‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 114 sur 275 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CATIUNA i CÉTHÉGUS,

GÉTHÉGUS.

Tandis que tout s'apprête , et qtie ta main hardie Ta de Rome et du monde allumer Tincendie , Tandis que ton armée approche de ces lieux , Sais-tu ce qui se passe en ces murs odieux?

CATILINA

Je sais que d*un consul la sombre' défiance

Se livre à des terreurs qu'il appelle prudence.

Sur le vaisseau public ce pilote égaré

Présente a tous les vents un flanc mal assuré ;

Il s'agite au hasard; a Torâge il s'apprête ^

Sans savoir seulement d'où viendra la tempête.

Ne crains rien du sénat : ce corps faible et jaloux

Avec |oie, en secret, l'abandonne k nos coups.

Ce sénat divisé , ce monstre k tant de têtes,

Si fier de sa noblesse y et plus de st,^ conquêtes ,

Voit avec les transports de l'indignation

Les souverains des rois respecter Cicéron.

César n'est point â lai> Crassus le sacrifie.

J'attends tout de ma main , j'attends tout de l'envie.

C'est un homme expirant qu'on voit d'un laible efibrt

Se débattre et tomber dans les bras de la mort.

(C£T^ÉGUS

n a des envieux ; mais il parle , il entraîne ; Il réveille la gloire > il subjugue la haine \ Il domine au sénat.

2is8 CàtuniA.

CATIUHA.

Je le brave en tons J 'entends arec mépris -ces cris injurienz : Qu'il déclame a son gré fusqu^ ea dernière benne; Qu'il triomphe en parlant , qu'on l'admire , et qu'il meure. De pluj crueU aoucis , des chagrina plus prfssans , Occupent mon courage, et régnent sur mes sens.

CÉTHÉGUS

Que dis- tu? qui t'arrête en ta noble carrière? Quand l'adresse et la force ont ouvert la barrière. Que cratns-tu?

CATILINA

Ce n'est pas mes nombreux ennemis.

Mon parti seul m'abrme; et je crains mes amis , De Lentulus-Sura l'ambition jalouse , Le grand cœur de César , et surtout mon épouse.

CÉTHÉGDS.

Ton épouse? tu crains une femme et des pleurs? Laisse-lui ae$ remords, laissclui ses terreurs , Tu l'aimes, mais en maître , et son amour docile Est de tes grands desseins un instrun^nt utile.

Je y ois qu*il peut enfin devenir dangereux :

Rome , un époux , un fils , partagent trop ses vœux.-

O Rome ! ô nom fatal ! 6 liberté chérie !

Quoi ! dans ma maison même on parle de patrie '

Je veux qu'avant le temps fixé pour le combat.

Tandis que nous allons éblouir le sénat,

Ma femme 9 avec mon fils, de ces lieux enlevée.

Abandonne une ville aux flammes réservée ;

Qu'elle parte , en un mot. Nos femmes , nos enfans ,

I^e doivent point troubler ces terribles momens.

Mais César!

CETHÉGUS.

Que veux-tu 7 si par ton ailifice , Tu^e peux réussir h t'en faire un complice, Dans le rang des proscrits faut-il placer son nom? Faut*il confondre enfin Césaï- et Cicéron?

cathina.

C'est Ik ce qui m'occupe; et, s'il faut qu'il périsse, Je me sens étonné de ce grand sacrifice.

AGfB SBGOHD. dtQ

U semble qu'en secret respectant son destin , Je rdvbre dans lui l'honneur du nom rtmain. MaisSura yiendra-t-il? ^

CETHÉGUS.

Compte sur son audace ; Tu sais comi;ne ébloui des grandeurs de sa race , A partager tpn règne il se croit des tiiië.

CATILINA

Qu^ cet espoir trompeur il reste abandonné (n). Tu vois avec quel art il (aut qiie je ménage L*orgueil présomptueux de cet esprit sauvage , Ses chagrins inquiets, ses soupçons » son courroux. Sais-tu que de César il ose être jaloux? £nfin î'ai des amis moins aisés k conduire Que Roftse et Cicéron ne coûtent li détruire. O d'un chef de parti dur et pénible emploi !

CETHEGUS

Le soupçonneux Sura s'avance ici vers.toi.

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