SCÈNE II
ABGIRE, ORBASSAN.
ARGI&E.
Eh bien ! brave Orbassan , suis-je enfin votre père ? Tous vos ressentiraens sont^ils bien eâàcés? Poùrrai-je en vous d'un fils trouver le caractère? Dois-)e compter sur vous ?
ORBASSÂK.
Je vous l'ai dit assez :
J'aime l'état , Argire ; il nous réconcilie. Cet hymen nous rapproche , et la raison nous lie j Mais le noçud qui nous joint n'eût point été formé > Si dans notre querelle , k jamais assoupie, Mon cœur qui vous haït ne vous eût estimé. L'amour peut avoir part à ma nouvelle chaîne ; Mais un si noble hymen ne sera point le fruit
(*) Il était très comiiaun de marier des chrétiennes à des musulmans; et Abdalise, le fils de Musa, conquérant de l'Espa^^ne, épousa la fille du roi Rodrigue : cet exemple ^t imité dàna tous les pays oil les Arabes portèrent leurs armes victorieuses..
DW feu ne d'un instant , qu'un autre iostant détruit ,
Que suit rindiâfërence y ei trop souvent la haine.
Ce coeur, que La patrie appelle au champ de Mars »
Ne sait point soupirer au milieu 4<^s hasards.
Mon hymen a pour hutT honneur de vous complaire ,
Notre unipn naissante a tous deux nécessaire ,
La splendeur de l'état, votr^ intérêt, le mien :
Devant de tels objets l'amour a peu de charmes.
Il pourra resserrer un si noble lien ;
Mais sa voix doi^ ici se taire au bruit des armes.
ARGIRE.
J'estime en un soldat cette mâle fierté j Mais la franchise plaîf, et non l'austérité^ J'espère que bientôt ma chère Aménaïdc Pourra fléchir en vous ce courage rigide* C'est peu d'être tin guerrier j la modeste douceur Donne un prix aux vertus, et sied kla valeur. Vous sentes que ina fille au sortir de l'enfance, Dans nos temps; orageux de trouble et de malheur , Par sa mère élevée a la cour de Byzance, Pourrait s^effaroucher de cp sévère accueil , Qui lient de la rudesse, et ressemble a l'orgueil. Pardonnez aux avis d'un vieillard et d*un père.
Yous-méme pardonnez k. mon humeur austère :
Élevé dan9 nos camps , je préférai toujours
A ce mérite faux des politesses vaines,
A cet art de flatter, à cet esprit des cours ,
Xa grossière vertu des mœurs républicaines :
Mais je sais respecter la naissance et Je rang
D'un estima))Ie objet formé de votre sang.
Je prétends par iw^s soins mériter qu'elle m'aime,
Vous regarder en elle, et m'honorer moi-même.