‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 192 sur 275 · CASSANDRE, SOSTÈNE, ANTIGONE, HERMAS · texte numérisé non relu

CASSANDRE, SOSTÈNE, ANTIGONE, HERMAS

ANTIGOWE ,. à Kermas , au fond du théâtre.

Ce seciet m'importune , il fe faut arracher : Je lirai dans son cOeur ce qu'il croit me cacher. Ya, ne t'écarte pas.

CASSANDRE > à Antigone.

Quand le jour luit a peine , Quel sujet si pressant près de moi vous amène?

ANTIGONE

Nos intérêts. Cassandre , après que dans ces lie^ix Vos expiations ont «atisfait les dieux , ' Il est temps de songer a partager la terre. D'Éphèse en ces. grands jours ils écartent la guerre i Yos mystères ijecrejts des peuples respectés Suspendent la discorde et les calamités; Cest un temps de repos pour les fureurs des princes : Mais ce repos est eoiirt; et bientôt nos provinces Retourneront en proie aux flammes , aux combats. Que ces dieux arrêtaient , et qu'ils n'éteignent pas. Antipatre n'est plus : vos soins , votre courage , Sans doute, achèveront son important ouvragej. Il n'eût jamais permis que l'ingrat Séleucus, Le Lagide insolent, le traître Antiochus,

356 ouiiPiE.

D'AlexandreTau tombeau dévorant les conquêtes. Osassent nous braver et marcher sur nos têtes.

CASSAND&B.

Plût aux dieux c[a*Âlexandre a ces ambitieux Fit du haut de son trône encor baisser les yeux î Plût aux dieux qu'il v^cût!

ANTIGONB.

Je ne puis tous comprendre.

Est-ce au fils d'Ântipatre a pleurer Alexandre l Qui peut tous inspirer un remords si pressant ? De sa mort, après tout» vous êtes innocent.

CASSANDRE

AU ! j'ai cause sa mort.

ANTIGONE

Elle était légitime :

Tous les Grecs demandaient cette grande victime « L'univers était las de son ambition.

Atbène , Athëné même envoya le poison ; Perdiccas le reçut , on en chargea Cratère; Il fut mis dans* vos mains des mains de votre père , Sans qu'il vous confiât cet important dessein : Vous étiez jeune encor ; vous serviez au festin > A ce dernier festin du tyran de l'Asie.

GâSSÂNDRE.

Non , cessez d'excuser ce sacrilège impie.

ANTtGOKB.

Ce sacrilège!... Eh quoi! vos esprits abattus Erigent-ils en dieu l'assassin de Clitus , Du grand Parménion le bourreau sanguinaire, Ce superbe insensé qui , flétrissant sa mère^ Au rang du fils des dieux osa bien aspirer. Et se déshonora pour se faire adorer ? Seul il fut sacrilège, et lorsqu'à Babylone Nous avons renversé ses autels et son trône , Quand la coupe fatale a fini son destin , On a vengé les dieux comme le genre humain.

CASSANDRE

J'avouerai ses défauts; mais, quoi qu'il en puisse être. Il était un grand homme, et c'était notre maître.

- ANTiaONB.

Un grand homme »!

▲CrB PREMIER. 357

CàSS ANDRE.

Oui , sans doute.

ANTIGONE

Ah ! c'est notre valeur , Notre bras, notre sang qui fonda sa grandeur; Il n« fut qu'un ingrat

CASSANDRE

O mes dieux tut^laires !

Quels mortels ont éié plus ingrats que nos pères ? Tous ont voulu monter a ce superbe rang. Mais de sa femme enfin pourquoi percer le flanc? Sa femme!... ses enfans!... Ah! quel jour, Antîgone!

ANTIGONE

Apres quinze ans entiers , ce scrupule m'ëtonne. Jaloux de ses amis , gendre de Darius , Il devenait Persan ; nous étions les vaincus : Auriez-vous donc voulu que, vengeant Alexandre, • La fière Slalira , dans Babylone en cendre Soulevant ses sujets, nous eût immolés tous Au sang de sa famille , au sang de son époux P Elle arma tout le' peuple : Antipatre avec peine Échappa dans ce jour aux fureurs de la reine ; Vous sauvâtes un père.

CASSANDRE

Il est vrai; mais enfin La femme d'Alexandre a péri par ma main.

ANTIGONE

C'est le sort des combats^ le succès de nos armes Ne doit point nous coûter de regrets et de larmes.

CASSANDRE

J'en versai, je l'avoue, après ce coup affreux; Et couvert de ce sang auguste et malheureuXf, Étonné de moi-même , et conius de la rage Où mon père emporta mon aveugle courage , J'en ai long-temps gémi.

ANTIGONE

Mais quels motifs secrets Redoublent aujourd'hui de si cuisans regrets? Daus le cœur d'un ami j'ai quelque droit de li're : Vous dissimulez trop.

558 OLIHHfc.

CASSAMDRE.

Ami que puis-je dire?

Croyez*... qu'il est des temps où le cœur combattu Par un instinct secret revole a la vertu , Où de nos attentats la mémoire passée Revient avec horreur effrayer la pensée.

ANTIGONE

Oubliez, croyez-moi , des meurtres expiés; Mais que nos intérêts ne soient point oubliés : Si quelque repentir trouble encor votre vie , Repentez- vous sur.tont d'abandonner l'Asie A l'insolente loi du traître Antiochus.

Que mes braves guerriers , et vos Grec^ invaincus , Une seconde fois fassent trembler rEupbrale : De tous ces nouveaux rois dont la grandeur éclate , Nul n'est digne de Tôtrc , et dans ses premiers ans n'a servie comme nous^ le vainqueur des Persans. Tous nos chefs ont péri.

CASSANDRE

Je le sais , et peut-être Dieu les immola. tous aux mânes de leur maître.

ANTIGONE

nous restons , nous vivons^ nous devons rétablir Ces débris tout sanglans qu'il nous faut recueillir : Alexandre en mourant les laissait au plus digne ; Si j'ose les saisir; son ordre me désigne. Assurez ma fortune ainsi que votre sort.; Le plus digne de tous , sans doute, est le plus fort. Relevons de nos Grecs la puissance détruitej Que jamais parmi nous la discorde introduite ne nous expose çn proie a ces tyrans nouveaux^ Eux qui n'étaient pas nés pour marcher nos égaux. Me le promettez-vous ?

CASSANDRE

Ami, je vous le jure^ Je suis prêt a venger notre commune injure! Le sceptre de l'Asie est en d'indignes mains. Et rEuphra,te et Iç nîl ont trop de souverains : Je combattrai pour moi , pour vous, et pour la Grèce..

▲OIE PBEMIEB. 3^)

ANTIGONE

J'«n crois votre intérêt; j'en crois votre promesse; El surtout je me fie à la noble amitië Dont le nœud respectable avec vous m'a lié. Mais de cette amitië je vous demande un gage ; Ne me refusez pas.

CASSANDRE

• Ce doute est lui outrage.

Ce que vous demandez est-il en mon pouvoir 7 C'est un ordre pour moi ^ vous n'avez qu'à vouloir.

ANTIGONE

Peut-être vous verrez avec quelque surprise Le peu qu'à demander l'aimitié m'autorise : Je ne veux qu'une esclave.

GASSANURE.

Heureux de vous servir j lis sont tous k vos pieds; é^èst a vous àp choisir.

ANTIGONE

Souffrez que je demande une jeune étrangère (*)

Qu'aux murs de Babylone enleva votre père :

Elle est votre partage ^ accordez-moi ce prist

De tant d^beureux travaux poul* vous-même entrepris.

Votre père , dit-on /l'avait persécutée j '

J'aurai soin qu'en ma cour elle $oit respecjtée :

Son nom est Olimpie.

CASSANDRE

Olimpie !

ANTIGONE

Ouï , seigneur.

CASSANDRE , à part.

De quels traits imprévus il vient percer mon cœur!... Que je livre Olimpie !

ANTIGONE

Écoutez; je me flatte Que CasSandre envers moi n'a point une ame ingrate : Sur les moindres objets un refus peut blesser; Et vous ne voulez pas, sans doute ,m'offenser?

«ASS^NDRE.

Non; vous verrez bientôt cette jeune captive ; Yous-même jugerez s'il faut qu'elle vous suive ^

(*) £*acteur doit ici regarder attentiyement Cassandre.

36o AGTB PHBMIEfi.

S'il peut m'étre permis de la mettre eu vos mains. Ce temple est interdit aux profanes humains; Sous les yeux vigilans des dieux et des déesses^ Olimpie est garde'e au milieu des prêtresses. Les porter s'ouvriront quand il en sera temps. Dans ce parvis ouvert au reste des vivans, Sans vous plaindre de moi , daignez au moins m'attendre De3 mystères nouveaux pourront vous y surprendre ; Et vous déciderez si la terre a des rois Qui puissent asservir Olimpie a leurs lois. (Il rentre dans le temple , et Sostène sort. )

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