AR6IR
Vou5 semblez interdite ; et yos yeux pleins d*effroi , De larmes obscurcis , se détournent de moi. Vos soupirs ëtoufifés semblent me faire injure : La bouche obéit mal lorsque le cœur murmure.
AMENAÏDE.
Seigneur 4 je l'avouerai , je ne m'attendais pas Qu'après tant de malheurs , et de si longs débats , Le parti d'Orhassan dût être un jour le vôtre; Que mes tremblantes mains uniraient l'un et l'autre ; Et que Totre ennemi dût passer dans mes bras. Je n'oublierai jamais que la guerre civile Dans vos propres foyers vous priva d'un asile ; Que ma.mère, k regret évitant le danger^ Chercha loin de nos murs un rivage étranger ; Que des bras paternels avec elle arrachée , A ses tristes destins dans Byzance attachée ,
J'ai partagé Ipng-temps les maux qu'elle a soufferts.
Au sortir du berceau j'ai connu les revers :
J'appris sous une mère , abandonnée , errante,
A supporter l'exil et le sort des proscrits , L'accueil impérieux d'une cour arrogante.
Et la fausse pitié, pire que les mépris.
Dans un sort avili noblement élevée ,
De ma mère bientôt cruellement privée ,
Je me vis seule au monde , en proie k mon effroi ,
Roseau faible et tremblant , n'ayant d'appui que moi.
Votre destin changea. Syracuse en alarmes
Vous remit dans vos biens , vous rendit vos honneurs ,
Se reposa sur vous du destin de ses armes.
Et de ses murs sanglans repoussa ses vainqueurs.
Dans le sein de mon père je me vis rappelée ;
Un malheur inouï m'en avait exilée ;
Peut-être j'y reviens par un malheur nouveau.
Vos mains de mon hymen allument le flambeau.
Je sais quel intérêt, quel espoir vous anime;
Mais .de vos ennemis je me vis la victime.
TBâATEE. TOME III. I 5.
^g6 iAÈChiDE.
Je sùiâT ebfin la vôtre; et ce jour dangereux Peut-être de nos jours sera le .plus affreux^
Xrgire.
Il sera fortune, c'est à vous de m'en croire. Je vous aime , ma fille , et j'aime votre gloire. On a trop murmure quand ce fier Solamir , Pour le prix de la paix qu'il venait nous offrir , Osa me proposer de l'accepter pour gendre ; Je vous donne au bëros qui marche contre lui , Au plus grand des guerriers armes pour nous défendre y Autrefois mion émule, k présent notre appui.
AMENAÏBE.
Quel appui! vons vantez sa superbe fortune)
Mes vœux plus modérés la voudraient plus commune :
Je voudrais qu'un héros si fier et si puissant
IN'eût point, pour s'agrandir, dépouillé l'innocent.
AflGIRE.
Du conseil , il est vrai , la prudence sévère Veut punir dans Tancrëde une race étrangère / ' Elle abusa long-temps de son autorité ; £lle a trop d'ennemis, ,
ABlélVAÏDE.
Seigneur , ou je m'abuse f Ou Tancrède est encore aimé dans Syracuse.
ARGIRE.
Nous rendons tous justice k son cœur indompté | Sa valeur a, dit-on, subjugué rillyriej Mais plus il a servi Sous l'aigle des Césars , Moins il doit espérer de revoir sa patrie ; Il est par un décret chassé de nos remparts.
AMÉNAÎDE.
Pour jamais ! lui? Tancrède?
ARGIRE.
Oui , l'on craint sa présence.
Et si TOUS l'avez vu dans les murs de Byzancé, Vous savez qu'il nous hait.
AMÉNAÏDfe.
Je ne le croyais pas.
Ma mère avait pensé qu'il pouvait êti'e encore L'appui de Syracuse , et le vainqueur du Maure j
Et lorsque dans ces lieux des citoyens ingrats Pour ce fier Orbassau contre vous s'animèrent , Qu'ils ravirent vos Hiens , et <|u'ils vous opprimèrent , Tancrëde aurait pour vous affronte le trépas. C'est tout ce que j'ai su.
ARGIRE.
C'est trop, A iwénaïde :
Rendez-vous aux conseils d*un père qui vous guide , Conformez-vous au temps, conformez-'vous aux lieux. Solamir et Tancrëde, et la cour de Byzance, Sont tous également en horreur k nos yeux, yptre bonheur dépend de votre complaisance. J'ai pendant soixante ans combattu pour l'état; Je le servis injuste , et le chéris ingrat : Je dois penser ainsi jusqu'à ma dernière heure. Prenez mes sentimens; et, devant que je mebre, Consolez mes vieux ans, dont vous faites l'espoir. Je suis prôt a finir une vie orageuse : La vôtre do&C couler sous les lois du devoir; Et je mourrai content , si vous vivez heureuse.
AMÉNAÏDE
Ah, seigneur! croyez-moi, parlez moins de bonheur.
Je ne regrette point Ic) cpur d'un ernpereur.
Je vous ai consacré mes sentimens , ma vie ;
Mais , pour en disposer, attendez quelques jour?.
Au crédit d'Orbassan trop d'intérêt vous lie :
Ce crédit si vanté doit-il durer toujours ?
Il peut tomber; tout change; et ce béros peuf-êlre
S'est trop tôt déclaré votre gendre et mon maître.
ARGIRE.
Comment! que dilcs*vous?
AMÉNAÏOE.
Cette témérité Vous offense peut*ètre, ei vous semble une injtue. Je sais que dans les cours nio^ sexe plusllatté bans votre république a inoins de liberté : A Byzance.on le sert; ici la loi plus dure Veut de i obéissance, et défend le murmure. Les Musulouins aitiers , trop looe-tcrops vos vainqueurs.
300 TAHC&ÈBB.
Ont chaDgë la Sicile , ont endurci vos moears : Mais qui peut altérer vos bontés paternelles?
AEQiaE.
Vous seule ^ vous, ma fille, en abusant trop d'elles. De tout ce que j'entends mon esprit est confus : J'ai permis vos délais, mais non pas vos refus. La loi ne peut plus rompre un nœud si légitime (c) : La parole est donnée ; y manquei; est un crime. Vous me l'avez bien dit, je suis né malheureu:!^ : Jamais aucun succès n'a couronné mes vœux. Tous les jours de ma vie ont été des orages. Dieu puissant ! détournez ces funestes présages ; Et puisse Aménaïde, en formant ces liens. Se préparer des jours moins tristes que les miens !