‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 12 sur 275 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

SËM IRA MIS parait dans le fond, appnjéé. aur ses femmes; OTÂNËy son confident, va au-devant d'AssUr ; ASSUR,

ARZACE> MIThAlVE. .

OTANE.

Seign€ur^ quittez ces . lieux; La reine en ce moment se cache k tous les yeux. Respectez les douleurs de son ame. éperdue. Dieux 4 retirez la puain sur sa tété étendue.

ARZACE.

Que je la plains !

ASSUR 9 à l'un des siens.

Sortons; et, sans plus consulter.

De ce troublé inouï songeons k profiter.

$ëmiraniis avance sur la scène, OTANE , revenant à Sëmiran|is.

O reine, rappelez votre force première ;

Que vos yeux'^ sans horreur, s'ouvrent k la lumière I

SEMIRAMIS

O voiles de la mort, quaiid vicndrez-vous couvrir Mes yeux remplis de pleurs -, et lassés de s'ouvrir?

( Elle marche éperdue sur la scène , croyant voir l'oipbre de'Ninus. )

Abîmes, fermez-vous; fantôme horrible, arrête : Frappe , ou cesse k la fin dé menacer ma tête. Araace est-il venu ?

OTÀNE.

Madame , en celte cour , Arzace auprès du temple a devancé le jour.

SÉMIRAMIS

Cette voix formidable, infernale; ou céleste. Qui dans l'ombre, des nuits pousse un cri si fuueiste, M'avertit que le jour qu'Arzace doit venir Mes douloureux tom^mens seront prêts k finir.

OTANE. ..

Au sein de ces horreurs goûtez donc quelque joie : Espérez dans ces dieux dont le bras se déploie.

•SEMIRAMIS

Arzace est dans ma cour! Ah! je sens qu'k «on nom

L'horreur de mon forfait ti'ouble moins ma raison.

ACTB PASHIER. 55

OTANE.

Per(iez*«D pour jamais l'iinportune mémoire^

Que de Sëmiramis les beau± jours pleins de gloire

Effîicent ce moment heureux ou malheureux ,

Qui d'un fatal'hymcn brisa le joug affreux, *

Ninus^ en vous chassant de son lit et du trône,

£n-Y0U3 perdant, madame, eût perdu fiabylone.

Pour le bien des morteb ^ous prévîntes ses coups;

Babylpné et la terre avaient besoin de vous :

Et quinze ans de vertus et de travaux utiles^

Les arides déserts par vous rendus fertiles.

Les sauvages humains soumis au frein des lois ,

Les arts dans nos cités naissant k votre voix,

Ces hardis monumens que Puni vers admire ,

Les acclamations de ce puissant empire ,

Sont autai^t de témoins , dont le cri glorieux

A déposé pour vous au tribunal des dieux.

Enfin, -si leur justice emportait la balance.

Si la mort de Ninus excitait leur.vengcance^

D'où vient qu'Assur ici brave en paix leur courroux?

Assur fut en^ effet plus coupable que voù$;

Sa main , qui prépara le breuvage homicide ,

Ne tremble point pourtant ; et rien ne l'intimide..

SËMIRAMIS.

Nos destins, nos devoirs,* étaient trop différens;

Plus les nœuds sont sacrés , plus les crimes sont grands.

J^ëtaîs épouse , Otane , et je suis sans excuse ;

Devant les di.eux vengeurs mon. désespoir in'accuse.

J'avais cru que ces dieux, justement qffensés ,

En m'arrachant mon fils m'avaient punie assez ^

Quêtant d'heureux travaux rendaient mou diadème ,

Ainsi qu'au monde entier, respectable au ciel même.

Mais depuis quelques mois ce spectre furieux

Vient affliger mon cœur, mon oreille, mes yeux.

Je me traîne k la tombe, où je ne puis descendre;

J'y révère de loin celte fatale cendre;

Je l'invoque en tremblant : des sons, des cris affreux.

De longs gémissemens, répondent k mes vœux.

D'un grand événement je inè vois avertie ,

Et peut-'être il est temps que le crime s'expie.

THBATRE. TOME III. 2.

34 sÉitiaiMts.

OTANS.

Mais est-il «issurë que ce spectre fatal

Soit en effet sorti* du séjour iufemal? . •

Souvent dé ses erreurs notre »ine est obsédée i;

De son ouyrage méjnie elle est intimidée ,

Croit voir ce qu'elle craint , et , dans Tiiorreur des nuits ,

Voit enfin les objets qu'elle-mâme a produits.

SÉMIEAMIS.

Je Fai vu; ce n'est point une erreur passagère Qu'enfante du sommeil la yapeur mensongère ,- Le sommeil, ^ mes yeux refusant ses douceurs , ?f 'a point sur mes esprits répandu ses erreurs. Je veillais , je pensais au sort qui me menace , . Lorsqu'au bord de mon lit j'entends nommer Arzace. Ce nom me rassurait : tu sais quel est mon cœur, Assur depuis' un. temps Ta pénétré d'horreur. Je frémis quand il faut ménager mon complice : Rougir devant ses yeux est mon premier supplice. Et je déteste en lui cet .avantage affreux Que lui donne un formait qui nous unit tous deux. Je voudrais.. « mais faiit'-il-, dans l'état qui m'o]pprime , Par un crime nouf eau punir sur lui mon crime ? Je demandais ArzaCe , afin de l'opposer Au complice odieux qui pense m'imposer; Je m'occupais d'Arzace^ et j'étais moins troublée. Dans, ces momens de paix qui m'avaient consolée y Ce ministre de mort a reparu soudain Tout dégonflant de sang, et le glaive k la main : Je crois le voir encor, je crois encor l'entendre. Yienl-il pour me punir, vient-^il pour me défendre? Arzace au moment même arrivait dans ma cour* Le ciel k mpn repos a. réservé ce jour ; Cependant , tout en proie au trouble qui me tue , La paix ne rentre point dans mon ame abattue. Je passe k tout moment de l'espoir k l'effroi. Le fardeau de la vie est trop pesant pour moi. Mon trône m'importune , et ma gloire passée N'est qu'un' nouveani tourment de ma triste pensée.

J'ai nourri mes chagrins sans les manifester; Ma peur m'a fait rougir. J^iài craint de consulter

ICTB PRmiEB* 8S

Ce mage rëvérë que ehërit Babyloue , D'avilir devant lui la majesté du trône , De montrer une fois en présence du ciel Sëminimis tremblante aux regards d'un*mortel. Mais l'ai fait en* secret, moins fière ou plus hardie. Consulter Jupiter aux sables de Libye , , Comme si loin de nous le dieu de l'univers * Weùi mis la vérité qu'au fond de ces déserts. Le dieu qui s'est caché dans cette sombre enceinte A reçu dès long«temps mon hommage ef ma craiete. J'ai comlilë ses auteU et de dons etd'encehSL' ' Rëpare»t-on 4e !crime , hélas! par des présens ? De M empbis aujourd'hui j'attends, une réponse. .

Page 1