ACTE PREMIER. I
Et , du pied des autels où je vais m'eugager , Je marche k Solamir, et je cours vous v exiger.
Mais ce n'est pas assez de combattre le Afaure ; Sur d'autres ennemis il faiit jeter les yeux : II fut d'autres tyrans non moins pemicieiu^^ Que peut-être un yîI peuple 056 chérir encore.
De quel droit les Français , portant partout leurs pas , Se sont-ib e'tablt$ dans nos riches climats? * De quel droit un Coucy (*) vint-il dans Syracuse , . Des rives de la Seine aux bords de l'Arécbuse ? D'abord modeste et simple , »1 voulut nous servir j Bientôt, fier et superbe , il se fit obéir. Sa race , accumulant' d'immenses héritages , Et d'un peuple â>loui maîtrisant les suffirages , Osa sur ma famiile élever sa grandeur.
INous l'en avons pnnie, et, malgré sa fiiveur , Nous voyons ats enfans bannis de nos rivage^. Tancrëde (**) , un rejeton de ce sang dangereux , t)es murs de Syracuse éloigné dès l'enfance , A servi , nous dit-on , les C^rs de Byzance ; Il est fier , outragé , sans doute valeureux ; Il doit haïr nos lois, il cherche la vengeance. Tout Français estk craindre t on voit même en nos jours Trois simples éouyers (***) , sans bien et sans s,ecours , Sortis des dancs glacés de Tboniide Nensti'ie {^**''*)y Aux champs ^^*^*^ apuliens se faire une patrie; Et, n'ayant pour tout droit qnecelwiles combats. Chasser lêt possesseurs, et fonder des états. Grecs , Aviibes , Français , Germains , tout nous dévore ; Et nos champs ^ malheureux par leur fécondité , Appellent l'avarice et la rapacité Des brigands du midi , du nord et de l'aurore.
(*) Un seigneur de Coacy s'établit en Sicile du temps de Cbarles- ]e-Chau7e.
(**) Ce n'est pas Tancrède de Huatefille, qui n'alla en Italie que quelque temps après.
( ***) Les premiers Normands qui passèrent dansla Fouille^Drogon, Baieric et Ripostel.
(*♦♦•; La Normandie.
(•♦♦••; Lé pays de Naples.
aga tancrede.
ISous devons nous défendre ensemble et nous venger.
J*ai vu plus d'une fois Syracuse trahie ;
Maintenons notre loi , que rien ne doit changer :
Elle condamne à perdre et l'honneur et la vie
Quiconque «atretiendcait avec nos ennemis
Un commerce secret fatal à son pays.
A rinfidélité l'indulgence encourage.
On ne doit épargner ni le sexe ni l'âge.
Venise ne fonda sa fièrê autorité
Que sur la défiance et la sévérité :
Imitons sa sagesse en perdant les coupables.
LOREDAN.
Quelle honte en effet y dans nos jours déplorables ,
Que Solamir, un Maure > un chef des Musulmans ,
Dans la Sicile encore ait tant de partisans \
Que partout dans cette île et guerrière et chrétienne ,
Que même parmi nous Solamir entretienne
Des sujets corrompus vendus à ses bienfaits I
Tantôt chez les Césars occupé de nous nuire ,
Tantôt dans Syracuse ayant su s'introduire,
Nous préparant la guerre et nous offrant la paix , ,
£t pour nous désunir soigneux de nous séduire !
Un sexe dangereux dont les faibles esprits
D'un peuple encor plus faible attirent les hommages^
Toujours des nouveautés et des héros épris ,
A ce Marne imposant prodigua ses suffrages.
Combien de citoyens aujourd'hui prévenus
Pour ces arts séduisans (*) que l'Arabe cultive!
Arts trop pernicieux, dont Téclat les captive^
A nos vrais chevaliers noblement inconnus.
Que notre art soit de vaincre, et je n'en veux point d'autre.
J'espère en ma valeur, j'attends tout de la vôtre;
Et j'approuve surtout cette sévérité
Vengeresse àes lois et de la liberté.
Pour détruire l'Espagne il a suffi d'un traître (**) : .
Il en fut parmi nous ; chaque jour on voit naître.
Mettons un frein terrible k l'infidélité;
(*) En ces temps les Arabes cultiraient seuls les sciences en Occident , et ce sont eu^c qui fondèrent Pëcole de Saleme. ('♦) Le comte Julien, ou l'archevêque Opas.
▲GTE iPAEUiEfr» agS
Au salut de l'état que toute pitié cède ; Combattons Solainir, et proscrivons Taocrède. Tancrëde , né d'un sang parmi nous détesté , Est plus a craindre encor pour notre liberté. . Dans le dernier conseil un décret juste etj^age * Dans les mains d'Orbassan remit son béritage , Pour confondre à jamais nos ennemis cacbés , A ce nom de Tancrëde en secret attachés ; Du vaillant Orbassan c'est le juste partage^ Sa dot^ sa récompense.
C AT ANE
Oui, nous y souscrivons.
Que Tancrëde > s'il veut , soit puissant a Byzance ; Qu'une cour odieuse honore sa vaillance ; IL n'a rien a prétendre aux lieux où. nous vivons. Tancrëde y en se donnant un maître despotique , A renoncé lui-même h nos sacrés remparts ; Plus de retour pour lui ; l'esclave des Césars Ne doit rien posséder dans une république. • Orbassan de nos lois est le plus ferme appui , Et l'état y qu'il soutient y ne pouvait moins pour lui ; Tel est mon sentiment.
AEGIRE.
Je vois en lui mon gendre; Ma fille m'est bien cbëre, il est vrai; mais enfin Je n'aurais point pour eux dépouillé l'orphelin. Vous savez qu'k regret on m'y vit condescendre.
LORÉDAN
Blâmez-v<5QS le sénat?
ARGIRE.
Non ; je hais la rigueur, Mais toujours k la loi je fus prêt k me rendre/ Et l'intérêt commun l'emporta dans mon cœur.
ORBASSAN
Ces biens sont k l'état, l'état seul doit les prendre. Je n'ai point recherché cette faible faveur.
ARGIRE.
N'en parlons plus : hâtons cet heureux hyménée ; Qu'il amené demain la brillante journée
2g^ TAlVGftKDK.
OÙ ce chef arrogant d^un peuple destructeur , Solamir, a la 6n doit connaître un vaini^ueur. Votre rival en tout , il osa bien prétendre» £u nous ofTmnt la paix, a devenir «on gendre (^) } Il pensait m^ooorer par cet hymen fatal. Allez.... dans tous les temps triomphez d'un rivait Mes amis» soyons prêts.... ma faiblesse et mon 4ge IVe me permettent plus l'honneur de commander ;. A mon gendre Orbassan vous daignez l'accorder. Vous suivre est pour mes ans un assez beau parXage ; Je serai près de vous; j'aurai cet avantage; Je sentirai mon cœur encor se ranimer^ Mes yeux seront témoins de votre fier courage. Et vous auront vus vaincre avant de se fermer»
LORÉDAN
Nous combattrons sous vous, seigneur; nous osons croire Que ce joui-, quel qu'il soit, nous sera glorieux; Nous nous promettons tous l'honneur de la victoire , Ou l'honneur consolant de mourîr a vos yeux.