PRÉFACE
L'ÉDITIQN DE PARIS. 1766.
Celte tragédie assez ignorée m^étant tombée entre les mains , j*ai été étonné d'y yoir Thistoire presque entièrement falsiâée, et cependant les mœurs des Romains, du temps du triumvirat, représentées a^ec le pinceau le plus fidèle.
Ce contraste singulier m'a engagé à la faire imprimer avec des remarques que j'ai fuites sur ces temps illustres et funestes d'un empire qui, tout détruit qu'il est, attirera toujours les regards de vingt royaumes élefés sur ses débris, et dont chacun se vante aujourd'hui d'avoir été une province des Romains , et une des pièces de ce grand édifice. Il n'y a point de petite ville qui ne cherche à prouver qu'elle a eu l'honneur autrefois d'être saccagée par quelque consul romain ; et on va même jusqu'à supposer des titres de cette espèce de vanité humiliante. Tout vieux château dont on ignore l'origine a été bâti par César, du fond de l'Espagne au bord du Rhin : on voit partout une tour de César, qui ne fit élever aucune tour dans les pays qu'il subjugua, et qui préférait ses camps retranchés à des ouvrages de pierres et de ciment, qu'il n'avait pas le temps de construire dans la rapidité de ses expéditions. Enfin les temps des Scîpion , de Sylla , de César^ d'Auguste, sont beaucoup pins présens à no-tre mémoire que les premiers événemens de nos propres monarchies. Il semble que nous soyons encore sujets des Romains.
J'ose dire dans mes notes ce que je pense de la plupart de ces hommes célèbres, tels que César, Pomr pée, Antoine^ Auguste, Calon, Cicéron en ne >»-
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géant que par les faits^ et en ne me préoccupant pour personne. Je ne prétends point juger la pièce. J'ai fait une étude particulière de l'histoire, et non pas du théâtre , que je connais assez peu , et qui me semble un objet de goût plutôt que de recherches. J'ayoue que j'aime à yoir dans un ouvrage dramatique les mœurs de l'antiquité, et à comparer les héros qu'on met sur le théâtre avec la conduite et le caractère que les historiens leur attribuent. Je ne demande pas qu'ils fassent sur la scène ce qu'ils ont réellement fait dans leur vie ; mais je me crois en droit d'exiger qu'ils ne fassent rien qui ne soit dans leurs mœurs : c'est là ce qu'on appelle la vérité théâtrale*
Le public semble n'aimer que les sentimens tendres et toucha ns, les emportemens et les craintes des amante» affligées. Une femme trahie intéresse plus que la chute d'un empire. Jai trouvé dans cette pièce des objets qui se rapprochent plus de ma manière de penser et de celle de quelques lecteurs qui, sans exclure aucun genre , aiment les peintures des grandes révolutions, ou plutôt des hommes qui les ont faites. S'il n'avait été question que des amours d'Octave et du jeune Pompée dans cette pièce, je ne l'aurais ni commentée ni imprimée. Je m'en suis servi comme d'un sujet qui m'a fourni des réflexion^ sur le caractère des Romains, sur ce qui intéresse l'humanité* et sur ce qu'on peut découvrir de vérités historiques.
J'aurais désiré qu'on eût commenté ainsi les tragédies de Pompée , de Seriorius , de Cinna , des Hora" ces , et qu'on eût démêlé ce qui appartient à la vérité , et ce qui appartient à la fable. Il est certain, par exemple , que César ne tint -à Ptolomée aucun des discours que lui prête le sublime et inégal auteur de la Mort de Pompée ^ et que Cornélie ne parla point à César comme on l'a fait parler, puisque Ptolomée était un enfant de douze à treize ans, et Cornélie une
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femme de dix-huit, qui ne yît jamais César, qui a*a-> borda point en Egypte, et qui ne joua aucun rôle dans les guerres civiles. Il n'y a jnmais eu d'Emilie qui ait conspire ayec Cinna ; tout cela est une invention du génie du poète. La conspiration de Cinna n'est probablement qu'un sujet fabuleux de déclamation , inventé par Sénèque , comme je le dis dans mes notes.
De toutes les tragédies que nous avons , celle qui s'écarte le moins de la vérité historique, et qui peint le cœur le plus fidèlement^ serait Briiannicus^ si l'intrigue n'était pas uniquement fondée sur les préteo'dues amours de Britannicus et de Junie, et sur la jalousie de Néron. J'espère que les éditeurs qui ont annoncé les Commentaires des ouvrages de Racine par souscription n'oublieront pas de remarquer comment ce grand homme a fondu et embelli Tacite dans sa pièce. Je pense que, si Néron n'avait pas la puérilité de se cacher derrière une tapisserie pour écouter l'entretien de Britannicus et de Junie , et isi le cinquième acte pouvait être plus animé , cette pièce serait celle qui plairait le plus aux hommes d'état et aux esprits cultivés.
£n un mot, on voit assez quel est mon but dans l'édition que je donne. Le manuscrit de cette tragédie est intitulé Octave et le Jeune Pompée ; j'y ai ajouté le titre de Triumvirat : il m*a paru que ce titre réveille plus l'attention, et présente à l'esprit une image plus forte et plus grande. Je sais gré à Fauteur ' d'avoir supprimé Lépide, et de n'avoir parlé de cet indigne Romain que comme il le méritait.
Encore une fois, je ne prétends point juger de la pièce. Il faut toujours attendre le jugement du public; mais il me semble que l'auteur écrit plus pour les lecteurs que pour les spectateurs. Sa pièce m'a paru tenir beaucoup plus du terrible que du genre qui attendrit le Cteur et qui le déchire.
DE Véditiox de PABIS. 1^60. 4^3
On m'assure même que Tauteur n'a point prétendu faire une tragédie pour le théâtre de Paris , et qu'il n'a Toulu que rendre odieux la plupart des personnages de ces temps atroces : c'est en quoi il m'a paru qu'il ayait réussi. La pièce est peut-être dans le goût anglais. Il est bon d'avoir des ouvrages dans tous les genres.
Il m'importe peu de connaître l'auteur : je ne me suis occupé que de faire sur cet ouvrage des notes qui peuvent être utiles. Les gens de lettres qui aiment ces recherches, et pour qui seuls j'écris , en seront les juges.
J'ai employé la nouvelle orthographe. Il m*a paru qu'on doit écrire , autant qu'on le peut , comme on parle ; et quand il n'en coûte qu'un a au lieu d'un (?, pour distinguer les Français de St. -François d'Assise, comme dit l'auteur de la Henrîade^ et pour faire sentir qu'on prononce Anglais et Danois, ce n'est ni une grande peine ni une grande difficulté de mettre un a qui indlqae la vraie prononciation, à la place de cet 0 qui vous trompe.
PBRSONNAGSS.
OeTÀTE, surnommé depuis Avcvste.
Maig-Ahtoine.
Le jeune Pompée.
Julie 5 fille de Lucîus César.
FvLTiBy femme de Marc- Antoine.
AlbirE) suivante de Fulvie.
Adfidb , tribun militaire.
Tribuns, Centurions^ Licteurs, Soldats.
THÏ »K* ^^''f ,
PUBLIC ilBRArt
Tyran.tavois saièmmeielle est diMieâel'êb'e.