‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 14 sur 275 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ARZACE, AZÉMA.'

Artace , écoutez-moi ; cet empire i.ndomptë Vous doit son nouveau lustre , et moi > ma liberté. Quand les Scythes yaincu$ « réparant leurs défaites, S'élancèrent sur nous de leurs vastes retraites ,

56 ' sÉiuaÀM is.

Quand mon përe en tombant me laissa dans leurs fers , Yous seul , portant la foudre au fond de leurs dëseris , Brisâtes mes liens, remplîtes ma vengeance. Je yous dois tout; mon cœur en est là récompense : Je ne serai qu'à vous. Mais notre amouf nous perd* Votre coeur généreux, trop simple et trop ouvert , A cru qu'en cette cour, ainsi qu'en votre aîhnée , ' Suivi, de vos exploits et.de la renommée, Yous pouviez déployer, sincère impunément, La fierté d'un héros , et le cœur d'un amant. Yous outragez Assdr, vous devez Le connaître ; ' Yous ne pouvez le perdre , il menace , il est maître } 11 abuse en ces lieux de son pouvoir fatal ^ Il est inexorable..... il est votre rival.

ARZACE.

Il vous aime i qui? li^i? * . '.

- AâLÉMA.

Ce cœur sombre et fiiroucfae.

Qui hait toute vertu , qu'aucun charme ne touche , '

Ambitieux esclave, et tyran tour a tour.

S'est-il flatté de plaire , et connaît-il l'amour ?

Des rois assyriens comme lui descendue.

Et plus près de ce trône, où je sufs attendue.

Il pen^e, en m'immolant h ses secrets desseins.

Appuyer de mes droits ses droits trop incertains.

Pouc moi , si Ninias , h qui , dès sa naissance ,

Ninva m'avait donnée aux jours de mon enfance ; ^

Si l'héritier du sceptre k moi seule promis ,

Voyait encor le jour près de Sémiramis;

S il me donnait son cœur avec le rang suprême ,

J en atteste l'amour, j'en jure par vous-même ,

JVinias me v^iTait préférer aujourd'hui

Un exil avec vous, k ce trône avec lui.

^es campagnes du Scythe , et Ses climals stériles ,

«ems de votre grand nom, sont d'assez doux asiles.

-^-e sem de ces déserts, où naquit notre amour,

^st pour nioi Babybne, et deviendra ma cour, -t^eut-etre l'ctn •

A , ' ^""ïeini , que .cet amour outrage ,

A ce doux châf ;«»«?■ \ • ^

* ^natiment ne borne point sa rage.

ÀCTS SBOORD. $7

J'ai démêle son ame, et j'en vois la noirceur; Le crime; ou je me trompe , étonne peu son coeur. Votre gloire dë^k lui fait assez d'ombrage; Il yous. craint , il vous hait,

ARZACE.

Je le hais davantage ; Mais je ne le crains pas , étant aimé de vous. Conservez yôs bontés , je brave son courroux.

La reine entre nous deux tient au moins la balance.

Je me suis vu d'abord admis en Sa présence;

EUe m'a fait sentir, à ce premier accueil.

Autant d'humanité qu'Assur avait d'orgueil ;

Et relevant mon front, prosterné vers son trône ,

M'a vingt fois appelé Tappni de Babylonè.

Je m'entendais Natter de cette auguste voix

Dont tant de souverains ont adoré les loi9;

Je la voyais franchir cet immense intervalle

Qu'a mis entre die et moi la majesté royale :

Que j'en étais touché ! <|uelle était a mes yeux

La mortelle , après vous , la plus semblable aux dieux !

AZEMA.

Si la reine est pour nous., Assur en vain menace : Je ne crains rien.

J'allais , plein d'une noble audace , Mettre à ses pieds mes vœux jusqu'k vous élevés , Qui révoltent Assur, et que. vous approuvez; Un prêtre de l'Egypte approche au moment même , ' Des oracles d^Amraon portant l'ordre suprême. Elle ouvre le»billet d*une tremblante main , Fixe les yeux sur moi , les détourne soudain , Laisse couler des pleurs, interdite , éperdue, Me regarde , soupire , et s'échappe a ma vue^ On dit qu'au désespoir son grand cœur est réduit , Que la terreur l'accable , et qu'un dieu la poursuit. Je m'attendris sur elle; et je ne puis comprendre Qu'aj[H*ès plus de quinze ans, soigneux de la défendre. Le ciel la persécute y et paraisse outragé. . Qu'a-t-clle fait aux dieux? d'où vient qu'ils ont cliangé?

38 SEMIBÂMIS.

■AZÉMA

On ne parie .en effet que d'augures funestes.

Dé mânes en courroux , de vengeances «ëlestas*

Sëmiramis troublée a sehiblé quelques jours

Des soins de' son empire abandonner le cours;

Et j'ai tremblé qu'Âssur^ en ces jours de tristesse.

Du palais effrayé n'accablât }a faiblesse.

Mais la reine a paru , tout s'est calmé soudain ,

Tout a senti le poids du pouvoir souverain.

Si déjà de la cour mes yeux ont quelque usage ,

La reine hait Assur, Tobserve^ le ménage ;

Ils se craignent l'un l'autre ; et, tout près d'éclater,

Quelque intérêt secret senible les arrêter.

J'ai vu Sémirarais li son tiom. courroucée;

La rougeur de son Iront trahissait sa pensée;

Son cœur paraissait plein d'un long ressentiment ;

Mais souvent k la cour tout change eu un montent!

Rctoui*nez, et parlez.

ARZACE.

J'obéis^ mais, j'ignore Si je puis k son trône être introduit encore.

AZEMA.

Ma voix secondera .mes vœux et voire espoir ;

Je fais de vous aimer ma gloire et mon devoir.

Que de Sémiramis on adore l'empire ,

Que POnent vaincu la respecte et l'admire.

Dans mon triomphe heureux j*envîerai peil les siens :

Le monde est k'ses pieds, maïs Ârzace est aux miens.

Allez. Assur paraît.

ARZAGE.

Qui? ce traître? k sa vue D'une invincible hcurreur je sens- mon àme émue.

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