‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 18 sur 275 · SÉMIRAMIS, ASSUR · texte numérisé non relu

SÉMIRAMIS, ASSUR

SEMIAAMIS.

Seigneur^ il faut enfin que je vous ouvre un cœur

Qui long-temps devant vous dévora sa douleur.

J'ai gouverné l'Asie, et peut-être avec gloire;

Peut-être fiabylone,, honorant ma mémoire,

Mettra SémirSimis k côté des grands rois.

Vos mains de mon* empire ont soutenu le poids.

Partout victorieuse , absdue , adorée ,

De Tencens des humains je vivais enivrée :

Tranquille., j'oubli;|i , sans crainte et sans ennuis.

Quel degré m'éleva dans ce rang où jesuis.

Des dieux, dans mon bonheur, j'oubliai la justice;

Elle parle, je cède; et ce grand édifice,.

Que je crus a l'abrî des outrages du iemjks ,

Veut étreraffermi jusqu'en^es foudemens.

ASSUH.

Madame , c'est K vous d'achever votre ouvrage , De comniander au temps , de prévoir son outrage. Qui pourrait obscurcir. des jours si glorieux? Quand la terre obéit , que craignez-vous des dieux ?

' * SÉMniAMIS.

La cendre de Ninus repose en cette enceinte , Et vous me demandez le sujet de ma crainte? Vous! .

ASSUR

Je vous avouerai que jesuis indigné Qu'on se souvienne encor si Minus a régné; Craint-on, après quinze ans, ses mânes en colère? Ils se seraient Vengés , s'ils avaient pu le faire. D'un étemel oubli nç tire» point les morts. Je suis épouvanté, mais c'est de vos remords. Ah! ne consultez point d'oracles inutiles : C'est par la fermeté qu'on rend les dieux faciles. Ce fantôme inouï , qui paraît en ce jour/ Qui naquit de la crainte, et l'enfante à son tour.

46 sifilIRÂMIS.

Peut-il TOUS effrayer par tous ses vains prestiges ? Pour qui ne les craint point il n'est point de prodiges : Ils sont l'appât grossier des peuples ignorans , L'inventiop du fourbe , et le mépris des grands. Mais si quelque intérêt plus npble et plus solide Éclaire votre esprit ^ qu'un vain trouble intimide, S*il vous faut de Bélus éterniser le sang, Si la jeune Az^ma prétend a ce haut rang

SÉMÎRAMIS,

Je viens vous en parler. • Ammon et Babylone

Deroande.nt sans détour un héritier du trône.

Il faut que de mon sceptre on partage le faix^

Et le peuple et les dieux vont être satisfaits.

Vous le savez assez , mon superbe courage

S'était fait une loi de régner sans partage ;

Je tins sur mon hymen l'univers en suspens *, .

Et quand la v^iif du peuple , k la. fleur de mes ans.

Cette voix qu'aujourd'hui le ciel même seconde.

Me pressait dé donner des ^uverains au monde..

Si quelqu'un put prétendre au. nom de mon époux.

Cet honneur, je le sais, n'appartenait qu'à vous.

Vous deviez l'espérer; mais vous pûtes connaître

Combien Sémiramis craignait d'avoir. un maîtrei.

Je vous fis, sans former un lien si fatal.

Le second de la terre , et noti pas mon égal.

C'était assez, seigneur, et j'ai l'orgueil de croire

Que ce rang aurait pu suffire a votre gloire.

Le ciel mè parle en^n ^ j'obéis k sa voix ;

Écoutez son oracle , et recevez mes iois :

K Babylone doit prendre une face nouvelle y

«. Quand £\ai second, hymen allumant lejlambeau ,

« Mère trop malheureuse ^ épouse trop cruelle ,

« Tu calmeras Ifinuf au fond de son tombeau* »

C*est ainsi que des d^êux Tordre éternel s'explique.

Je connais vo^ desseins et vojlre poli tique ^

Vous voulez 'dans l'état vous forpier- un parti;

Vous m'opposez le sang dont vouis êtes sortL

De vous et d'Azéma mon successeur jp^ut naître 9

Vous briguez cet hymen, elle y prétend peut-être.

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