AR61RE
îliustrés chevaliers, vengeurs de la Sicile, Qui daignez , par égard au déclin de mes ans , yous assembler chez moi pour chasser nos tyrans. Et former un état triomphant et tranquille • Syracuse en ses murs a gémi trop long-terops Pes desseins avortés d'un courage inutile. II est temps de marcher à ces fiers Musulmans, Il est temps de sauver d'un naufrage funçste Le plus grand de nos biens, le plus cher qui nous reste Le droit le. plus sacré des mortels généreux , '
La liberté : c'est la que tendent tous nqs vœux. Deuxpuissans ennemis de notre république, nés droits des nations, dû bonheur des humains , l:*es Césars de Byzance , et les fiers Sarrasins , Nous menacent encor de leur joug tyrannique. Ces despotes altiers , partageant l'Univers , ^ Se disputent l'honneur de nous donner des fers. Le Grec a sous ses lois lés peuplés de Messine : Le hardi Solamir insolemment domine Sur les fertiles champs couronnés par l'Etna '
Dans les murs d'Agrigente, aux campagnes d'Eona; Lt tout de Syracuse annonçait la ruine. Mais nos communs tyrans, î'un de l'autre jaloux. Armés pour nous détruire, ont combattu pour nous;
TBÉATRE, TOME IH. jj
!K)0 TAVCREOE.
lis ont perdu leur force en disputant l'eur proie.
A notre liberté le ciel ouvre une voie;
Le moment est propice , il en faut profiter.
La grandeur musulmane estk âdli dernier âge ;
On comment en Europe k la moins redouter.
Dans la France un Martel , en Espagne un Pelage,
Le grand Léon (*)dans Rome , armé d'un saint courage ,
Pfous ont assez appris Comme on peut là dompter.
Je sais qu'aux factions Syracuse livrée N'a qu^une liberté faible et ifial assurée. Je ne veux point ici vous rappeler ces temps Où nous tournions sur nous nos armes criminelles^ Où rélat'répahdait le sang de ses enfans. Étouffons dians l'oubli nos indignes querelles. Orbassan , qu'il ne soit qa'uu parti parmi nous. Celui du bien public, et du salut de tous. Que de notre union l'état puisse renaître; Et, si de nos égaux nous fûmes trop jaloux, Vivons et périssons sans avoir eu de maître.
ORBASSAN
Argire , il eât trop vrai que leâ divisions
Ont régné trop long-temps entre nos deux maisons :
L'état eji fut troublé; Syracuse n'aspire
Qu'à voir les Orbassans anis au sang d* Argire ,
Aujourd'hui l'un par l'autre il faut nous protéger.
En citoyen zélé j'accepte votre fille;
Je servirai l'état, vous, et votre famille;
(♦) Par le grand Léon M. de Voltaire entend Léon IV, et non le pape Léon I , connu dans les cloitres sous le nom de ^. Léon de Léon-le-Grand. Ce St. Léon est le premier pape qui ait approuvé le supplice A<is, faéréiiques. Il dit dans ses lettres ({tie le tyran Maxime en punissant de mort FrisciUieta, a rendu un grand service à l'Église ^ et il poursuivit avec violence ce qui sestàit de prisctlkiitstcs en Espagne. Les légendaires racontent i]u'un jour une femme lui ayant baisé la main , il sentit un mouvement de concupiscence} qu'en conséquence il se coupa la main. Mais la Vierge la lui rendit quelques jours après , afin qilll pAt célébrer la mtesSe.. G*6»t depuis ce temps qu'on baise les pieds du pape, attendu qu«, le pied étaost eariélappé dans une pantoufle, le saint père CQurt moins de risque d'6tre obligé d« se le couper. Ou sent bien que ce n'est pas à ce pape que M, de Voltaire apudonnerle nom de Grand. D'ailleurs St. Léon vivait plilsieurs siècles avant Tépoque où la tragéilie de Tancrède «st placée.