‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 155 sur 275 · SCÈNE Vi · texte numérisé non relu

SCÈNE Vi

AMÉNAIDï: , ORBASSAN.

AMENAÏDE.

Qu'osez- vous attenter ?

A mes derniers momens venez-vous insulter?

ORBASSAN

Ma fierté jusque-ia ne peut-être avilie.

Je vous donnais ma main, je vous avais choisie

Peut-être l'amour même avait dicte ce choix.

Je ne sais si mon cœur s'en souviendrait encore.

Ou s'il est indigne d'avoir connu ses lois ;

Mais il ne peut souffrir ce qui le déshonore. .

Je ne veux point penser qu'Orbassaa soit tralii

Pour un chef étranger^ pour un chef ennemi,

Pour un de ces tyrans que notre culte abhorre :

Ce crime est trop indigne ^ il est trop inouï;

Et pour vous , pour l'état , et surtout pour ma gloire ,

Je veux fermer les yeux , et prétends ne rien croire.

5 10 TANGAEDE.

Syracuse aujourd'hui voit en moi votre ëpoux: Ce titre me suffit; je me respecte eu Vous; Ma gloire est offensée , et je prends sa défense. Les lois des chevaliers ordonnent ces comhats ; Le Jugement de Dieu {*) dépend de notre hras; C'est le glaive qui juge et qui fait l'innoceQce. Je suis prêt.

AMENA IDE

Vous?

ORBASSAN

Moi seul; et j'o^e me flatter Qu'après cette démarche , apx'ës cette entreprise , (Qu'aux yeux de tout guerrier mon honneur autorise) , Un cœur qui m'était dû me saura mériter. . Je n'examine point si votre ame surprise Ou par mes ennemis , ou par un séducteur , Un moment aveuglée , eut un moment d'erreur ; Si votre aversion fuyait mon byménée. Les bienfaits peuvent tout sur une ame bien née ; La vertu s'affermit par un remords heureux. Je suis sûr , en un mot , de l'honneur de tous deux. Mais ce n'est point assez : j'ai le droit de prétendre (Soit fierté , soit ^mour) un sentiment plus tendre. Les lois veulent ici des sefmens solenneto| J'en exige un de vous, non tel que la contrainte En dicte k la faiblesse^ en impose k la crainte , Qu'en se trompant sbi-môme ob prodigue aux autels; A ma franchise altière il faut parler sans feinte : Prononcez. Mon cœur s'ouvre, et mon bras est armé. Je puis mourir pour vous^ mais je dois être aimé.

* AMÉNAÏDE

Dans l'abîme effroyable où je suis descendue ,

A peine avec horreur k moi-niéme rendue.

Cet effoit généreux , que je n'attendais pas.

Porte le dernier coup k mon ame éperdue.

Et me plonge au tombeau qui s'ouvrait sous mes pas.

Vous me forcez, seigneur, a la reconnaissance ^

Et, tout près du sépulcre où l'on va m'enferraer.

Mon dernier sentiment est de vous estimer.

C*) On sait assez qa'on appelait ces coinbart le Jugement de DUu,

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