‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 234 sur 275 · FULVIE, AL-BINE · texte numérisé non relu

FULVIE, AL-BINE

FULVIE

Quelle effroyable- niât ! que le courroux cëlesle Ëdate avec justice en cette 41e funeste ! ■

ALBINE

C^s trembiesièDS soudains , ces rochers renverses 9 Ces volcans infernaux jusqu'au ciel ëiancës , Ce fleuve soulevé roulapt sur nous son onde , - ! Ontfait craindre aux humains les derniers joui^s du inonde. La foudre a dévoré ce détestable airain » Ces tables de vengeance où le fatal burin . Epouvantait nos yeux d'une liste de crimes 1 . '

De Pordre du carnage , et des noms des vietimef . Vous voyez en effet que nos proscriptions ^nt en horreur au ciel ainsi qu'aux nations.

FULVTE.

Tombe sur nos tyrans celte foudre égarée , Qui » frappant vainement une terre abhorrée , À détruit dans les mains de nos maîtres cruels Les instrumens du crime , et non les criminels! Je voudrais avoir vu cette île anéantie Avec l'iadigne aflront dont on couvre Fulvie.

4a6 U TRIUMTIIAT.

Que font dos trois tyrans dans ce désordre afireux? Quelques remords au moins ont-ils approche d'eux ?

ALFflŒ.

Dans cette île tremblante aux éclats du tonnerre , Tranquilles dans leur tente ils partageaient la (erre; Du sénat et du peuple ils ont réglé le sort , Et dans Rome sanglante ib envoyaient la mort.

FULVIE

Antoine me la donne; à jour d'ignominie! Il me quitte , il me chasse , il épouse Octavie * ; D'un divorce odieux j'attends Tinfame écrit; Je suis répudiée , et c'est moi qu'on proscrit.

ALBQŒ.

Il vous brave h ce point! il vous fait cette injure !

FULVIK.

L'assassin des Romains craint-il d'être parjure? Je l'ai trop bien servi : toutl>arbare est ingrat; Il prétexte envers moi l'intérêt de l'état; Mais ce. grand intérêt n'est que celui d'un traître ^ Qui ménageant Octave en est trompé peut-être.

ALBU^.

Octave vous aima ^ : se peut-il qu'aujourd'hui Vos malheurs, vos adronts , ne viennent que de lui 1

FULYIB*

Qui peut connaître Octave ? et que son caractère Est différent en tout du grand cœur de son père ! Je l'ai vu , dans l'erreur de ses égaremens , Passer Antoine inême en ses emportemens 4 ; Je l'ai vu des plaisirs chercher la folle ivresse; Je l'ai vu des Gâtons affecter la sagesse. Après m'avoir offert un ciiminel amour , Ce Protée à ma chaîne échappa sans retour. Tantôt il est affable, et tantôt sanguinaire : Il adore Julie > il a proscrit son père ; Il hait , il craint Antoine , il lui donne sa sœur : Antoine est forcené , mais Octave est trompeur. Ce sont Ik les héros qui gouvernent la terre , Ils font, en se jouant, et la paix et la guerre; Du sein des voluptés ils nous donnent àe% iSers.

iCTE PBEMIEI. 4^7

A quels maîtres , grands dieiiK ! livrez-YOUs l'univers ?

Albine , les lions, au sorlir des carnages ^

Suivent en rugissant leurs compagnes sauvages;

Les tigres font Tamour avec férocité;

Tels sont nos Triumvirs. Antoine ensanglante

Prépare de Thymen la détestable fête.

Octave a de Julie entrepris la conquête^.

Et dans ce jour de sang, de tristesse et d'horreur, «

L'amour de tous côtes se mêle k sa fureur.

Julie abhorre Octave ; elle n'est occupée

Que de livrer son cœur au fils du grand Pompée.

Si Pompée est écrit sur ce livre fatal,

Octave en l'immolant frappe en lui son rival.

Yoilk donc les ressorts du destin de l'empire.

Ces gtands secrets d'état, que l'ignorance admire! .

Us étonnent de loin les vulgaires esprits ,

Us inspirent de près l'horreur et le mépris,

ALBINE

Que de bassesse , ô ciel ! et que de tyrannie ! Quoi! les maîtres du monde en sont Tignominicf Je vous plains : je pensais q\«e Lépide aujourd'hui Contre ces deux ingrats vous servirait d'appui. Vous unîtes vous-même Antoine avec Lépide.

FULVIE

A peine est-il compté dans leur troupe homicide.

Subalterne tyran , pontife méprisé ,

De son faible génie ils ont trop abusé ;

Instrument odieux de leurs sanglans caprices «

C'est un vil scélérat Soumis a ses complices ;

11 signe leurs décrets sans être consulté.

Et pense agir encore avec autorité*

Mais si dans mes chagrins quelques douceurs me restent»

C'est que mes deux tyrans en secret se détestent ^.

Cet hymen d'Octavie et ses faibles appas

Éloignent la rupture et ne l'empêchent pas.

Us se connaissent trop ; ils se rendent justice.

Un jour je les verrai , préparant leur supplice,

AUumer la discorde avec plus de fureur

Que leur fausse amitié n'étale ici d'horreur.

4aS rv TRICHYIBAT.

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