SÉMIRAMIS, ASSUR
SEMIAAMIS.
Seigneur^ il faut enfin que je vous ouvre un cœur
Qui long-temps devant vous dévora sa douleur.
J'ai gouverné l'Asie, et peut-être avec gloire;
Peut-être fiabylone,, honorant ma mémoire,
Mettra SémirSimis k côté des grands rois.
Vos mains de mon* empire ont soutenu le poids.
Partout victorieuse , absdue , adorée ,
De Tencens des humains je vivais enivrée :
Tranquille., j'oubli;|i , sans crainte et sans ennuis.
Quel degré m'éleva dans ce rang où jesuis.
Des dieux, dans mon bonheur, j'oubliai la justice;
Elle parle, je cède; et ce grand édifice,.
Que je crus a l'abrî des outrages du iemjks ,
Veut étreraffermi jusqu'en^es foudemens.
ASSUH.
Madame , c'est K vous d'achever votre ouvrage , De comniander au temps , de prévoir son outrage. Qui pourrait obscurcir. des jours si glorieux? Quand la terre obéit , que craignez-vous des dieux ?
' * SÉMniAMIS.
La cendre de Ninus repose en cette enceinte , Et vous me demandez le sujet de ma crainte? Vous! .
ASSUR
Je vous avouerai que jesuis indigné Qu'on se souvienne encor si Minus a régné; Craint-on, après quinze ans, ses mânes en colère? Ils se seraient Vengés , s'ils avaient pu le faire. D'un étemel oubli nç tire» point les morts. Je suis épouvanté, mais c'est de vos remords. Ah! ne consultez point d'oracles inutiles : C'est par la fermeté qu'on rend les dieux faciles. Ce fantôme inouï , qui paraît en ce jour/ Qui naquit de la crainte, et l'enfante à son tour.
46 sifilIRÂMIS.
Peut-il TOUS effrayer par tous ses vains prestiges ? Pour qui ne les craint point il n'est point de prodiges : Ils sont l'appât grossier des peuples ignorans , L'inventiop du fourbe , et le mépris des grands. Mais si quelque intérêt plus npble et plus solide Éclaire votre esprit ^ qu'un vain trouble intimide, S*il vous faut de Bélus éterniser le sang, Si la jeune Az^ma prétend a ce haut rang
SÉMÎRAMIS,
Je viens vous en parler. • Ammon et Babylone
Deroande.nt sans détour un héritier du trône.
Il faut que de mon sceptre on partage le faix^
Et le peuple et les dieux vont être satisfaits.
Vous le savez assez , mon superbe courage
S'était fait une loi de régner sans partage ;
Je tins sur mon hymen l'univers en suspens *, .
Et quand la v^iif du peuple , k la. fleur de mes ans.
Cette voix qu'aujourd'hui le ciel même seconde.
Me pressait dé donner des ^uverains au monde..
Si quelqu'un put prétendre au. nom de mon époux.
Cet honneur, je le sais, n'appartenait qu'à vous.
Vous deviez l'espérer; mais vous pûtes connaître
Combien Sémiramis craignait d'avoir. un maîtrei.
Je vous fis, sans former un lien si fatal.
Le second de la terre , et noti pas mon égal.
C'était assez, seigneur, et j'ai l'orgueil de croire
Que ce rang aurait pu suffire a votre gloire.
Le ciel mè parle en^n ^ j'obéis k sa voix ;
Écoutez son oracle , et recevez mes iois :
K Babylone doit prendre une face nouvelle y
«. Quand £\ai second, hymen allumant lejlambeau ,
« Mère trop malheureuse ^ épouse trop cruelle ,
« Tu calmeras Ifinuf au fond de son tombeau* »
C*est ainsi que des d^êux Tordre éternel s'explique.
Je connais vo^ desseins et vojlre poli tique ^
Vous voulez 'dans l'état vous forpier- un parti;
Vous m'opposez le sang dont vouis êtes sortL
De vous et d'Azéma mon successeur jp^ut naître 9
Vous briguez cet hymen, elle y prétend peut-être.