‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 8 sur 275 · MIT&ANS · texte numérisé non relu

MIT&ANS

Vous : ce fut , seigneur , au milieu de ces fêtes , Quand Babylone en feu célébrait vos conquêtes ; Lorsqu'on vit déployer ces drapeaux suspendus, Monumens des états h vos armes rendus ; Lorsque avec tant d'éclat l'Euphrate vit paraître Cette jeune Azémà, la niëce de mon maître. Ce pur sang de Bélus et de nés souverains. Qu'aux Scythes ravisseurs ont arraché vos mains : Ce trône a vu flétrir sa majesté suprême , Dans des jours de triomphe , au sein du bonheur même»

AGTB PKEMIEB. a 5

A&ZACE.

Âzëma n'a point part k ce trouble odieux ; *

Un seul de ses regards adoucirait les dieiuc;

Âzëma d'un malheur ne peut étrç Ja cause.

Mais dé tout cependant Sërairamis dispose :

Son cœur en ces horreurs n'est pas toujours plongé?

M2TRAKE.

De ces chagrins mortels son esprit'dégagë Souvent reprend sa force, et sa splendeur première. J'y revois tous les traits de cette ame si fière , Â qui les plus grands rois^ sur la terre adorés^ Même par Leurs flatteurs né sont pas compares. Mais lorsque^ succombant au mal qui la déchire , Ses mains laissent flot tel*- lés ^énes de l'empire ^ . Alors le fier Assur ^ ce satrape insolent , Fait gémir le palais sous sou joug accablant. Ce secret de l'état^ cette honte du trône ^ N'ont point encor p6f ce les murs de Babylone. Ailleurs on nous envie , ici ngus gémissons.

ARZAGE.

Pour les faibles humains quelles hautes leçons ! Que partout le bonheur est mêlé d'amertume 1 ' Qu'un trouble aussi cruel m'agite et me consume ! Privé de ce mortel ^ dont les yeui éclairés Auraient conduit mes pas a la cour égarés. Accusant le destin qui m'^ ravi mon père. En proie aux passions d^un âge téméraire , A mes vœux orgueilleux sans guide abandonné , De quels écueils nouveaux je marche environné !

MITRANE.

J'ai pleuré comme vous ce vieillard vénérable ;

Phradate m'était cher, et sa perte m'accable :

Hélas ! Ninus l'aimait; il lui donna son fils j

Ninias, notre espoir, k ses mains fut remis.

Un même jour ravit et le fils et* le père ;

Il s'imposa des lors un exil volontaire;

Mais enfin son eicil a fait vot^jÉÉgrandeur.

Élevé près de lui dans le^ chl^ps de rhonneu.r ,

Vous avez a l'empire ajouté des provinces ;

Et , placé- par la gloire au rang des plus grands priqces»

THéATBE. TOME III. 2

26 séuiAlMIS^

Vous êtes devenu l'ouvrage de vos mnins.

ARZACE.

Je ne sais en ces lieux quels seront mes destins. Aux plaines d^Arbazan* quelques succès peut-être , Quelques travaux heureux , m'ont assez fait connaître ; Et quand Sëmiramis-, aux rives de l'Oxus^ Vint imposer dés lois .à cent peuples vaincus, Elle laissa tomber de son char de. victoire Sur mon front Jeune encore un «rayon de sa gloire ; Mais souvent dans les camps un soldat hoaorë Rampe a la cour des rois^ et languit ignoré;

Mon père, en expirant, me dit que ma fortune Dépendait en ces lieux de la cause commune. Il remit dans mes mains ces gagés précieux , Qu'il conserva toujours loin des profanes yeux : ^e dois les déposer dans les mains du graftd-prêire : Lui seul doit en juger, lui seul doit les connaître; Sur mon sort , en secret', je dois le consulter; A Sémiràmis même il peut me présenter.

Rarement il Tapprocbe : obscur et solitaire, '

Renfermé dans les soins de son saint ministère.

Sans Yaine ambition, sans crainte, sans détour.

On le voit dans son. temple, et jamais li la cour*.

Il n'a f>oint affecté l'orgueil du rang Suprême,

Ni placé sa tiare. auprès du di^âme; .

Moins il veut être grand , plus il est révéré.

Quelque accès m'est ouvert en ce séjour sacré;

Je puis même , en secret, lui parler a cette beure.

Vous le verrez ici ^ nçn loin de sa demeure ,

Avant qu'un jour {>lus grand vienne éclairer nos yeur^

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