‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 139 sur 275 · CATILINA, CÉTHÉGUS · texte numérisé non relu

CATILINA, CÉTHÉGUS

CATILIITA.

Géthégus, l'heure approche où cette main hardie Doit de Rome et du monde allumer l'incendie ; Tout presse.

Tout m'alsrme; U faudrait comivencer.

J'écoutais Cicéron, et j'allais le percer. Si j'aTais remarqué qu'il eût euiles indices Des dangers qu'il soupçonne» et du nom des complices. Il sera éuis une heure isftniit de ton dessein.

cîffJhtHÂ,

En reccTant le coup, U connaîtra la main.

Une heure me suffit pour mettre Rome en cendre*

Que fera Gicéron? Que peatril entreprendMf'

a;-0 YAftlANTBS ,

Qae crainB-ta du sénat? ee corps fiiible et jftloas. Avec joie, en secret, s'abandonne à nos coaps^ Ce sénat divisé, ce monstre à tant de têtes. Si fier de sa noblesse, et plus de ses conquêtes* Voit avec les transports de l'indignation Les souverains des rois respecter Cicéron. Lucuilus, Glodius, les Néron, César même^ Frémissent comme nous de sa grandeur suprémCr Il a dans le sénat plus d'ennemis que mqi, Gloditts, en secret, m'engage enfin sa foi ;i Et nous avons pour nous l'absence de Pompée. J'attends tout de l'envie, et tout de mon épée. C'est un homme expirant qu'on voit d'un faible effort Se débattre et tomber dans les bras de la mort. Je ne crains que César, et peut-être Aurélie.

c^théUsos.

Aurélie en effet a trop ouvert les yeux.

Ses cris et ses remords importunent les dieux.

Pour ce mystère affreux son ame dit trop peu faite ï

Mais tu sais gouverner sa tendresse inquiète.

Ne pensons qu'à César : nos femmes, nosienfan».

Ne doivent point troubler ces terribles momens*

César trahirait-il Catilina qu'il aime?

CATILIlfA*

Je ne sais : mais César n'agit que'pour lui-même.

Dans le rang des proscrits faut-il placer son nom P Faut-il confondre enfi n César et Cicéron P

CATfLIlfA,

Sans doute il le faudra, si par un artifice

Je ne peux réussir ^ m'en faire un complice ;

Si des soupçons secrets avec soin répandus

Ne produisent bientôt les effets attendus ;

Si d'un consul trompé la prudence olnbrageuse

N'irrite de César ta fierté courageuse; -

En un mot si mes soins ne peuvent le fléchir,

Si César est à craindse, il faut s'en affranchir.

Enfin je vais m 'ouvrir à cette ame profonde*

Voir s'il faut qu'il périsse, oa.bien qu'il me sAonde

cÈnkcèB, Et moi je vais presser ceux dont le sûr appui Nous servira peut-être à nous venger de lui.

ifZ CATIUHA. 271

CICiSON.

Il est trop Trai« Gaton, noué méritons des maîtres ;

Nous dégénérODs trop des mœurs de nos ancêtres ;

Le luxe et l'aTarice ont préparé nos fers.

Les Tices des Romains ont Ycngé l'univers .

La Tertu dlisparait, la liberté cbancelle ;

Mais Rome a des Gâtons, j'espère encor pour elle.

(<) CATOir.

Que me sert la justice ? elle a trop d'ennemis; Et je Yois trop d'ingrats ({ne «tous avez servis. Il en est au sénats

ticrfaoH.

Qu'importe ce qu'il pense ; Les regards dé Gaton seront ma récompense.

(m) £tmoi,Gatilina.

De brigues, de complots, de nouveautés avide. Vaste dans ses projets, dans le crime intrépide, Plua que Gésar encor je le crois dangereux, Beaucoup plus téméraire, et bien moins généreux. Avec art quelquefois, souvent à force ouverte. Vain rivai de ma gloire» il conspira ma perte. Aujourd'hui qu'il médite un plus, grand attentat, Je ne crains rien pour moi, je crains tout pour l'état. Je vois sa trabison, j'en cherche le» complices : Tous sea crimes passés sont mes premiers indices. Il faut tout prévenir. Des chevaliers romains Déjà du champ de Mars occupent les chemins. J'ai placé î^étréius à là porte Colline, Je mets en sûreté Préneste dt Térracine. J'observe le perfide en tout tetnps, en tods lieux. Je sais que ce matin ses amis odleu% L'accompagnaient'en foule au lieu même où nous sommes. Martian l'affranchi, ministre des forfaits, S'est échappé soudain» chargé d'ordres secrets, Ai-jé enfin sur ce monstre un soupçon légitime ?

CATOH.

Votre œil inévitable a démêlé le crime !

Mais surtout redoute^ Gésar et Glodius.

Glodius implacable en sa sombre furie, Jaloux de vos honneurs» hait en vous la patrie . Du fier Gatilina tons deux sont les amis. Je crains pour les Romains trois tyrans réunis.

3^2 TiftIANTIS

L'armée est eo Asie, et le crime est dans Rome ; Mais pour sauver l'état il suffit d'un grand homme.

ciciaoïi.

SyUa poursuit eucor cet état déchiré.

Je le rois tout sanglant, mais non désespéré. J'attends Gatilina : son ame inquiétée (*) Semble depuis deux jours incertaine, agitée ; Peut-être qu'en secret il redoute aujourd'hui La grandeur d'un dessein trop au-dessos de Ini.. Reconnu, découTert, il tremblera peut-être. La crainte quelquefois peut ramener untrattre. Toi, ferme et noble appui de notre liberté, Va de nos Trais romains ranimer la fierté ; Rallume leur carnage au feu de ton génie, Et fais, en paraissant, trembler la tyrannie.

( n ) Qu'à cet espoir frÎTole il reste abandonné. Conjuré sans génie, et ^dat intrépide.

IL est fait pour servir sous la main qui le guide.

(o ) Quels triomphes encore ont signalé ta vie f ' ^ Pour oser dompter Rome, il faut l'avoir servie. Marius a régné : peut-être quelque jour Je pourrai des Romains triompher à mon tour. Biais avant d'clïtenhr une telle victoire , .

(/> ) Et s'il en est l'appui, qu'il en soit la victime .

Plus César devient grand, moins je dois l'épargner ;

Et je n'ai point d'amis, alors qu'il faut régner.

Sylla dont il me parle, et qu'il prend pour modèle,

Qu'était-il, après tout, qu'un général rebelle F

Il avait une armée^ et j*ea forme aujourd'hui ;

Il m'a fallu créer ce qui s'offrait à lui.

Il profita des temps ; et moi je les fais naître ;

Il subjugua vingt rois, je vais dompter leur maître.

C'est là mon premier pas : le sénat va périr«

Et César n'aura point le temps de le servir.

(7 ) ... « La mort trop long-temps épargna mes vieux jours : « Vous seule, fille ingrate, en terminez le cours. « De nos cruels tyrans, vous serves^ia furie :* « Catilina , César , ont trahi la patrie.

(*) Celle scène entre Calon et Gicéron précédait, dans les premières éditions, la scène entie (iicéroa et CaiiUaa^ et oommeo^ait * le second acte«

« Pour eomble de maUieur un ^raSftre woiam séduit. « Le fléau de l'état l'est donc de ma Ibmiller « Frémissez, malheureuse ; uo- père trop instruit « Vient sauyer, s'il le peut, sa patrie et sa fille. »

{t } Il n'est plus temps de feindre , il faut tout éelaîrcir ; Je Tais aimer le monde^ et e 'est pout ma défense. On poursuit mon trépas ; je poursuis ma Tengeance. l'at lien de me flatter que tous mes ennemis Vont périr à mes pieds, ou vont ramper soumis. Et mon seul déplaisir est de roir votre père leté par son destin dans le parti contraire. Mais un père à yos yeux est-il plus qu'un époux F Osea^TOfiB me ckértr ^pui8•je compter sur yoqs f

Éh bien ! qu*exi^-tu f

Câtiuha.

Qp'& mon sort engagée^ Votre ame. soit plus ferme, et soit moins partagée. ^ SouTenez-vous surtout que tous m'avez promis De ne traldr jamais ni moi ûi mes amb.

Aciiui.

Je te le jure encor : Ta, crois-en ma tendresse ; Elle n'a pas besoin de nouvelle promesse. Quand tu reçus ma foi, tu sais qu'en ces momens Le serment que je fis valut tous les sermens. Ah! quelques attentats que ta fureur prépare, Je ne puis te trahir.. •• ni t'approuver, barbare !

C'ATILIirA.

Vous approuveres tout, lorsque mes ennemie Viendront à vos genoux^ désarmés et soumia,. Implorer, en tremblant, la clémence d'un homme Dont dépendra leur vie et le destin de Rome. Laissez-moi préparer ma gloire et vos grandeurs ; Espérez tout : ailes.

Latsse-moi mes terreurs.

Tu n'e^ qu'ambitieux, je ne suis que sensible , Et je vois mieux que toi dane quel état horrible Tu vas plonger deç jours que j'avais crus heureux. Poursuis^ trame sans moi tes complots ténébreux , Méprise mes conseils, accablé un coeur trop tendre , Creuse à ton gré l'abîme dû. tu nous lRi& dMcendie.

3^4 TAEIARTES

J'en fols toute l'horreur, et j'en pftiis (feArof ; Mais en te condamnant, je m'y jette après toi.

CATILINA

Faites pins , Anrélie, écartez vos alarmes, '

Jouissez avec nons^du succès de nos armes.

Prenez des sentimens tels ^'en ayaient conçus

L'épouse de Sylla, celle de Marius;

Tels que mon nom« ma gloire et mon cœur Jes demandent

Regardez d'un œil sec les périls qui m'attendent :

So Jez digne de moi. Le sceptre des humains

TC'est point fait pour passer dan s de tremblantes mains.

Apprenez que mon camp, qui s'approche en silence.

Dans une heure, au plus tard, attend votre présence ;

Que l'auguste moitié du premier des humains

S'accoutume à jouir des honneurs soureraîns;

Que mon fils au berceau, mon fils né pour la guerre.

Soit porté dans vos bras aux Tainqueurs de la terre;

Que votre père enfio reconnaisse aujourd'hui

Les iotérêts sacrés qui m'unissent à lui ;

Quil respecte son'gendre , et qu'il n'ose me nuire. .

Mais avant qu'en mon camp je vous fasse conduire^

Je veux qu'à ce consul « à ce lâche rival^

Vous fassiez parvenir ce billet si fataU

J'ai mes raisons , je veux qu'il apprenne H connaître

Et tout ce qu'est Gésar, et tout ce qu'il peut être.

Laissez, sans vous troubler, tout le reste à mes soins <

Vainqueur et couronné, cette nuit je vous joins.

(5) Commence donc par moi, qu^il faudra désarmer : Malheureux, punis-moi du crime de t'aimer. Tu m'oses reprocher d'être faible et timide l Ch bien 1 cruel époux, dans le crîme intrépide, Frappe ce lâche cœur qui t'a gardé sa foi. Qui déteste ta rage « et qui meurt tout à toi! Frappe^ ingrat ; j^aime mieux, avant que tout périsse. Voir en toi mon bourreau , que d'être ta complice.

CATILIHA.

Aurélie I à ce point pouvez- vous m'oujtrager !

AuaiLiB.- Je t'outrage et te sers, et tu peux t'en venger. Oui , je vais arrêter ta fureur meurtrière ; Et c'est moi que tes mains combattront la premicrev

Es-tu désaboséi tn noua a perdu» tous»

DB CÀTltlNA. 117 5

CATIUMÂ.

bùns cefljaffreux momens puis-je compter sur youb f

Vous sera i-je encor cher?

AoaiLu.

Oui , mâu il iaot me d'aire,»

Je défendrai tes jours , je défendrai ta gloire.

J'ai haï tes complots 9 j'en ai craint le danger;

Ce danger est venu , je vais le partager.

Je n'ai point tes fureurs , mais j'aurai ton courage ;

L'amour en donne au moins ; et malgré ton outrage 4

Malgré tes cruautés, constant dans ses bienfaits,

Cet amour est encor plus, grand que tes forfaits.

GATIi;iNÀ.

£h bien, que voulez-vous ? que prétendez-vous faire f

AnaMua.

Mourir ou te sauver. Tu sais quel est mon père :

En moi de ses vieux ans il voit l'unique appui. Il est sensible, il m'aime, et le sang parle en lui. Je vais lui déclarer le saint nœud qui nous lie , Il saura que mes jours dépendent de ta vie. Je peindrai tes remords : il craindra devant moi D'armer le désespoir d'unjfendre tel que toi; Et je tê donne au moins,quoi qu'il puisse entreprendre. Le temps de quitter Rome , ou d'oser t'y défendre. J'airêterai mon père au péril de mes jours.

GATiLiNA, après un moment de recueillement. Je reçois vos conseils ainsi que vos secours. Je me rends... le sort change.*, il faut vous satisfaire.

( u ] Remords , approchez-vous de ce cœur furieui...

Écartez-la surtout : si je la vois paraître ,

Tout prêt à vous servir, je tremblerai peut-être.

gMthMgus.

Voilà Votre chemin.

GATILINA.

Je m'égarais, je sors :

C'est le chemin du crime, et j'y cours sans remords.

(cD ) Ont osé de Sylla montrer l'ambition.

Mallius, un soldat qui n'a que du courage, Un aveugle instrument de leur secrète rage 9 Descend comme un torrent du haut des Apennins ; Jusqu'aux remparts de Rome il s'ouvre les chemins. Le péril est partout; l'erreur, la défiance , M'accusaient avec eux de trop d'intelligehce.

Je voyais à regret vos injustes soupçons Dans vos cœurs prévenus tenir lieu de raisonsv Mais si vous m'avez fait cette injare cruelle. Le danger vous excus.e , et surtout votre zèle. Vous le savez. César, vous le savez , sénat , Plus on est soupçonné , plus on doit à Pétat. Gicéron plaint les maux dont Rome est affligée : Il vous parlait pour elle , et moi je l'ai vengée. Par un coup éflErayant je lui prouve aujourd'hui Que Rome et le sénat me sont plus chpn qu^ hii. Sachez que Nonnius était l^ime invisible , L'esprit qui gouvernait ce. grand corps si terrftle , Ce corps des conjurés , qui des monts Apennins S^étend jusqu'où finit le pouvoir des Romains. Il venait consomm,er ce qu'on ose entreprendre , Allumer les flambeaux qui naettaient Romeenoendre, Égorger les consuls à vos yeux éperdus : Gaton était proscrit, et Rome n'était plus» Les mpmens étaient chers , et les périls extrêmes. Je l'ai su , j'ai sauvé Tétât , Rome , et vous-m^mes. Ainsi par Scipion fut immolé Gracchus ; Ainsi par un soldat- fut puni Spurius ; p

Ainsi ce fier Gaton qui m'écoute et me brave ^ Gaton né sous Sylla , Gaton né son esclave , Demandait une épée « et ^ de ses faibles mains , Voulait sur un tyran venger tous les Romaids.

( y ) Mon père par ma voix vous demande vengeance r Son sang est répandu , j'ignore par quels coups ; Il est mort,' il expire, et peut-être pour vous. G 'est dans votre palais, c'est dans ce sanctuaire , Sous votre tribunal , et sous votre œil sévère , Que cent coups de poignards ont épuisé son flapc. ( En voulant se jeter aux pieds de Cicéron qui la relève. ) Mes pleurs mosillent vos {ûeds arrosés de son sang.>. Secourez-moi, vengez ce sang qui fume encore. Sur l'infâme assassin que ma douleur ignore»

CICAbon , ^o. montraut Catiliua.

Le voici....

AvaiLiB.

Dl«ux!.,.

ciciaoN.

G'est lui , lui qui Tafisassina. . .

Qui s'en: ose vanter I

0B CATlLiVà. 977

aomMlib.

OciellGatilinai L'ai-je bien entendu! Qooi! mongtre sangviiiaire 1 Quoil c'est toi.... mon époux a'teaaaftcré mon père!

cicriaoN.

Lai r votre époux!

Je meurs.

GATILIIVA.

Oui, les piuf sacré» Doends, De son père ignorés, nous unissent tous deux. Oui , plus ces uttnds sont saints, plus^rand est le service . J'ai fait en Irémitsant cet affreux sacrifice; Et si des dictateurs ont immolé leurs fils , Je crois Hure autant ^'eux pour sauver mon pays , Quand malgré lAon hymen et l'amour qui me lie , J'immole è nos dangers le père d'Avélie^

AOBiuB , revemuit à eUe^ Oses-tu h...

GicMaON, au sénat.

. Sans horreur avei-Tous pu l'ouîrf Sénateurs, à ce point il peut tous éblouir!

Lb SiRAT, AURÉLIE, lb €nr sbs ucfivis.

LB CHBT DBS LICTBÛBS.

Seigneur, dn a saisi ce dépôt formidable*. ..

GICiBOB.

Chez Nonnius , 6 ciel l

CBASSOS.

Qui des deux est coupable t

Gioteov.

En pouTeZrTOus douter? Ah! madame, au sénat Nommez, nommez l'auteur de ce noir attentat. J 'ai toute la pitié que Totre état demande ; Hait édaircissez tout, Rome tous le commande.

AOBÉliIB.

Ahl laissez-moi mourir! Que aae dedumén-TOiur

Ce çpÈÊ^ !•.• }e ne puis accuser mon époux...

GiciBor^ C'est l'acouier assez.

LBirzCLCS.

C'est assez le défendre.

CICiBON.

Poursuivez donc, cruels,; et mettez Rome en cendre.

a^S VAftlÂNTBS

Achevez ; il vous reste à le déclarer roi.

ÂuaiLiBé Sauvez Rome, consul $ et ne perdez que moi. Si vous ne m'arrachez cette odieuse vie , De mes sanglantes mains vous me verrez punie. Sauvez Rome » vous dis-je , et ne m'épargnez points

cicMaoïr.

Quoi ! ce fier ennemi vous impose à ce point i Vous gardez devant lui ce silence timide 1 Vous ménagez encoirc un époux parricide !

CATIURA. .

Consul , elle est d'un sang que l'on doit détester ; Hais elle est mon épouse, il la faut respecter.

ciciaoïr.

Grois^moi, je ferai plus : je la vengerai, tràttr'e I

( A Aurëlie. ) *

Eh bien ! si devant lui vous craignez de paraître, Daignez de votre père attendre le vengeur ; Et renfermer chez vous votre juste douleur. Là je vous parlerai.

Que pourrai-je vous dire t Le. sang, d'un père parle , et devrait vous suflBre* Sénateurs , tremblez tous... le jour est arrivé... Je ne le verrai pas... mon sort est achevé , Je succombe.

' CATILINA

Ayez soin de cette infortunée, cicrfaoïr.

Allez , qu'en son palais elle soit ramenée. ( On l'emmène. )

CATILINA

Qu'ài-je vu , malheureux ! je suis trop bien puni^

cMthMgus.

A ce fatal objet , quel trouble t'a saisi ? Aurélie à nos pieds a demandé vengeance ; Mais si tu servis Rome , attends ta récompense*

ciGiHoir.

Qu'entends-je l Ah, sénateurs l en proie à Votre sort , Ouvrez enfin les yeux que va fermer la mort. Sur les bords du tombeau , réveille-toi^ patrie 1 ( En moxitrant Catilioa. )

Vous avez déjà va l'essai de sa furie :

DE CÀTILIVA. 279

Ce n'est qu'un des ressorts par ce traître employés ;

Tous les autre» en foule ici sont déployé& ;

On lève des soldats jusqu'au milieu de Rome ;

On les engage à lui , c'est lui seul que l'on nomme^

Que font ces vétérans dans la campagne épars ?

Qui ya les rassembler au pied de nos remparts ?

Que demande Lecca dans les murs de Préneste l

Traître, je sais trop, bien tout l'appui qui te reste.

Mais je t^ai confondu dans l'un de tes desseins ;

J'ai mis Rome en défense, et Préneste en mes mains^

Je te suis en tous lieux, à Rome en Étrurie ;

Tu me trouves partout épiant ta furie.

Combattant tes projets, que tu crois nous cacher;

Gbez tous tes confidens ma main va te chercher»

Du sénat et de Rome il est temps que tu sortes.

Ce n'est pas tout, Romains: une armée est aux portes^

Une armée est dans Rome; et le fer et les feux

Vont renverser smr vous vos temples et vos dieux.

C'est du mont Avenfin que partiront les flammes

Qui doivent embraser vos enfiins et vos femmes ;

Et sans les fruits heureux d'un travail assidu.

Ce terrible moment serait déjà venu.

Sans mon soin redoublé que l'on nommait frivole.

Déjà les conjurés marchaient au. Capitole.

Ce temple où nous voyons les rois à nos genoux,

Détruit et consumé, périssait avec vous.

Cependant à vos yeux Catilina paisiMe

Se prépare avec joie à ce carnage horrible :

Au rang des sénateurs il est encore assis ;

Il proscrit le sénat, et s'y fait des amis ;

Il dévore des yeux le fruit de tous ses crimes ;

Il vous voit, vous menace, et marque ses victime».

Et quand ma voix s'oppose à tant d'énormités.

Vous me parlez de droits et de formalités !

Vous respectez en lui le rang qu'il déshonore l

Vos bras intimidés sont enchaînés encore !

Ahl si vous hésitez, si , méprisant mes soins.

Vous n'osez le punir, défendez-vous du moins.

CATOir.

Ya, les dieux immortels ont parlé par ta bouche. Consul délivre-nous dû ce monstre faurouche; Tout dégouttant du sang dont il souilla ses mains^ Il atteste les droits des citoyens romains*

aôo v£RiJniTes

Use dei mêmes droits pour Yeoger la patrie : Noos n'aTons pas besoin des aveux d^Anrélie. Tu L'as trop conTainco, laî-même est interdit; Et snr Gatilinà le seul sonpçon suffit. Céthégiis nbos disait, et bien mienx qu^l ne pense, « Qu'on doit immoler font & Rome, à sa défense ; Immole ce perfide, abandonne aux bonireaox L'artisan des forfaits et llinteor de nos matei; Frappe, malgré César, et sacrifie k Rome Cet bomme détesté , si ce monstre est un bomme : Je suis trop indigné qu'anx jeux de GicéroB Il ait osé s'asseoir à côté de Gâton.

(Caton se 1ère et passe du côté deCicëron. Toxu les sénateurs le fuirent^ hors^Cëthëgas, JLentulos, Crassns, Clodiufl, qui restent ayec Catilina.)

ciciaon, an sénat.'

Gonrage, sénateurs, du monde augustes maîtres.

Amis de la vertu,- séparez-vous des traîtres.

Le démon de Sylla semblait vous aveugler:

Allez au Gapitole, allez vous rassembler ;

G'est là qu'on doit porter les premières alarmes.

Mêlez l'appui des, lois à la force des armes ;

D'une escorte nombreuse entourez le sénat'.

Et que tout citoyen soit aujourd'hui soldat.

Gréez un dictateur en ces temps difficiles.

Les Gaulois sont dans Rome, il vous faut desCamilles.-

On attaque sans peine un corps trop divisé ;

Lui-même il se détruit ; le vaincre est trop aisé ;

Réuni sous un chefj, il devient indomptable.

Je suis loin d'aspirer à ce faix honorable :

Qu'on le donne au plus digne, et y^ révère en lui

Un pouvoir dangereux, nécessaire aujourd'hui.

Que Rome seule parle, et soit seule servie ;

Point d'esprit de parti, de cabales, d'envie.

De faibles intérêts, de sentimens jaloux :

G'est par là que jadis Sylla régna sur yrosas ;

Par là) sous Bftarius, j'ai vu tomber vos pères*

Des tyrans moins fameux,^ cent fois plus sanguinaireii,

Tiennent le bras levé, ks fers et le ïrépaa ;

Je les montre è vos yeux : ne lea voyea^vous pas r

Écoutex-vom sni moi l'envie et les eaprices t

Oubliez qui je sois» songes à mes service»;

DB CÂTILINA. aSlF

Songez à Rome, à vous qui youi sacrifiez. Non à de vains honneors qu'on m'a trop enviés. Allez ; ferme Gaton^ présidez à ma place ; César soyez fidèle ; et que l'antique audace Du brave LùcuUus, de Grassus, de Géson, S'allume au feu divin de l'ame de Gaton. Je cours en tous les lieux où mon devoir m'oblige ,. Où mon pays m'appelle, où le danger m'exige. Je vais combler l'abîme entr'ouverl sous vos pas , Et malgré vous enfin vous sauver du trépas.

(Il sort arec le «^nat. ) CATiLlif A, i Cicëron.

J'atteste encor le» lob que vous osez enfreindre : Vous allumez un tea qu'il vous fallait éteindre. Un feu par qui bientôt Rome s'embrasera ; Hais c'est dans votre sang^qne ma main l'éteindra..

GiTHIGUS.

Viens, le sénat encor hérite et se partage : Tandis qu'il délibère» achevoM notre oovrage»

NOTES

I Vains iantûmed d'état, éTanouis5ez*yx>u«.

{Vert de Rodogune.") a X>a gloire eu est dputeuye, et le péril certain.

{Vert d^ Cinnd.)

Sœvior amtis

3 Luxuria incubùit, victumque uUiscitur orbenu

( JU'VÉIfiLL.)

4 Tous les tyrans qui ont vonla détruire un gouTémement républicain ont toujours pris pour prétexte la nécessité de délivrer le peuple du joug des grands; comme, toutes les fois qu'une aristocratie a succédé au gouvernement d'un seul , elle a pris pour prétexte les abus de l'autorité arbitraire : et* le peuple a toujours été la victime et la dupe de toutes ces révo^tionsé Gatilina ne dit nulle part qu'il est un scélérat; il veut venger le peuple' et les vétérans de l'ingratitude du sénat ; il veut venger ses propres injures. Il ne commet un Crime que parce que ce crime est nécessaire à son salut et à celui de ses amis. M. de Voltaire est le premier poète tragique qui ait fait parler les scélérats avec vraisemblance , sans déclamation et sans bassesse. C'est un pas que l'art n'avait point fait encore du* temps de Racine. *

5 Spurius Mélius était un chevalier romain qui, dans un temps de disette , forma des magasins de grains , et les distribua aux citoyens. 11 devint leur idole. Le sénat l'accusa d'aspirer à la tyrannie; et pour opposer à la faveur populaire une autorité redoutable au peuple , on nomma dictateur le célèbre Cincinnatus. 11 cita Spurius à son tribunal, et envoya Servilius Ahala , qu'il avait choisi pour général de la cavalerie, sommer

l'accusé d'y comparaître. Mélius refusa d'obéir, Servilius le tua ; et le dictateur approuva sa conduite. On sait quel fut le sort des Gracques. Gatilina s'excuse devant le sénat , par des exemples de violence approuvés par le sénat même, et commis poui^ ses intérêts.

6 César avait eu dans sa jeunesse des liaisons avec Gatilina ; et ceux qui découvrirent la conspiration à Gicéron nommèrent César parmi les complices , soit que réellement il y eût trempé , soit qu'ils eussent voulu augmenter l'importance de

HOTES DB GâTILIRA, 285

leur service^ en mêlant un grand nom aux noms obscurs ou méprisés des autres complices. Biais la conduite de César, pendant la conjuration, fit soupçonner qu'il regrettait qu'elle n'eût pas eu des suites qui auraient pu le rendre nécessaire , et lui OQTrir le chemin à la souveraine puissance.

7 C'était au consul du jour à nommer le dictateur. Cicéron ne pouvait se nommer lui-même. Antoine son collègue était un homme estimé comme général , mais obéré et débauché; ses goûts et l'état de sa fortune l'avaient lié avec tout ce que Rome renfermait alors de factieux.

Gicéron n'osait se fier à lui, et s'assurer qu'Antoine le nom- .merait. Grassus, César, Lucullus, étaient plus ou moins suspects. On pritdonc^^e parti de ne point nommer de dictateur^ et le sénat porta le décret : videant consuUtnequiddetrimenti Respublica copiai. Ce décret donnait au consul une autorité absolue, semblable 4 celle du dictateur; mais non pour un temps fixé, et seulement tant que le sénat voulait la continuer. L'exercice des autres magistratures n'était pas suspendu. Enfin on pouvait demander compte aux consuls de la conduite qu'ils avalent tenue pendant le tempa qu'ils avaient joui de cette autorité.

9 A cette époque , aucun citoyen romain ne pouvait être condamné à mort qu'en violant les lois. Cicéron, avant de faire de l'autorité illimitée qu'il avait reçue un usage contraire à une loi respectée dans Rome , et chère au peuple , consulta le sénat. Ce fut dans cette occasion que César et Caton prononcèrent deux discours : Caton pour prouver la nécessité de faire mourir les conjurés , César pour proposer de les renfermer seulement dans quelques villes d'Italie. Ces discours nous ont été transmis par Salluste. On ignore , à la vérité , si ce sont réellement ceux que César et Caton ont prononcés dans le sénat, ou des discours de l'invantion de Salluste , suivant l'usage des anciens historiens.

Il est à remarquer que César, souverain pontife, dit, en plein sénat , dans ce discours , qu'il ne faut pas punir de mort le» conjurés , parce que la mort leur ôtera le sentiment de toute» les peines, et celui de leur opprobre; qu'elle serait une grâce plutôt qu'un supplice : il nie hautement les peines après la mort. Soit que César ait fait ce discours , soit que Salluste , au- * teur contemporain, l'ait attribué au souverain pontife, il en résulte également que les idées religieuses des anciens Romains étaient bien dififérentes des nôtres. Un auteur qui ne serait pas absolument fou { ce qu'on peut supposer de Salluste ) n'introduirait pas dans un livre sérieux un roi d'Angleterre avançant ,

a64 HOTES DB CàTILlKi.

en plein parlement « « qu'il n'y a rien après ia mort, » comme

une opinion toute simple , et qui ne doit seandaliser personne.

Le sénat snivit l'avis de Gaton ; mais le suffrage de ce corps si puissant n'empêcha point que Gicéron ne fût; recherché dans la suite, comme ayant abusé de son pouvoir* et qu'il ne subit la peine de l'etil. Glodius fnt son accusateur.

9 En sortant de la première représentation de Rome sauvée, M. d'Àlembert dit à M. de Voltaire : Il y a dans votre pièce un ▼ers que j'eusse voulu retrancher :

Permettez que César ne parle point de lid.

c Si je n'avais eu^ répondit l'auteur de la tragédie, que des hommes teb que vous pour spectateurs, je ne l'aurais pas écrit. »

TANCRÈDE

ÉPITRE DËDICATOIRk

À lIADàHB Ul MARQVISIS DE PùMPADOUfi^

Madame,

Toutes les épitres dédicatoire«ne sont pas de lâches flatte- ^fies , toates ne sont pas. dictées par l'intérêt ; celle qae tous re- ^çutes de M. Grébillon , mon confrère à l'académie , et mon premier maître dans un ai*t que j'ai toujours aimé, fut un monument de sa reconnaissance : le mien durera moins , mais il .est aussi juste. J'^i vu dès votre enfance les grâces et les talens se développer ; j'ai reçu de vous. 9 dans tous les temps , des témoignages d'une bonté toujours égale. Si quelque censeur pouvait désapprouver l'hommage que je vous rends, ce ne pourrait être qu'un cœur, né ingrat. Je vous dob beaucoup , Madame , et je dois le dire. J'ose encore plus , j'<)se vous remercier publiquement du bien que voiisavez fait à un très grand nombre de véritables gens de lettres , de grands artistes , d'hommes de mérite en plus d'un genre.

Les cabales sont affreuses , je le sais ; la fittérature en sera toujours troublée , ainsi que tous les autres états de la vie. On calomniera toujours les hpmmes de lettres comme les gens c!n ^lace ; et j'avouerai que l'horreur pour ces cabales m'a fait prendre le parti de la retraite, qui seule m*a rendu heureux. Mais j'avoue en même temps que vous n'avez jamais écouté aucune de ces petites factions ; que jamais vous ne reçûtes d'impression de l'imposture secrète qui blesse sourdement le mérite, ni de l'imposture publique qui l'attaque insolemment. Vous avez fait du bien avec discernement, parce que vous ayez jugé par vous-même ; aussi je n'ai connu ni aucun homme de lettres, ni aucune personne sans prévention ,qui ne rendit justice à votre caractère, non seulement en public , mais dans les conversations particulières, où l'on blâme beaucoup plus qu'on ne loue. Croyez, Madame , que c'est quelque chose que le su£FHige de ceux qui savent penser.

De tous les arts que nous cultivons en France, l'art de la tra< gédie n'est pas celui qui mérite le moins l'attention' publique; car il faut avouer que c'est celui dans lequel les Français se sont le plus distJbgués. C'est -dailleurs au théâtre seul que la nation se rassemble , c'est là que l'esprit et le goût de la jen-

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nesM M formeat f les étrangers y vienDeot apprendre notre langue { nulle mauTaise maxime n'y est tolérée > et nul sentiment estimable n'y est débité sans être applaudi; c'est une école toujours subsistante de poésie et de vertu.

La tragédie n'est pas encore peut-être tout-à-fait ce qu'elle doit être; supérieure à celle d'Athènes en plusieurs endroits, il lui manque ce grand appareil. que les magistrats d'Athènes savaient lui donner.

Permettez -moi , Madame , en voua dédiant une tragédie , d« m'étendre jsvit cet art des Sophocle et des Euripide. Je sais que toute la pompe de l'appareil ne vantpaurune peasée subiim,e G(u un sentiment , de même que la parure n'est presque rien sans ^ beauté. Je sais bien que ce n'est pas un giand mérite de parler aux yeux; mais j'ose être sûr que le sublime et le tou« cbant portent un coup beaucoup plus sensible , quand ils sont soutenus d'un appareil convenable, et qu'il faut frapper l'ame et les yeux à la fois. Ce sera le partage des génies qui viendront après nous. J'aurai du moins encouragé ceux qui me feront oublier.

C'est dans cet esprit » Madame , que je dessinai la fkible esquisse que je soumets à vos lumières. Je la crayonnai dès que je sus que le théâtre de Paris était changé , et devenait un vrai spectacle. Des jeunes gens de beaucoup de talent la ijepréscn- " tèrent avec moi sur un petit théÂtre que je fis faire à la campaguje. Quoique ce théâtre fût extrêmement étroit , les acteurs ne fiuent point gênés , tout /ut exécuté facUenoient ; ces boucliers , ces devises, ces armes qu'on suspendait dans la lice^ fesaient un effet qui redoublait l'intérêt , parce que celte décoration , cette action ,. devenaient une partie de l'intrigue. Il eût fallu qqe la pièce eûtjoint à cet avantage celui d'être écrite avec plus de chaleur, que j'eusse pu éviter les longs récits , que les vers eussent été faits avec plus de soin. Mais le temps où nous nous étions proposé de nous donner ce divertissement ne permettait pas de délai ; la pièce jfut faite et apprise £n deux mois (a).

Mes amis me mandent que les acteur^ ^e ParM ne l'ont représentée :que parce qu'il en courait une grande quantité de copies infidèles. Il a donc fallu la laisser paraiti« avec tous les défauts que je n'i^ pu corriger. Mais ces défauts même instruiront ceux qui voudront travailler dans le même goût (b). Il y a encore dans cette pièce une autre nouveauté qui me parait mériter d'être perfectionnée ; elle est écrite en vers croisés. Cette sorte de poésie sauve l'uniformité de la rime ; mais aussi ce genre d'écrire est dangereux^ car tont.a son écueil. Ces grands tableaux , que les anciens regardaient comme une partie

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ctsentiefle ûe la tragédie , penvent aisément nuire au thé&tre de France , en le réduisant à n'être presque qu'une vaine décoration; et la sorte de vers que j'ai employés dans Tanerêde approche peut-être trop de la prose. Ainsi il pourrait arriver qu'en voulant perfectionner la scène française on la gâterait entière« ment. Il se peut qu'on y ajoute un mérite qui lui manque, il se peut qu'on la corrompe.

l'insisté seulement sur une cfhose^ c'est la variété dont on a besoin dans une ville immense » la seule de la terre qui ait jamais eu de spectacles tous les jours. Tant que nous saurons maintenir par eette variété le mérite de notre scène, ce talent nous rendra toujours agréables aux autres peuples; c'est ce qui f ait^que des personnes de là plus haute ^distinction représentent souvent nos ouvrages dramatiques , en Allemagne, en Italie , qu'on les traduit même en Angleterre , tandis queiious voyons dans nos provinces des salles de spectacle magnifiques, comme on voyait des cirques dans toutes les provinces romaines , preuve incontestable du goût qui subsiste parmi nous , et preuve de nos ressources dans les temps les plus difficiles. C'est en vain que plusieurs de nos compatriotes s'eflTorcent d'annoncer notre décadence en tout genre. Je ne suis pas de l'avis de ceux qui , au sortir du spectacle , dans un souper délicieux , dans le sdn du luxe et du plaisir , disent gaiement que tout est perdu ; je sub assez près d'une ville de province, aussi peuplée que Rome moderne, et beaucoup plus opulente « qui entretient plus de quarante mille ouvriers, et qui vient de construire en même temps le plus bel hôpital du royaume , et le plus beau théâtre. De bonne foi , tout cela existerait-il si les campagnes ne pro- «duisaient que des. ronces F

J'ai choisi pour mon habitation un des moins bons terrains jqui soient en France; cependant rien ne nous y manque : le pays est orné de maisons qu'on eût regardées autrefois comme trop belles ; le pauvre qui veut s'occuper y cesse d'être pauvre ; cette petite province est devenue un jardin riant : il vaut mieux, San» doute, fertiliser sa terre que de se pl^ndre à Paris de la stérilité de sa terre >•

Me voilà , Madame , un peu loin de Tanerêde : j'abuse du droit de mon âge , j'abuse de vos momens , je tombe dans lès digressions , je dis peu en beaucoup de paroles. Ce n'est pas là le caractère de votre esprit ; mais je serais plus diffus si je m'abandonnais aux sentimens de ma reconnaissance. Recevez^ avec votre bonté ordinaire. Madame, mon attachement et mon jespect, que rien ne peut altérer jamais.

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