AM UN AIDE
II me rebute , il fuir , me renonce ^ et m'outrage ! Quel changement affreux a forme cet orage ? Que veut-il? quelle offense excite son courroux? De qui dans l'univers peut-il être jaloux? Oui , je lui dois la. vie , et c'est toute ma gloire. Seul objet de mes vœux , il est mon seul appui. Je mourais , je le sais , sans- lui , sans sa victoire ; Mais s'il sauva mes jours , je les perdais pour lui.
FANIE. .
11 le peut ignorer ; la voix publique entraîne; - Même en s''en dëfîant , on lui résiste a peine. > Cet esclave , sa mort , ce. billet malheureux , Le nom de Solamir , Téclat de sa vaillance, L'ofiTre de son hymeu , l'audace de ses feux , Tout parlait contre vous , jusqu'à votre silence , Ce silence si fier, si grand , si généreux , Qui dérobait Tancrëde à Tin juste vengeance De vos communs tyrans ai^més conrtre vous deux. Quels yeux pouvaient percer ce voile ténébreux ? Le préjugé l'emporte, et l'on croit l'apparence.
AMÉNAÏDE
Lui 9 me croire coupable I
FANIE.
Ah ! s*il peut s'abuser, Excusez un amant.
AMÉNAÏDE^ reprenant sa fierté et les forces. Rien ne peut l'excuser...
Quand l'univers entier m'accuserait d'un crime , Sur son jugement setil un grand homme appuyé, A l'univers séduit oppose son estime.
Il aura donc pour moi combattu par pitié ! Cet opprobre est affreux, et j'en suis accablée. Hélas ! mourant pour lui , je mourais consolée; £t c'est lui qui m'outrage et m'ose soupçonner ! C'en est fait, je ne veux jamais lui pardonner; Ses bienfaits sont toujours présens à ma pensée ,- Ils resteront gravés dans mon ame offensée;
33a TA^CHBOE.
Mais , s'il a pu me croire indigne de sa fin ,
C'est lui qui pour jamais est indigne de moi.
Ah ! de tous mes afFronts c'est le plus grand peut-êlrte.
FAMkE.
Mais il ne connaît pas....
AMÉNAÏDB.
11 devait me connaître , Il devait respecter un cœur tel que le mien ; Il devait présumer qu'il était impossible Que jamais je trahisse un si noble lien. Ce cœur est aussi fier que son bras invincible; Ce cœur était en tout aussi grand que le sien. Moins soupçonneux sans doute, et surtout plus sensible. Je renonce a Tancrède, au reste des mortels; Ils sont faux ou mëcbans; ils sont faibles, crueb. Ou trompeurs , ou-trompés^; et ma douleur profonde, Kn oubliant Tancrède , oubliera tout le monde.
ARGIRE, AMÉNAIDE, Sditb.
ABGIRB y lontena par les ëcvjera.
Mes amis', avancez , sans plaindre mes tourmens : On va combaltie; allons-, guidée mes pas tremblans. Ne pourrai-je embrasser ce héros tbtëlaire? Ah ! ne puis-je savoir qui t*û saové le jour? AMEITAÏDE^ plongée dân» 6a douleur, appuj^e d*une main sur Fanie , erse toumant à moitié vers mm père.
Un mortel autrefois digne de mon amour^
Un héros en ces lieux opprimé par mon père ,
Que je n'osais nommer, que yous avez prosent ,
Le seul et cher objet de ce faul écrit ,
Le dernier rejeton d'une famille auguste.
Le plus grand des humains, hélas ! le plus injuste ;
En un mot , c'iest Tancrède.
ARems.
O Ciel! que m est tu dit?
AXÉNAÏDB.
Ce que ne peut cacher la doillerr qui m^i%are , Ce que je vous eonfie en craignant tout pour lui.
jkCTi QnAmtèME. 335
ARGERE.
Lui, Tancrède!
▲MKNAÏDE.
Et quel ^utre eût été mon appui ?
AHOIRS.
Tancrède qu'otppnaift notre sénat liarbere !
AJUNia»E*
Oui, lui-niéme.
ARGIRE.
£t pour uoiis il &it tout aujourd'liuil Nous lui rayissions tout, biens ^ dignités , patrie ; Et c'est lui qui pour nous vieot prodiguer sa vie! O juges malheureux y qui dans nos {aibles mains Tenons aveuglément le glaive et la balance. Combien nos [ugemens sont injustes et vains , Et combien nous, égare une fausse prudence! Que nous étions ingrats! que nou^ étions tyrans!
▲MSNAÏDfi.
Je puis me plaindre k vous , je le sais... mais, mon père^ Votre vertu se fait des reproches si grands , Que mon ccsur désolé tremble de vous en faire. Je les dois à Tancrède.