‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 179 sur 275 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Les chevaliers et leurs ËcUIERS , l'ëpée à la main } BE9 Soldats , portant des tropbëes^ LR PEUPLE , dans Iç fond.

LORÉDAN.'

Allez et préparez les chants de la victoire,

Peuple , au dieu des combats prodiguez votre encens :

<^'est lui qui nous fait vaincre , k lui seul est la gloire.

S^il ne conduit nos coups , «iosbra.s sont impuissans.

II a brisé les traits , il a rompu les pièges

Dont nous environnaient ^es brigands sacrilèges,

De cent peuples vaincus dominateurs cruels.

3S6 TAveiiiBE.

Sur leurs corps toutsanglans érigez yos trophées ; Et y foulant à vos pieds leurs fureurs ëtouffi^es, Oes trésors du Croissant ornez nos sahrts autels. Que l'Espagne opprimée^ et l'Italie eu cendre, L'Egypte terrassée et la Syrie aux fers , Apprennent aujourà'hui comme on peut se défendre Contre ces fiers tyrans , l'effroi de l'ilnivers. C'est à nous maintenant de consoler Ârgire ; Que le bonheur public a^iaise ses douleurs; Puissions-nous voir en lui , malgré tous ses malheurs , L'homme d'état heureux , quand le père soupire ! Mais pourquoi ce guerrier , ce héros inconnu , A qui l'on doit, diuon , le succès de nos armes , Avec nos chevaliers n'est-il point revenu?- Ce tnonphe à ses yeux a-t-il si peu de charmes? Croit-il de ses ecploits que nous soyons jaloux ? Nous sommes assez grands pour être sans envie. Veut-il fuir Syracuse après l'avoir servie ?

( A Catane. )

Seigneur , il a long-temps combattu près de vous ; D'où vient qu'ayant voulu courir notre fortune. Il ne partage point l'allégresse commune ?

CATANE

Apprenez-en la cause , et daignez m'écouter« Quand du chemin d'Etna vous fermiez le passage , Placé }oin de vos yeux> j'étais y ers le rivage Où nos fiers ennemis osaient nous résister; je l'ai vu courir seul et se précipiter. Nous étions étonnés qu'il n'eût point ce courage Inaltérable et calme au milieu du carnage. Cette vertu d'un chef , et ce don d'un grand cœur : Un désespoir affreux égarait sa yaleur; Sa voix entrecoupée et son regard farouche Annonçaient sa douleur qui trouvait ses esprits. Il appelait souvent Solamir a grands cris; Le nom d'Araénaïde échappait' de sa bouche ; Il la nommait parjure ; et , malgré ses fureurs , De ses yeux enflammés j^ai vu tomber des pleurs, n cherchait k mourir $ et toujours invincible, Plus il s'abandonnaiti plus il était terrible.

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