SCÈNE Vi
AMÉNAIDï: , ORBASSAN.
AMENAÏDE.
Qu'osez- vous attenter ?
A mes derniers momens venez-vous insulter?
ORBASSAN
Ma fierté jusque-ia ne peut-être avilie.
Je vous donnais ma main, je vous avais choisie
Peut-être l'amour même avait dicte ce choix.
Je ne sais si mon cœur s'en souviendrait encore.
Ou s'il est indigne d'avoir connu ses lois ;
Mais il ne peut souffrir ce qui le déshonore. .
Je ne veux point penser qu'Orbassaa soit tralii
Pour un chef étranger^ pour un chef ennemi,
Pour un de ces tyrans que notre culte abhorre :
Ce crime est trop indigne ^ il est trop inouï;
Et pour vous , pour l'état , et surtout pour ma gloire ,
Je veux fermer les yeux , et prétends ne rien croire.
5 10 TANGAEDE.
Syracuse aujourd'hui voit en moi votre ëpoux: Ce titre me suffit; je me respecte eu Vous; Ma gloire est offensée , et je prends sa défense. Les lois des chevaliers ordonnent ces comhats ; Le Jugement de Dieu {*) dépend de notre hras; C'est le glaive qui juge et qui fait l'innoceQce. Je suis prêt.
AMENA IDE
Vous?
ORBASSAN
Moi seul; et j'o^e me flatter Qu'après cette démarche , apx'ës cette entreprise , (Qu'aux yeux de tout guerrier mon honneur autorise) , Un cœur qui m'était dû me saura mériter. . Je n'examine point si votre ame surprise Ou par mes ennemis , ou par un séducteur , Un moment aveuglée , eut un moment d'erreur ; Si votre aversion fuyait mon byménée. Les bienfaits peuvent tout sur une ame bien née ; La vertu s'affermit par un remords heureux. Je suis sûr , en un mot , de l'honneur de tous deux. Mais ce n'est point assez : j'ai le droit de prétendre (Soit fierté , soit ^mour) un sentiment plus tendre. Les lois veulent ici des sefmens solenneto| J'en exige un de vous, non tel que la contrainte En dicte k la faiblesse^ en impose k la crainte , Qu'en se trompant sbi-môme ob prodigue aux autels; A ma franchise altière il faut parler sans feinte : Prononcez. Mon cœur s'ouvre, et mon bras est armé. Je puis mourir pour vous^ mais je dois être aimé.
* AMÉNAÏDE
Dans l'abîme effroyable où je suis descendue ,
A peine avec horreur k moi-niéme rendue.
Cet effoit généreux , que je n'attendais pas.
Porte le dernier coup k mon ame éperdue.
Et me plonge au tombeau qui s'ouvrait sous mes pas.
Vous me forcez, seigneur, a la reconnaissance ^
Et, tout près du sépulcre où l'on va m'enferraer.
Mon dernier sentiment est de vous estimer.
C*) On sait assez qa'on appelait ces coinbart le Jugement de DUu,