‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 176 sur 275 · AM UN AIDE · texte numérisé non relu

AM UN AIDE

II me rebute , il fuir , me renonce ^ et m'outrage ! Quel changement affreux a forme cet orage ? Que veut-il? quelle offense excite son courroux? De qui dans l'univers peut-il être jaloux? Oui , je lui dois la. vie , et c'est toute ma gloire. Seul objet de mes vœux , il est mon seul appui. Je mourais , je le sais , sans- lui , sans sa victoire ; Mais s'il sauva mes jours , je les perdais pour lui.

FANIE. .

11 le peut ignorer ; la voix publique entraîne; - Même en s''en dëfîant , on lui résiste a peine. > Cet esclave , sa mort , ce. billet malheureux , Le nom de Solamir , Téclat de sa vaillance, L'ofiTre de son hymeu , l'audace de ses feux , Tout parlait contre vous , jusqu'à votre silence , Ce silence si fier, si grand , si généreux , Qui dérobait Tancrëde à Tin juste vengeance De vos communs tyrans ai^més conrtre vous deux. Quels yeux pouvaient percer ce voile ténébreux ? Le préjugé l'emporte, et l'on croit l'apparence.

AMÉNAÏDE

Lui 9 me croire coupable I

FANIE.

Ah ! s*il peut s'abuser, Excusez un amant.

AMÉNAÏDE^ reprenant sa fierté et les forces. Rien ne peut l'excuser...

Quand l'univers entier m'accuserait d'un crime , Sur son jugement setil un grand homme appuyé, A l'univers séduit oppose son estime.

Il aura donc pour moi combattu par pitié ! Cet opprobre est affreux, et j'en suis accablée. Hélas ! mourant pour lui , je mourais consolée; £t c'est lui qui m'outrage et m'ose soupçonner ! C'en est fait, je ne veux jamais lui pardonner; Ses bienfaits sont toujours présens à ma pensée ,- Ils resteront gravés dans mon ame offensée;

33a TA^CHBOE.

Mais , s'il a pu me croire indigne de sa fin ,

C'est lui qui pour jamais est indigne de moi.

Ah ! de tous mes afFronts c'est le plus grand peut-êlrte.

FAMkE.

Mais il ne connaît pas....

AMÉNAÏDB.

11 devait me connaître , Il devait respecter un cœur tel que le mien ; Il devait présumer qu'il était impossible Que jamais je trahisse un si noble lien. Ce cœur est aussi fier que son bras invincible; Ce cœur était en tout aussi grand que le sien. Moins soupçonneux sans doute, et surtout plus sensible. Je renonce a Tancrède, au reste des mortels; Ils sont faux ou mëcbans; ils sont faibles, crueb. Ou trompeurs , ou-trompés^; et ma douleur profonde, Kn oubliant Tancrède , oubliera tout le monde.

ARGIRE, AMÉNAIDE, Sditb.

ABGIRB y lontena par les ëcvjera.

Mes amis', avancez , sans plaindre mes tourmens : On va combaltie; allons-, guidée mes pas tremblans. Ne pourrai-je embrasser ce héros tbtëlaire? Ah ! ne puis-je savoir qui t*û saové le jour? AMEITAÏDE^ plongée dân» 6a douleur, appuj^e d*une main sur Fanie , erse toumant à moitié vers mm père.

Un mortel autrefois digne de mon amour^

Un héros en ces lieux opprimé par mon père ,

Que je n'osais nommer, que yous avez prosent ,

Le seul et cher objet de ce faul écrit ,

Le dernier rejeton d'une famille auguste.

Le plus grand des humains, hélas ! le plus injuste ;

En un mot , c'iest Tancrède.

ARems.

O Ciel! que m est tu dit?

AXÉNAÏDB.

Ce que ne peut cacher la doillerr qui m^i%are , Ce que je vous eonfie en craignant tout pour lui.

jkCTi QnAmtèME. 335

ARGERE.

Lui, Tancrède!

▲MKNAÏDE.

Et quel ^utre eût été mon appui ?

AHOIRS.

Tancrède qu'otppnaift notre sénat liarbere !

AJUNia»E*

Oui, lui-niéme.

ARGIRE.

£t pour uoiis il &it tout aujourd'liuil Nous lui rayissions tout, biens ^ dignités , patrie ; Et c'est lui qui pour nous vieot prodiguer sa vie! O juges malheureux y qui dans nos {aibles mains Tenons aveuglément le glaive et la balance. Combien nos [ugemens sont injustes et vains , Et combien nous, égare une fausse prudence! Que nous étions ingrats! que nou^ étions tyrans!

▲MSNAÏDfi.

Je puis me plaindre k vous , je le sais... mais, mon père^ Votre vertu se fait des reproches si grands , Que mon ccsur désolé tremble de vous en faire. Je les dois à Tancrède.

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