SCÈNE IV
ARGIRE, dans un des côtés delà scène; TANCRÈDE , sur le devant} ALDAMON , loin de lui, dans l'enfoncement.
ARGIRE. ■
O ciel! avance mon trépas^ O mort! viens me frapper; c'est ma seule prière!
TANCRÈDE
Noble Argire , excusez un de ces chevaliers Qui, contre le croissant déployant leur b9nnière , Dans de si saints combats vont chercher des lauiiers. Vous voyez le mpins grand de ces dignes guerriers^ Je venais... pardonnez»... dans l'étal où vous êtcs^ 5i je mêle k vos pleurs mes larmes indiscrètes.
ARGIRE.
Ah! vous êtes le seul qui m'osiez consoler* Tout le reste me fuit, ou. cherche à m'accablor. Vous-même , pardonnez à mon désordre extrême. A qui parlé-je? hélas!
TANCRÈDE
Je suis un étranger.
Plein de respect pour tous, touché comme vous-même, Honteux et frémissant de vous interroger;
5aO TANCIÈDE.
Malheureux comme vous.... Ah! par piti^... de grâce, Une seconde fo» excusez tant d'audace.
Est-il vrai?... votre fiile!... esl-il possible?...
ARGIRE.
Hélas!
Il est trop yrai, bientôt on la mène au trépas.
TANCRÈOE.
Elle est coupable ?
ARGXllE^ arec des soupirs et des pleurs.
Elle est.... la honte de son père.
TANCREDE
Votre fille !... Seigneur, nourri loin de ces lieux, Je pensais , sur le bruit de son nom glorieux , Que si la vertu même habitait sur la terre , Le cœur d'Amënaïde était son sanctuaire. Elle est coupable ! 6 jour! ô détestables bords ! Jour à jamais afireuz I
ARGIRE.
Ce qui me désespère , Ce qui creuse ma tombe , et ce qui chez les morts Avec plus d'amertume encor me fait descendre , C'est qu'elle aime son crime , et qu'elle est sans remords, Aussi nul chevalier ne cherche k la défendre : Us ont en gémissant signé l'arrêt mortel ; Et, malgré notre usage antique et solennel , Si vanté dans l'Europe , et si cher au courage , De défendre en champ clos le sexe qu'on outrage > Celle qui fut ma fille i mes yeux va périr. Sans trouver un guerrier qui l'ose secourir. Ma douleur s'en accroît, ma honte s'en augmente; Tout frémit, tout se tait, aucun ne se présente.
TAmaiÈiiB.
Il s^en présentera ; gardez- vous d'en douter. -
ARGIRE.
De quel espoir, seigneur, daignez- vous me flatter P
TANGREDE.
Il s'en présentera , non pas pour votre fille , Elle est loin d'y prétendre et de le mériter. Mais pour l'honneur sacré de sa noble famille , Pour vous^ pour votre gloire, et pour votre vertu.