‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 274 sur 275 · JUI.1S · texte numérisé non relu

JUI.1S

^ Frappe , au nom de TaiBour I Frappe, au nom de Thymen , au nom de la patrie!

poupéx.

Au nom de tous les trois , accordez-moi, Julie , Ce que j'ai demandé, ce que j'attends de vous , Pour le salut de Rome et celui d'un époux. Achevez , évoquez les mânes dé mon père: J'ai dû ce sacrifice à cette ombre si chère ; Il faut une main pure, ainsi que votre encens.

JYJXJX.

Que serviront ows vœux et mes cris impoissans! De Pompée au tombeau que pouvons-nous attendre? Du fer des assassins il n'a pu se défendae; Le Phare est encore teint de son sang précieux.

FUCVIK.

Il u'ctaîl qu'homme alors, il est auprès des dieux. De Pharsale et du Phare ils ont puni le nràie: Songez que César même est tonibc si victime. Et qu'aux pieds de mon père il a fini son sort.

JlTLtS.

Puisse Octave à son tour subir la même mort !

POMPKE.

Julie \.... Il la mérite.

3Ut,UL,

Ah! s'il était possible!...

Mais si vous paraissez , la vèlre est infaillible.

FtJLvis , à Julie.

Si vous restez ici, c'est vous qui Vexposez; Bientôt les yeux jalgux seront désabusés.

DO TBICtffin'AT. 5o3

On le croit un soldat qui daos chs temps do crimes A l'or des trois tyrans- vient Tendre dès victimes. Avec vous dans ces* lieux s*il était découvert , Je ne pourrais plus rien. Votre amour seul le perd.

POMPBB.

Levez au ciel les mains : la mienne se prépare A vous tirer au moins de celles du barbare.

JULIE

Cruel ! pouvez-vous bien vons ezpeeer sans moi ?

POMPÉE

Allez , ne craignez rien , je fais ce que je doi : Faites ce que je veuc.

ji7E.ie.

A vous je m*abandeiine :

Mais qn'alles-voua tenter?

POMPÉE

Ce que mon père ordonne.

Peut-être comme lui vous marchez au trépas I Mais soyez sûr au moins qu*on ne me verra pas , Par d'inutiles pleurs arrosant votre cendre, Jeter d*indignes cris qu'on dédaigne d'entendre. Les Romains apprendront que nous étions tous deux Dignes de vivre ensemble , ou de mourir pour eux.

fh) PUt.VJE.

Vengeons sur des méchaYis le monde qu'on opprime.

POMPÉE

Punir un criminel , ce n*est pas faire un crime : C'est servir son pays; j'y suis déterminé...

FULVIE

(0 Peut-être il est encor des yeux trop vigilans Qui pour sa sûreté sont ouverts en tout temps. Mes esclaves partout ont une libre entrée ; On, ne craint rien de tnoî.

POMffis.

Sa perte est assurée; Mou sang sera mêlé dans les flots de son sang.

( A'Aufide. )

Quel mot a-t-on donné?

▲urinf.

Seigneur, de sang en rang, La parole a couru : c'est Pompée et PharsaU.

BOMPÉB.

Elle coûtera cher, elle sera faiale ;

£^04 TÂBtAHTES

Et le nom de Pompée est uii arrêt du sort

Qui du fils de César a |>roiioncé la morlv

Mais je tremble pour vous , je tremble pour Julie; ■

Antoine vengera le frère d'Octavie.

(A) Cet acte cinquième commençait par la scène suiTante* entre Octare et Antoine : on amenait ensuite succes^vement Fnlvieavec Julie et Pompée.

OCTAVIv

Ainsi donc cette nuit Timplacabie Fulvie Allait nous arracher l'empire avec la vie ?

AirroiKE.

Du fer qu'elle portait légèrement blessé > Je vois avec mépris son courroux insensé. Dans son emportement, sa main mal: assurée N'a porté dans mon sein qu'une atteinte égarée. Son esprit, étonné de ce nouveau forfait, Laissait son bras sans force et son crime imparfait. Aisément à mes yeux désarmée et saisie, Dans la tente pçoehaiBO elle est avec Julie.

Il le faut avouer : de si grands altculals

Sont dignes de nos jours, et ne m'étonneot pas.

AirroiHE, Mais quel est le Romain qui jusque dans nos tentes A porté, sans frémir, ses fureurs impuissantes?

OCTAVE

D'Iciie à mes côtés on a percé le sein ,

Je goûtais, je l'avoue, un sommeil bien funeste.

Il semble qu'en effet quelque pouvoir céleste

Persécute mes nuits , et grave dans mon coeur

Des traits de désespoir et des tableaux d'horreur.

Je vois des morts, du sang, des (ourmens qu'on apprête;

,Je vois le fer vehgeur suspendu sur ma tête.

On m^abreuve du sang des Romains expirans :

Ces fantômes affreux fatiguaient tous mes sens.

Mon ame snccombait d'épouvante frappée,

J'entendais une voix qui me criait : Pompée !

Je tressaille à ce nom, je m'arrache an sommeil ;

Le sang d'Icile mort me couvre à mon réveil.

.^ m'arme , je m'écrie ; on saisit le perfide ;

On n'apefçoit en lui qu'un Africain timide,

Un malheureux sans forée, interdit, désarmé,

De qui la voix tremblante et l'œil inanimé

Nous découvraient assez qu'un si lâche coupable

D*un meurtre aussi hardi n'a point été capable.

Lui-même il en ignore et la cause et Tautcur,

HV TR1VMT1EAT.

Et pour oser tromper il a trop de terreur. L'indomptable Fiifvie a- t-elle, eu sa colère, Employé pour me perdre une main mercenaire. Tandis que de lia sienne elle osait vous frapper ?

AlTTOlirE.

L'assassin tel qu'il soit ne peut nous échapper.

OCTAVE

Est-ce quelque proscrit qui, jusqu'en ces contrées > Ose armer contre nous ses mains désesp^^s, Et , dans l'égarement se vengeant au hasard, Tenait porter la mort aux lieux dont elle part ?

Airrours.

L'esclave nous a peint ce mortel téméraire ; Il ignorait , dit-il, son dessein sanguinaire.

OCTAVS.

Mais il est à Fulvie. ^

AirroufK.

Une femme en fureur Sans doute a contre nous trouvé plus d'un vengeur; Elle a pu le choisir dans une foule obscure : Cas^ca fit à César la première blessure. Les plus vils des humains, ainsi que les plus grands^ S'armeront contre nous puisqu'on nous croit tyrans. Ne nous attendons point à des destins tranquilles , Mais aux meurtres secrets , mais aux guerres civiles , Aux complots renaissans, aux conspirations: C'est le fruit étemel de nos proscriptions; Il est semé par nous , en voilà les prémices. Les dieux à nos desseins ne sont pas moins propices; Notre empire absolu n'est pas moins cimenté : On ne peut le chérir, mais il est redouté. La terreur est la base où le pouvoir se fonde; £t ce n'est qu'à ce prix qu'on gouverne le monde.

OCTAVE

Que n'âi-je pu régneisf^gi^r des moyens plus doux I Mais ce meurtre hardi rallume mon courroux. Quoil dans le même jour où Julie expirante Par le sort est jetée en cette ile sanglante. Un meurtrier pénètre au milieu de la nuit, jk travers de ma garde , eu ma tente , à mon lit! Deux femmes contre nous par la fffreur unies, A cet étrange excès se seront enhardies ! Julie aime Pompée, et par ce coup sanglant Elle a voulu venger le sang de son amant. Dans l'école du meurtre elle s'est introduite; Elle en a profilé : je vois qu'elle m'imite.

THÉàTBE. TOMB 111. 22

5o6 VARIANTES DU TRIUSUIBAT*

AlfTOCV».

Nous allons démâler le fil de ces complots.

Je suis assez instruit, et trop pour mon repos !

Je me vois détesté : que savoir davantage ?

Oa ne m'apprendra point un plus sensible outrage.

Je ne m*en défends plus : oui , je suivais sa t race , Oui, j'attachajs mon sort à sa noble disgrâce . J*ai préféré Pompée, abandonné des dieux, A Gcsar fortuné , puissant, victorieux.

Que me reprochec-vous? cent peuples en alarmes Ou rampent sous vos fers, ou tombent sons- vos armes;: Le monde épouvanté reconnaît votre loi : Au fils du grand Pompée il ne reste que moi. Oui , mon cœur'est à lui; laissez -lui sonpartage;. Respectez ses malheurs, respectez son courage . J'ai voulu rapprocher, après tant de revers , Deux noms ùmés du ciel ot chers à Tiinivers. Digne de notre race eu héros si féconde , IMous nous aimions tous deux pour le bonheur du monde.

Voilà mon crime , Octave; osez- vous m'en punir ? Dans vos indignes fers m'osez-vous retenjr ? Quand César a pleuré sur la c^i^dre du père ,■ Portez-vous sur le fils une main sanguinaire ? Il rhonora dans Rome,, et surtout aux coatbats.

PIN DU TOMr'lII,

Page 1