‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 72 sur 275 · ORE8TB · texte numérisé non relu

ORE8TB

J'allais, comme la reine, implorer la clémence. De ces mânes sanglans qui demandent vengeance. Le sang qn'on a versé doit, s'expier, seigneur.

CLTTEMKESTEE.

Chaque mot est un trait enfoncé dans mon cœur* Eloignez de mes yeux cet assassin d'Oreste.

ORBSTE.

Cet Oresie, dit*on, dut vous être funeste : On disait que proscrit, errant et malheureux, De haïr Une mère il eut le droit «fireux.

THEATRE. TOSIE Ut. 6.

l3o ORESTE.

GLYTEHNBSTRE.

Il naquit pour verser le sang qui le fit naître. Tel fut le 9ort d'Oreste/ et son dessein peut-être. De sa mort cependant mes sens sont pénétres. Vous me faites frémir, vous qui m'en délivrez.

OUESTE.

Qui, luiy madame? un fils armé contre sa mère ! ^

Ah ! qui peut eflÈicer ce sacré caractère ?

]] respectait son sang.... Peut-être il eût voulu....

CLTfTEMNESTRE.

Ah ciel!

ÉGISTHE

Que dites-vous*? où l'aviez- vous connu ?

PYLÀDE.

Il se perd.... Aisément les malheureux s'unissent; Trop proroptement liés, promptement ils s'aigrissent; !Nous le vimes dans Delphe.

ORESTE

Oui.... j'y sus son dessein.

EGISTHE

Eh bien! quel était-if?

ORESTE

De vous percer le sein.

ÉGISTHE

Je connaissais sa rage, et je l'ai méprisée. Mais de ce nom d'Oreste Electre autorisée. Semblait tenir encor tout l'état partagé , C'est d'Electre sutout que vous m'avez vengé. Elle a mis aujourd'hui le comble k ses oflenses : Comptez-] a désormais parmi vos récompenses. Oui, ce superbe objet contre moi conjuré, Ce cœur enflé d'orgueil, et de haine enivré , Qui même de mon fils dédaigna Talliance; Digne soeur d'un barbare avide de vengeance, - Je la mets dans vos fers ; elle va vous servir^ C'est m'acquiUer vers 'vous bien moins que la punir. Si de Priam jadis la race malheureuse Traîna chez ses vainquj^urs une chaîne honteuse.

JLGIE TROISIEME. l5l

Le sang d'Againemnon peut servir a son tour.

CLÏTEMNESTRE.

Qui, moi ? je souSi'irais. ....

ÉGI3TnE. .

£h ! madame, en ce jour Défendez-vous cncor ce sang qui vous dëtestc? IS'éparguez point Electre^ ayant proscrit Orcstc. (A Oreste.)

Yous.,.. laissez celte cendre a mon juste courroux* .

OBESTE.

J'accepte vos préscos; cette cendre est a vous.

GLYTEMNEST&K.

JNon, c'est pousser trop. loin la haine et la vengeance ; Qu'il parte, qu'il emporte une autre récompense. yous-roéme> croyez-moi, quittons^ ces tristes bords. Qui n'offrent à mes yeux .que les cendres des morts. Osons-nous préparer ce festin sanguinaire Entre Turne du Gis et la tombe du père? Osons-nous appeler b nos solennités Les dieux de ma famille a qui vous insultez. Et livi'er dans les jeux d'une pompe funeste Le sang de Clytemnestre au meurtrier d'Oreste ? Non , trop d'bori'eur ici s'obstine k me troubler ; Quand je connais la crainte, Ëgisthe peut trembler. Ce meurtrier m'accable ; et je sens que sa vue A porté dans mon cœur un poison qui me tue. Je cède, et je voudrais, dans ce mortel effroi , Me cacher k la terre et , s'il se peut, k moi.

(Elle sort.) ÉGISTHE, àOresie.

Demeurez. Attendez que le temps la désarme. La nature un moment jette un cri qui l'alarme •, IVlais bientôt dans un cœur a la raison rendu , L'intérôt parle en maître , et seul est entendu. En ces lieux avec nous célébrez la journée De son couronnement et de mon hyménée. ,

(A sa suite. )

Et vous,... dans Epidaure allez chercher mon fils^ Qu'il vienne confirmer tout ce qu'ils m'ont appris»

l59 OAESfB.

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