‹ Théâtre complet de Voltaire, avec notes, remarques et variantesChapitre 86 sur 275 · ELECTRE, CLYTEMNESTRE · texte numérisé non relu

ELECTRE, CLYTEMNESTRE

ELECTRE

Ahî daignez m*ëcouter; et si vou5 êtes mère , Si j'ose rappeler vos premiers sentimens,. Pardotinez pour jamais mes yains emportenens , D'une douleur sans borne effet inévitable. Hélas! dai^s les tourmens la plainte est excusable. Pour ces deux étrangers laissez-vous attendrir : Peut-être que dans eux le tiel vous daigne offrir La seule occasion d'expier des offenses Dont vous avez tant craint les terribles vengeances; Peut-être en les sauvant tout peut se réparer.

CLITEMNESTRE.

•Quel intérêt pour eux vous peut donc inspirer?

ELECTRE

"Vous voyez que les dieux ont respecté leur vie;

Ils les ont arrachés k la mer en furie;

Le ciel vous les confie, et vous réponde^ d'eux.

L'un d'eux. .. si vous saviez^ . . tous deux sont malheureux.

Sommes-nous dans Argos, ou bien danslaXauride,

Où de meurtres sacrés une prêtresse avide ,

Du sang ^des étrangers fait fumer son autel ?

Eh bien ! pour les ravir tous deux au coup mortel.

Que faut-il ? ordonnez ; j'épouserai Plistène ;

Parlez! j'embrasserai cette effroyal^e chaîne :

Ma mort suivra.rhymen ; mais je veux l'achever;

J'obéis 9 j'y consens.

CLYTEMNESTR^.

Voulez- VOUS me bravef ?

Ou bien ignorez-vous qu'une main ennemie Du malheureux Plistène a terminé la vie ?

ELECTRE

Quoi donc , le ciel est juste ! Egisthe perd un fils ?

CLITEMNESTRE. ^ '

De joie a ce discours je vois vos sens saisis !

l44 O&ËSTE.

ELECTRE

Ah I dans le désespoir où mou amese noie^

Mon cœur ne peut goûter une funeste joie;

Non« je n'insulte point au sort d'un malheureux ,

Et le sang innocent n'est pas ce que je veux.

Sauvez ces étrangers; mon ame intimidée

"Sie voit point d'autre objet , et n'a point d'autre idée.

GLYTEMMESTfiB.

Va , je t'entends trop bien ,- tu m'as trop confirmé Le9 soupçons dont Egislhe était tant alarmé. Ta bouche est de mou sort l'interprète funeste Tu n'en as que trop dit, Tun des deux est Oreste.

ÉLEGTfiE.

Eh bien! s'il était vrai, si le ciel l'eût permis..'. Si dans vos mains, madame, il mettait votre fils...

CLTTEHNESTHE.

O moment redouté ! que faut-il que je fasse?

ELECTRE

Quoi , vous hésiteriez à demander sa grâce ! Lui! votre fils! ô ciel!., quoi , ses périls passés... 11 est mort'; c'en est fait, puisque vous balancez.

CLYTEMNESTRE

Je ne balance point : va , ta fureur nouvelle Ne peut même affaiblir ma bonté maternelle | Je le prends s<>usma gardé; ii'ponrra m'en punir... Son nom seul me prépare un cruel avenir. .. N'importe... Je suis mère, il suffit; inhunkaine. J'aime encor mes eufkns... tu peux garrder ta haine.

ELECTRE

Non, madame, a jamais je suis à vos genoux.

Ciel, enfin tes faveurs égalent ton courroux;

Tu veux changer les cœurs, tu veux sauver mon frèi'e,

Et pour comble de biens tu m'as rendu ma mère.

ACTB GiNQITlElfB. 146

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