‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 58 sur 275 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

GLYTEMNËSTRE, ELECTRE.

GLTT£BfNESTR£.

Ma fillcy-approcheifr-vous; et d'un œil moins anstère Envisagez ces lieux , et surtout une mère. Je géBÔs en secret , comme vous soupirez , De l'avilissement où vos. jours sont livrés f Quoiqu'il fût dû peulrêtre a votre injuste haine» Je m'en afllige en mère, et m'en indigne en reine. J'obtiens grfce pour vous; vos droits vous sont rendus.

ÉLEGTKX.

Ah^ madame! a vos pieds....

GLTTSMIfESTRE..

Je veux fiûre encor plus.

iX£CTRE.

£h! quoi?

CLXTEMNESTIUE.

De votre sang soutenir l'origine , Du grand nom de Pëlops réparer la ruine » Réunir ses enlans trop long*temps divisés.

iLEGTHE.

Âh! parlez-vous d'Oreste? achevez» disposes.

Je parle de vous-même» et votre ame obstinée A son propre intérêt doit être ramenée. De tant d'abaissement c'est peu de vous tirer : Electre» au trône un jour il vous iaut aspirer. Tous pouvez , si ce cœur connaît le vrai courage » De Vycène et d'Argos espérer l'héritage :

1 16 OKESTfi.

C'est k TOUS de passer, des fers que tous portez ^ A ce suprême rang des rois dont vous sortez. D'Égisthe contre vous j'ai su flëcbîr la haine ; n Teut vous voir en fille, il vous donne Plistëne. Plistëne est d'Épidaure attendu chi^que jour ; Votre hymen est fixé pour 9on heureux retour. D'un brillant avenir goûtez déjà la gloire ; ' Le passe n'est plus rien, pérdez-en la mëmoire.

ELECTRE

A quel oubli, grands dieux! ose-t-on m'inyiter!

Quel horrible avenir m'ose-t-on présenter?

O sort! ô derniers coups tombés sur ma famille!

Songez-vous au héros dont Electre est là fille ,

Madame? osez-vous bien , par un crime nouveau^

Abandonner Electre an fils de son bourreau ?

XiC sang d'Agamemnon ! qui? moi? la sœur d'Oreste /

Electre, au fils d'Égisthe, au neveu de Tbyeste!

Ah ! rendez-moi mes fers ; rendez-moi tout l'afiront

Dont la main des tyrans a fait rougir mon front ;

Rendez-moi les horreurs de cette servitude

Dont j'ai fait une épreuve et si longue et si rude.

L'opprobre est mon partage , il convient a' mon sort.

J'ai supporté la honte , et vtt de près la mort.

Votre Egisthe cent fois m'en avait menacée ,

Mais enfin c'est par vous qu'elle m'est annoncée.

Cette mort a. mes sens inspire moins d'efiroi

Que les horribles vœux <}u'on exige de moi.

Allez; de cet afiront je vois trop bien la cause ,

Je vois quels nouveaux fers un lâche me propose.

Vous n'avez plus de fils ; son assassin couel

Craint les droits de ses sœurs au trôna paternel :

Il veut forcer mes mainS a seconder sa rage ^

Assurer k Plistëne un sanglant héritage;

Joindre un droit légitime aux droits des assassins,

Et m'unir aux forfaits par les nœuds les plus saints.

Ah! si j'ai quelques droits, s'il est vrai qu'il les craigne,

Dans ce sang malheureux que sa main. les éteigne f

Qu'il achève , a vos yeux , de déchirer mon sein :

Et si ce n'est assez , prâtez-lui votre main :

ACTB &ECOKD. 117

Frappez; joignez Electre a son malheureux frëre ; Frappez > dis-je : k yos coups je connaîtrai ma mère*

CLTTEMNESTRE.

Ingrate, c'en est trop; et toute ma pitië

Cède enfin , dans mon cœur, k ton inimitié.

Que n'ai-je point tenté ? que pouvais-je plus fiiire,

Pojor fléchir, pour briser ton cruel caractère?

Tendresse , cbâtimens , retour de mes bontés ,

Tes reproches sanglans souvent même écoutés ,

Raison, menace, an^our, tout, juscju'Si la couronne.

Où tu n'as d'autres droits que ceux que je te donne ;

J'ai prié , j*ai puni, j'ai pardonné sans fruit.

Va , j'abandonne Electre au malheur qui la suit :

Va, je suis Clytemnestre , et surtout je suis reine.

Le sang d'Agametnnon n'a de droits qu'k ma haine.

C'est trop flatter la tienne , et , de ma faible main ,

Caresser le serpent qui déchire mon sein.

Pleure , tonne , gémis , j'y suis indifférente :

Je ne verrai dans toi qu'une esclave imprudente.

Flottant entre la plainte et la témérité ,

Sous la puissante main de son maître irrité.

Je t'aimai malgré toi : l'aveu m'en est bien triste ;

Je lie suis plus pour toi que k femme d'Égisthe ;

Je ne suis plus ta mère ; et toi seule as rompu

Ces nœuds infortunés dé ce cœur combattu ,

Ces nœuds qu'eu frémissant réclamait la nature ,

Que ma fille déteste, et qu'il &ut que j'abjure»

Page 1