‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 210 sur 275 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

STATIRA , OUMPIE.

STATIRA

Quel momeot ! quel blasphème ! ô ciel ! qu'ai-je entendu? Ab ! ma fille , ^ quel prix mon sang m'est-il rendu !

584 ouMsn* .

OUMPIE.

Laissez-moi reprendre mes esprits....

J'ouvre k peine les yeux. Tremblante , ëpouTantëe , Du sein de l'esclavage en ce temple jetëe^ Fille de Stalira , fille d'un demi-dieu , Je retrouve une mère en cet auguste lieu , De son rang, de s^ biens, de son nom dëpouîllëe , Et d'un sommeil de mort h peine rëv^iUëe; J*ëpouse un bienfaiteur. ». il est un assassin. Mon ëpouv de ma mère a dëchirë le teîn. Dans cet entassement d'horribles aventures Vous m'offrez votre main pour venger mes injures. Que puis-je vous rëpondre?... Ah I dans de. tels moméns.

( EmbnMant sa mère. )

Voyez k qui |e dois. mes premiers sentimens. Voyez si les flambeaux des pompes nuptiales Sont faits pour ëclairer ces horreurs si fatales , Quelle foule de maux m'environne en un jpur^ Et si ce cœur glace peut ëcouter l'amour.

. STâTIRA.

Ah ! )• vous réponds d'elle , et le ciel vous la donne. La majeslë , pput-étre , ou l'orgueil die mon trône N'avait pas destine , dans mes premiers projets > La fille d'Alexandre à l'un de mes sujets; Mais vous la mentez en osant la dëfendre. C'est vous qu'en expirant dësignait Alexandre ; Il nomma le plus digne, et vous le devenez : Son trône est votre bien , quand vous le soutenez. Que des dieux immortels la faveur vous seconde! Que leur main vous conduise k l'empire du monde ! Alexandre et sa veuve , ensevelis tous deux , Lui dans la tombe » et moi dans ces murs ténëbreux , Nous verront sans regret au. trône de mes pères; Et puissent désormais les destins , moins sévères , En écarter pour vous cette fatalité Qui renversa toujours ce trône ensanglanté'! .

ANTIGONB.

Il sera relevé par la main d'Olimpie.

Montrez-vous avec elle aux peuples de l'Asie.

àCTB TE018IBME. 585

Sortez de cet asile , et je vais tout presser, Pour venger Alexandre y et pour le remplacer.

( Il sort. )

STATIRA, OLTMPIE.

iSTATlRA.

Ma fille » c'est par toi que je romps la barrière Qui me sépare ici de la.nature entière; Et je rentre un moment dans ce monde pervers , Pour venger mon époux , ton hymen , et tes fers. Dieu donnera la force a mes mains maternelles De briser avec toi tes chaînes criminelles. Viens remplir ma promesse , et me faire oublier. Par des sermons nouveaux , le crime du premier.

OUMPIE.

Hélas!...

STATIRA

Quoi ! tu gémis ?

OLIMPIB.

Cette mâme journée Allumerait deux fois les flambeaux d'hyménée?

STATiRA.

Que dis-tu

olimfie'.

Peimettez, pour la première fois.

Que je vous fasse entendre une timide voix.

Je vous chéris • ma mère , et je voudrais répandre

Le sang que je reçus de vous et d'Alexandre ,

Si j'obtenais des dieux , en le fesant couler.

De prolonger vos jours ou de les consoler.

STATIRA

O ma chère OUmpie !

OLTMPIE.

Oserai -je encor dire Que vôtre asile obsciir est le trdne où j'aspire ?. Vous m'y verrez soumtse , et foulant k vos pieds Ces trônes malheureux ,^ur vous seule oubliés. Alexandre mon pcre> enfermé dans la tombe» Veut-il que de de nos mains son ennemi succombe?

ToiATRB. TOMB III. I7

586 ouMPiE.

Laissons là tous ces rois dans Thorreur des combats» Se puQÎr Tun par l'autre , et venger son trëpàs ; Mais nous, de tant de maux victimes innocentes , A leurs bras forcenés joignant nos mains tremblantes , Faudra-t^l nous cbarger d'un meurtre infructueux? Les larmes sont pour nous y les crimes sont pour eux.

STATIRA

Des larmes ! Et pour qui les vois-je ici répandre ? Dieux! m'avez- vous rendu la fiUe d'Alexandre? Est-ce elle que j'entends ?

OLIMPIE.

Ma mère.

STATIBA.

O ciel vengeur !

OLIMPtE.

Cassandre!...

8TATIRA.

Ëxplique-toi ; tu me glaces d'borreur Parle.

, OLIMPIE.

Je ne le puis.

STATI&A

Va , tu m'arredies Famé ^ Finis ce trouble affreux; parle , dis-je.

OLIHPIE.

Ab! madame.

Je sens trop de quels coups je viens de vous frapper; Mais je voiis chéris trop pour vouloir vous tromper. Prête à me séparer d'un époux si coupable , Je le fuis...' mais je l'aime.

8TATIAA.

O parole exécrable !

Dernier de mes momens ! cruelle fille, béks ! Puisque lu peux l'aimer , tu^e le fuiras pas. Tu l'aimes ! tu trabis Alexandre et ta mère ! Grand dieu) j'ai VU périr mon époux et mon pèra; Tu m'afrachas ma âUe,>et ton ordre inbumau^ Me la fait retrouver pour mourir de sa mein!

OLISPIB.

Je me jiélte k vos pieds. . .

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