‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 138 sur 275 · LE CHEF DBS LICTEURS · texte numérisé non relu

LE CHEF DBS LICTEURS

Seigneur , ib sont punis :

Mais leur sang a produit de nouveaux ennemis ; C'est le feu de l'Etna qui couvait sous la cendre ; Un tremblement de plus va partout le répandre ; £t si de Pctréius le succès est douteux , Ces murs sont embrasés , vous tombez avec eux. Un nouvel Annibal nous assiège et nous presse , D'autant plus redoutable en sa cruelhe adresse , Que jusqu'au sein de Rome , et parmi ses enfans , En creusant vos tombeaux il a des partisans. On parle en sa faveur dans Rome qu'il ruine; Il l'attaque au dehors ^ en dedans il domioe; Tout son génie y règne ; et cent coupables voix Les plaintes des ingrats , et les clameurs des traîtres. Réclament contre vous les droits de nos ancêtres, Redemandent le sang répandu par vos mains : On parle de pimir Iç vengeur des Romains.

CLdDIUS.

Nos égaux , après tout ^ que vous deviez entendre , Par vous seul condamnés ^ n'ayant pu se défendre , Semblent autoriser. . . .

CICERON

Clodi us , arrêtez; Renfermez votre envie et vos témérités : Ma puissance absolue est de peu de durée; Mais tant quj'elle subsiste , elle sera sacrée* Yous aurez tout le temps de me persécuter ; Mais quand le péril dure , il faut me respecter. Je connais l'inconstance «ux humains ordinaire. J'attends sans m'ébranler les. retours du vulgaire. Scipion y accusé sur des prétextes vains , Remercia les dieux , et quitta les Romains. Je puis en quelque chose imiter ce grand homme^ Je rendrai grâce wi ciel , et resterai dans Rome.

IGTB GlVQUlklIE. 365

A rétat , maigre vous » )'ai consacre mes foun ; Et f toujours envié y je servirai toujours.

CATON

Permettez que dans Rome encor je me présente , Que j'aille intimider une foule insolente , Que je vole au rempart , que du moins mon aspect Contienne encor César , qui m'est toujours suspect. Et si f dans ce grand jour » la fortune contraire....

CICBBON.

Caton , votre présence est ici nécessaire. Mes ordres sont donnés ; César est au combat; Caton de la vertu doit l'exemple au sénat , Il en doit soutenir la grandeur expirante. Restez.... Je vois César , et Borné est triomphante.

( Il court au devant de César. )

Afa ! c*est donc par yos mains que l'état soutenu»...

CÉSAB.

Je l'ai servi peut-être , et vous m'aviez connu. Prétréîus est couvert d'une immortelle gloire ; Le courage et l'adresse ont fiié la victoire. Nous n'avons combattu sous ce sacré rempart , Que pour ne rien laisser au pouvoir du basard , Que poar mieux enflammer des âmes héroïques , A l'aspect imposant de leurs dieux domestiques. Métellus, Muréna , les braves Scipions , Ont soutenu le poids de leurs augustes noms ; Ils ont aux yeux de Rome étalé le courage Qui subjugua l'Asie , et détruisit Cartbage; Tous sont de la patrie et l'honneur et l'appui. Permettez que César ne parle point de lui (9).

Les soldats de Sylla , renversés sur la tene , Semblent braver la mort et défier la guerre , de tant de nations ces tristes conquérans Menacent. Rome encor de leurs yeux expirans. Si de pareils guerriers la valeur nous seconde , Nous mettrons sous nos lois ce qui reste du monde. Mais il est , grâce au ciel , encor de plus grands cœurs , Des héros plus choisis , et ce sont leurs vainqueurs.

Catilina terrible au milieu du carnage , Entouré d'ennemis immolés a sa rage ,

THÉATBE. TOMB III. I ».

a66 CAtiUHA.

Sanglant , couvert de traits , et combattant toujours , Dans nos rangs ëdaircis a terminé ses jours. &ir des morts entasses i'e£&x](i de Rome expire. Romain , je le condamne ; et soldat , je l'admire. J'aimai Catilinat mais vous yoyez mon cœnr; Jugez si Tamitië l'emporte sur Phonneur.

CICERON

Tu n'as point démenti mes vœux et mon estime. Ya , conserve k jamais cet esprit magnanime ; Que Rome admire en toi son étemel soutien. Grands dieux ! que ce héros soit toujours citoyen ! Dieux! ne corrompez pas cette ame généreuse ; ]St que tant de vertu ne soit pas dangereuse !

fn DB GATILINA.

DE CATILINA

(a) Mai*, snrtont, qae ne puis-je i nttw tmIu deneias Do couragenz Cénr auocier les lOain* !

{b) * Ce César que je crains, nïon épouse que j'aime. Il faut que l'artifice aiguise dans mes mains Ce fer qui va nager dans le sang des Romains. Aurélie à mon cœur en est encor plus chère ; Sa tendresse docile, empressée à me plaire. Est l'aveugle instniment d'un ouvrage d'horreurs. Tout ce qui m'appartient doit servir mes fureurs.

(f) Crois-moi, quand il verra qu'avec lui je partage De ces grands changemens le premier avantage, La fière ambition qu'il couve dans son cœur Lui parlera sans doute avec plus de hauteur.

{d) Ne me reproche rien : l'amour m'a bien servi. C'est chez ce Nonnius, c'est chez mon ennemi. Près des murs du sénat, sous la voûte sacrée. Que de tous nos tyrans la perte est préparée. Ce souterraio secret au sénat nous conduit : C'est là qu'en sûreté j'ai moi-même introduit Les armes, les flambeaux, l'appareil du carnage. Du succès que j'attends mon hymen est le gage ; L'ami de Cipéron> l'austère Nonnius, M'outragea trop longtemps par ses tristes vertus. Contre lui-oaème enfin j'arme ici sa ftimille ; Je séduis tous les siens, je luirayis sa fîUe Et sa propre maison, par un heureux effort» Est un rempart secret d'où va partir la mort. Préneste en ce jour même à mon ordre est remise. Nonnius, arrêté dans Prénesle soumise , Saura, quand il verra l'univen embrasé.

Quel gendre et quel ami le lâche a refusé.

(e) CATILIHA.

M'a sûreté, la vûtre et la cause commune ,

268 TAftUlTTEë

Exigent ces apprêts qui tous glacent d'effrcM-; Mais TOUS, si tous songez que tous ^tes à moi, Tremblez que d'un coup^l'œil riadiscrète impradence Ose de Totre époux trahir la confiance.

Vous nous perdez tous deux ; tout sera reconnu.

■ CÀTILIKA. .

Groyez-mol, dans Préneste ilseraxetenu.

Qui? mon péve.l 08ez-Tous.....que Totre ame amoHie».*

CATlLIHAi.

Vous l'a^Eaiblî^sej^ trpp ; je tous aime, Auréiie ; . . . Mais que Totre intérêt s'accorde aTeç le mi^n ; Lorsque j'agis pour tqus, qe me reprochez rien : Ce qui fait aujourd'hui Totre crainte mortelle Sera pour tous de gloire une source éternelle.

{g) Allez ; Gatiiina ne craint point les augures'. Etouffez le reproche, et cessez tos murmures ; Ils me percent le cœur, mars ils sont superflus. ( Il prend sur la table le papier qu'il écrivait, et le' doupe à uh soldat qu'il fait approcher.) Vous, portez cet écrit au camp de Mallius.

( A un autre. ) Vous, courez Ters Lecca dans les murs de Préneste ; Des Tétérans, dans Rome, obserTcz ce qui reste ; Allez : je tous joindrez quand il en sera temps ; Songez qui tous serTCz *, et gardez tos sermens. ( Les soldats sortent. )

AuaiLiK.

Vous me faites frémir ; chaque mot est un crime.

CATILINA

Croyez qu'un prompt succès rendra tout légitime ; Que je sers^et l'état, et tous, et mes amis.

(/l) AOaÉLIB.

Tu te perdras, déjà ta conduite est suspecte A ce consul sévère, et que Rome respecte ; Je le crains ; son génie est au tien trop fatal.

CAT1IANA. '

Ne tous abaissez pas à craindre mon rital ; Allez, souTenez-Tous que tos nobles ancêtres, etc.

( t] C'est ainsi que s'explique un reste de pitié

A l'aspect des faisceaux dont le peuple m'honore. Je âais quel Tain dépit tous presse et tous déTore;

l^B GltlLllTA. 269

Jfe sais dans quel excès^ dans quels ég^aremCns, Vous ont précipité tos fiers ressentimens. Concurrent malheureux à cette place insigne , Pour me la disputer il «n faut être digne; La valeur d'un soldat « le rang de tos irïfeuz, etc.

( A ) Les soupçons du sénat sont assez légitimes.

Je ne veux point tous perdre ; et, malgré tons vos crimes,

Je vt>us protégerai, si tous Totis repentez;

Mais tous êtes perdu, si tous me résistez.

A qui parlé-je enfin f faut-ril qbe fe tous nomme

Un des pères du monde, où l'opprobre de Rome F

Profitez des momens qui tous sont accordés :

Tout est entre tos mains ; choisissez ; répondez.

Gomme la scène entre Gajton et Cicéron précédait la scène entre Catilina et Ciccron, cellet-ci était suivie de ce monologue 5 et d*une scène entre Catilina et Cëlhëgus, alors la troisième du second acte, et qui enest actuellement là première a^ec des changemens.

CÂTILIMA, SPtlL

Ne crpis pas m'échapper, consul qne Je' dédaigne : Tyran par la parole^ il faut finir ton règne. Ton sénat factieni^ Toit d'un obU conrrouoé Un citoyen samnite à sa tête placé ; Ce sénat qui lui-même à mes traits est en butte* Me prêtera les mains pour aTaocer ta chute. Va, de tous mes desseins tn n'es pas édaircî* Et ce n'est pas Verres que tu combats ici.

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