‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 16 sur 275 · ASSUR, AZÉMA · texte numérisé non relu

ASSUR, AZÉMA

ASSUR

Madame 9 son audace est trop long-temps soufferte. Mais<puis-je en liberté m'expliquer avec vous, Sur un sujet plus noble et plus digne de nous 7

AZi£JiIA *

En est-il ? mais parlez.

ASSUR

Bientôt l'Asie entière .

Sous vos pas et les miens ouvre une autre carrière : Les faibles intérêts doivent peu nous frapper : L'univers nous appelle , et va nous occuper. . Sémiramis n'est plus que l'ombre d'elle-même; Le ciel semble abaisser cette grandeur suprême : Cet astre' si brillant > si long-temps respecté» Penche vers son déclin , sans force et sans clarté. On le voit y on murmure > et déjk Babylone Demande k haute voix un héritier du trône. Ce mot en dit assez ; vous connaissez mes droits : Ce n'est point àf Pamour k nous donner des rois. Non qu'à tant de beautés mon âme inaccessible Se fasse une vertu de paraître insensible; Mais, pour vous et pour moi, j'aurais trop a rougir, Si le sort de l'état dépendait d'un«soupir. Un sentiment plus digne et de l'un et de l'autre Doit gouverner mon sort,* et commander au votre. Vos aïeui sont les miens, et nous les trahissons. Nous perdons l'univers, si nous nous divisons. Je puis vous étonner ; cet austère laugage Effarouche aisément les grâces de votre âge ; Mais je parle aux héros , aux rois dont vous sortez , A tous ces demi-dieux que vous, représentez. Long-temps foulant aux pieds leur graiideuret leur cendre, Usurpant un pouvoir où uaus devons prétendre.

ÂGTB SBCOND. 4l

Donnant aux nations ou des lois , ou àes fera,

Une femme imposa silence à Tunivers.

De sa grandeur qui tombe offênnissez l'ouvrage;

Elle eut votre beauté ^ possédez son courage.

Li'afnour k vos genoux ne doit se présenter

Que pour vous rendre un sceptre, et non pour vous l'Ater.

C'est ma main^ui vous f oi^e ; et du moias je me flatte

Que vous n'immolez pas k l'amour d'un Sarmale

La majesté d'un nom qu'il vous faut respecter^

Et le trône. du monde ou vous deyea monter.

AZÉMA

Reposez-vous sur moi , sans insulter Arzace>

Du soin de maintenir la splendeur de ma race.

Je défendrai surtout ^ quand il en sera temps.

Les droits que m'ont transmis les rois dont je descende.

Je connais nos aïeiAc, mais après tout j'ignore

Si parmi ces béros , que l'Assyrie adore ,

II en est un plus grand, plus chfî'ri des humains,

Que ce même Sarniate, objet de vos dédains.

Aux vertus, croyez-moi , rendez plus de justice :

Pour moi, quand il faudra que l'hymen m'asservisse.

C'est a Sémiramis k faire mes deslins ;

Et j'attendrai , seigneur, un maître de ses mains%

J'écoute peu ces bruits que le peuple répète ,

Écbos tumultueux d'une voix plus secrète.

J'ignore si vos chefs., aux révoltes poussés ,

De servir une femme en secret sont lassés;

Je les vois a ses pieds baisser leur tête altière ;

Ils peuvent murmurer, ipais c'est dans la poussière.

Les dieux, dit-on, sur elle ont étendu leur bras :

J'ignore son offense^ et je. ne pense pas,

Si le ciel a .parlé, seigneur, qu'il vous choîsisse

Pour annoncer son ordre, et servir sa justice.

Elle règne en un mot. Et vous , qui gouvernez.

Vous prenez a ses pieds les lois que vous donnez;

Je ne connais ici qup son pouvoir suprême :

Ma gloire est d'obéir; obéissez de même.

4a' S£MIRAlilS«

SGÈNE \l ASSUR , CÉDAR.

» . ASSCH.

Obéir! ah! ce mot fait trop rougir mon front»

J'en ai trop dévoré l'insupportable affront.

Parle j as-tu réussi? Cesseoientes de haine >

Que DOS soins en secret cultivaient avec peine , •

Pourront-elles porter, au gré de ma. fureur,

I^es fruits que j'en attends de discorde et d'horreur ?

d^DAR;

J'ose espérer beaucoup. Le peuple enfin cotnmence

À sortir du respect et de ce loug silence..

Où le nom, les cotploits, l'art de.Séniirarais,

Ont enchàin'é les cœurs étonnés et soumis.

On veut un successeur au trône d'Assyrie ;

Et quicont^ue , seigneur^ aime encor la -patrie ,

Ou qui, gagné par moi, se vante de l'aimer,

Dit qu'il nous faut un maître , et qu'il faut vous nommer.

• ASSUR

Chagrins toujours cuisans ! honte toujours nouvelle !

Quoi! m^ gloire, mon rang, mop destin dépend d'elle I

Quoi! j'aurais fait mpurir et ^^isiis et son fils ^

Pour ramper le premier devant Sémiramis,

Pour languir dans l'éclat d'une illustre' disgrâce ,

Près du trône du monde à la seconde place !

La reine se bornait à la mort d'un époux;

Mais j'étendis plus loin-ma fureur et mes coups :

Ninias , en secret privé de la lumière, .

Du trône où j'aspirais m'entr'ouvrait la barrière ,

Quand sa puissanlq main la ferma spus mes pas.

C'est en vain que, flattant l'orgueil de ses appas,

J'avais oru chaque jour prendre sur sa jeunesse

Cet heureux ascendant que les soins, la souplesse.

L'attention, le temps ,- savent si bicfi donner

Sur un cœur sans dessein, facile a gouverner.

Je connus mal cet ame ipflenble et profonde ;

Rien ne la put toucher que l'empire du monde.

Elle en parut trop digne , il le faut avouer :

Je suis dans mes fureurs contraint h la louer.

ICTB SECOMII. 43

Je la vis retenir, dans ses mains assurées , De l'état chancelant les rèues égarées , Apaiser le murmure >étouffi;r les complots , Gouverner en monarque , et combattrei en héros* Je la vis captiver éjt le peuple. et l'armée. Ce grand art d'imposer même a la l'enommée Fut l'art qui sous sdn joug enchaîna les esprîts : L'univers a ses pieds demeure encor surpris. ' Que dis-je? sa beauté-, ce flatteur avantage , . Fit adorer les lois qt|!i|tipo5a son courage; Et quand dans mon dépit j'ai voulu conspirer^ Mes amis consternés n'ont su que l'adirirèr.

CÉDAE.

€e charme se dissipe, et ce pouvoir chancelé; Son génie égaré semble s'éloigner .d'elle. Un vain remords la'trouble ; et sa crédulité A depuis q4e)que temps en secret consulté Ces oracles menteurs d'un temple méprisable , Que lés fourbes d'Egypte ont rendu vénérable. Son encens et ses. vœux fatiguent les autels ; Elle devient semblable au reste des mortels S ; Elle a connu la crainte.

ASSUR

Accablons sa faiblesse. Je ne puis m'éle.ver qu'autaut qu'elle s^abaisse. De Babylone avi moins j'ai fait parler la voix. Sémiramis enfin va céder Une fois.

Ce premier coup porté , sa ruine est certaine. Me donner A zéma , c'est cesser d'clre reine; Oser me refuser^ soulève ses états , El de tous les eûtes le piège est sous.- ses' pas. Mais peut-être, après tout, quand je crois la surprendre. J'ai lassé ma fortune k force del'allendre.

CÉDAA.

Si la reine vous cède et nomme. un héritier, Assur de son destin peut-il.se défier?

De TOUS et d'Azéma l'union désirée Rejoindra de nos rois. la tige séparée.

44 SÉMIRAMIS

Tout vous porte k l'empire, et tout parle pour tous;

ASSTJH.

Pour Azëma , sans doute, il n'eSt point d'autre ëpoux.

3Iais pourquoi de si loin faire venir Arzace?

Elle a favorise son insolente audace ^

Tout prêt il le punir, je me vois retenu

Par celte roffme main dont il est Soutenu.

Prince , mais sans sujets , ministre, mais sans puissance.

Environné d'honneurs , et dans^ la dépendance ,

Tout m'aflGiige ; une amante , ui) jeune audacieux,

Des prêtres consultés, qui font -parler leurs dieux;

Sémirarais enfin toujours en défiance , .

Qui me ménage à peine, et qui craint ma présence!

Nous verrons si Tingrate avec impunité

Ose pousser II bout un complice irrité.

Il feut sortir.

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