point les augures {g); Et je veux du courage , et non pas des murmures , Quand je sers et l'état , et vous ^ et mes amis.
AURELIE
Âh , cruel ! est-ce ainsi que l'on sert son pays ? J'ignore k quels desseins ta fureur s^est portée; S'ils étaient généreux , tu m'aurais consultée : Nos communs intérêts semblaient te l'ordonner : Si tu feins avec moi, je dois tout soupçonner. Tu te perdras : déjk ta conduite est suspecte (/^) A ce consul'sévère^ et que Rome respecte.
CATILINA. «k
Cicéron respecté ! lui , mon lâche rival !