ACTE PABMIEB
ANTOINE
Le ciel qui nous seconde en permet de nouvelles. Craignez-vous un augure ? '^
OCTAVE
El ne craignez-vous pas De révolter la terre à force d'attentats ? Nous voulons enchaîner la liberté romaine , Is'ous voulons gouverner ; n' excitons plus la liaine.
ANTOINE
Nommez-vous la justice une inhumanité P. Octave , un triumvir par César adopté , Quand je venge un ami , craint de venger un père ! Yous oublierez son sang pour flatter le vulgaire ! A qui prétendez-vous accorder un pardon ^ Quand vous m'avez vous-même immolé CicéronV
OCTAVE
Rome pleure sa mort.
ANTOINE
Elle pleure en siloice.
Cassius et Brutus , réduits k ^Impuissance , Inspireront peut-être aux autres nations Une éternelle horreur de nos proscriptions. Laissons-les en tracer d'effroyables images , Et contre nos deux noms révolter tous les âges. Assassins de leur maître et de leur bien&iteur, C'est leur indigne nom qui doit être en horreur : Ce sont les cœurs ingrats qu'il est temps qu'on punisse ^ Seuls ils sont criminels^ et nous fesons justice. Ceux qui les ont servis , qui les ont approuvés , Aux mêmes châtimens seront tous réservés. De vingt mille guerriers ^ péris dans nos batailles y D'un œil sec et tranquille on voit les fimérailles^ Sur leurs corps étendus , victimes du trépas , Nous volons sans pâlir a de nouveaux combats ;. . Et de la trahison cent malheureux complices Seraient au grand César de trop chers sacrifices!
OCTAVE
Dans Rome en ce jour même on venge encor sa mort ; Mais sachez qu'h mon cœur il en coûte un effort.
43*2 LB tBltMTlBit.
Trop d'horreur k la fia peut souiller sa vengeance ; Je serais plus son fils, si j'avais sa clémence.
ANTOIIŒ.
Jja démence aujourd'hui peut nous perdre tous deux.
OCTAVE
L'excès des cruautés serait plus dangereux.
ÂNTOnVE.
Redoutez-vous le peuple?
OCTAVE
Il faut qu'on le ménage , 11 faut lui faire aimer le frein de l'esclavage. D'un œil d'indifférence il voit la mort des grands ; Mais. quand il craint pour lui, malheur k ses tyrans! (a)
ANTOIIfE.
J'entends : à mes périls vous cherchez k lui plaire y Yous voulez devenir un tyran populaire.
OCTAVE
Vous m'imputez toujours quelques secrets desseins. Sacrifier Pompée ■' est-ce plaire aux Romains? If es ordres aujourd'hui renversent leur idole. Tandis que je vous parle, on le frappe , on l'immole : Que voidez-vous de plus ?
AlTTOmE.
Vous ne m'abusez pas; Il vous en coûte peu d'ordonner son trépas : A nos vrais intérêts sa mort fut nécessaire. Mais d'uix rivai secret sous voulez vous défaire ; îi adorait Julie , et vous étiez jaloux ; Votre amour outragé conduisait tous vos coups. De nos engagemens remplissez détendue.
De Lucius César la mort est suspendue , Oui , Lucius César contre nous conjuré. . ..
Arrêtez. %
ANTOIIŒ.
Ce coupable est-il pour nous sacré ?
Je veux qu'il meure.... .
OCTAVE^ seleyant.
Lui? Le père de Julie?
Oui , lui même.
ÉCTB pubmiib. 4^^
ANTOmE.
OCTAVE
Écoutez : notre intérêt nous lie; L'hymen ëtreint ces nœuds; mais ^ si vous persistez A demander le sang que vous persécutez, Des ce jour entre nous je romps toute alliance.
ANTOINE
Octave f je sais trop que notre intelligence Produira la discorde et trompera nos vœux. ^e précipitons point des temps si dangereux. Voulez-vous m' offenser?
OCTAVE
Non ; mais je suis le maître D'épargner un proscrit qui ne devait pas l'être.
AIÎTOINE.
Mais vous-même avec moi vous l'aviez condamné : De tous nos ennemis c'est le. plus obstiné. Qu'importe si sa fille un moment vous fut chère ! A nolr^ sûreté je dois le sang du père. Les plaisirs inconstans d'un amour passager A nos grands intérêts n*ont rien que d'étranger. Vous avez jusqu'ici peu connu la tendresse ; Et je n'attendais pas cet excès de faiblesse.
OCTAVE. -
De faiblesse !. .. . et c'est vous qui m^oseriez blâmer ? C'est Antoine aujourd'hui qui me défend d'aiiner!
ANTOINE
Nous avons tous les deux mêlé dans les alarmes Les fêtes, les plaisirs a là fureur des armes : César en fit autant <4 ; mais par la volupté Le cours de ses exploits ne fut point arrêté. Je le vis dans l'Egypte , amoureux et sévère. Adorer Gléopâtre en immolant son f^re.
OCTAVE;
Ce fut pour la servir. Je puis vous voir un jour Plus aveuglé que lui , plus faible k votre tour. Je vous connais assez ;. mais , quoi qu'il en arrive , J^ai rayé Lucius, et je prétends qu'il vive.
THÉATRB. TOME 111. IQ
4^4 I*! TftlUliTl^ATv
AlfVOQIB.
Je n*y consentirai qu'en vous voyant signer L'arrêt de ces proscrits qu'en m peut épargner.
OOTAYE»
Je vous l'ai dëjb dit » j'étais las du carnage
Où la mort de César a forcé mon courage.
Mais , puisqu'il faut enfin ne rien faire ii demi ,
Que le salut de Rome en doit 4tre affermi ,
Qu'il me faut consoroiQer l'horreur qui nous rassemble ,
Je cëde , je me rends.,, j'y souscris... Ma main tremble ,
( Il t'assied et signe. )
Allez, tribuns , portez ces- malheureux édits:
( A Antoine qai s'assied et signe. )
Et nous , puissions-nous être k jamais réunis !
ANTOINE
Vous , Aufide , demain vous conduirez Fui vie; Sa retraite est marquée aux i^amps de l'Apulie : Que je n'entende plus ses cris séditieux.
OCTAVE
Écoulons ce tribun qui revient en ces lieux; Il arrive de Rome , et pourra nous apprendre Quel respect à iios lois le sénat a dû rendre {b).