‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 143 sur 275 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ABGIRE, ORBASSAN.

ARGI&E.

Eh bien ! brave Orbassan , suis-je enfin votre père ? Tous vos ressentiraens sont^ils bien eâàcés? Poùrrai-je en vous d'un fils trouver le caractère? Dois-)e compter sur vous ?

ORBASSÂK.

Je vous l'ai dit assez :

J'aime l'état , Argire ; il nous réconcilie. Cet hymen nous rapproche , et la raison nous lie j Mais le noçud qui nous joint n'eût point été formé > Si dans notre querelle , k jamais assoupie, Mon cœur qui vous haït ne vous eût estimé. L'amour peut avoir part à ma nouvelle chaîne ; Mais un si noble hymen ne sera point le fruit

(*) Il était très comiiaun de marier des chrétiennes à des musulmans; et Abdalise, le fils de Musa, conquérant de l'Espa^^ne, épousa la fille du roi Rodrigue : cet exemple ^t imité dàna tous les pays oil les Arabes portèrent leurs armes victorieuses..

DW feu ne d'un instant , qu'un autre iostant détruit ,

Que suit rindiâfërence y ei trop souvent la haine.

Ce coeur, que La patrie appelle au champ de Mars »

Ne sait point soupirer au milieu 4<^s hasards.

Mon hymen a pour hutT honneur de vous complaire ,

Notre unipn naissante a tous deux nécessaire ,

La splendeur de l'état, votr^ intérêt, le mien :

Devant de tels objets l'amour a peu de charmes.

Il pourra resserrer un si noble lien ;

Mais sa voix doi^ ici se taire au bruit des armes.

ARGIRE.

J'estime en un soldat cette mâle fierté j Mais la franchise plaîf, et non l'austérité^ J'espère que bientôt ma chère Aménaïdc Pourra fléchir en vous ce courage rigide* C'est peu d'être tin guerrier j la modeste douceur Donne un prix aux vertus, et sied kla valeur. Vous sentes que ina fille au sortir de l'enfance, Dans nos temps; orageux de trouble et de malheur , Par sa mère élevée a la cour de Byzance, Pourrait s^effaroucher de cp sévère accueil , Qui lient de la rudesse, et ressemble a l'orgueil. Pardonnez aux avis d'un vieillard et d*un père.

Yous-méme pardonnez k. mon humeur austère :

Élevé dan9 nos camps , je préférai toujours

A ce mérite faux des politesses vaines,

A cet art de flatter, à cet esprit des cours ,

Xa grossière vertu des mœurs républicaines :

Mais je sais respecter la naissance et Je rang

D'un estima))Ie objet formé de votre sang.

Je prétends par iw^s soins mériter qu'elle m'aime,

Vous regarder en elle, et m'honorer moi-même.

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