I.CAfijr
• Je *aif cela encore. *
OCTAVE
Comme nous sommes grands amis, il me fit aussitôt confidence de soû amour, et me mena voir cette fille, que je trouvai belle, à la vérité, mais non pas tant qu'il voulait que je la trouvasse. Il ne m'entretenait que d'elle chaque jour, m'exagérait à tous moments sa beauté et sa grâce, me louait son esprit, et me parlait avec transport des charmes de son entretien, dont il me rapportait jusqu'aux moindres paroles , qu'il s'efforçait toujours de me faire trouver les plus spirituelles du monde. Il me querellait quelquefois de n'jètre pas assez sensible aux chose qu'il me venait de dire , et me blâmait sans cesse de l'indifférence ou j'étais pour les feux de l'amour.
SCAPIK.
Je ne vois pas encore où ceci veut aller.
OCTAVE
Un jour que je l'accompagnais pour aller chez les gens qui gardent l'objet de ses vœux , nous entendîmes , dans une petite maison d'une rue écartée, quelques plaintes mêlées de beaucoup de sanglots. Nous demandons ce que c'est; une femme nous dit en soupirant, que nous pouvions voir là quelque chose de pitoyable en des personnes étrangères , et qu'à moins que d'être insensibles , nous en serions touchés.
se API*.
Où est-ce que cela nous mène ?
octave.
La curiosité me fit presser Léandre de voir ce que c'était. Nous entrons dans une salle , où nous voyons une vieille femme mourante , assistée d'une servante qui faisait des regrets, et d'une jeune fille toute fondante en larmes , la plus belle et la plus touchante qu'on puisse jamais voir.
scAPiir.
Ah, ah!
OCTAVE
Une autre aurait paru effroyable en l'état où elle était; car elle n'avait pour habillement qu'une méchante petite Juppé, avec des brassières de nuit , qui étaient de simple futaine; et sa coiffure était une
♦omette jaune, retroussée au haut de sa tête, qui laissait tomber en désordre ses cheveux sur ses épaules; et cependant, faite comme cela, elle brillait de mille attraits, et ce n'était qu'agréments et que charmes dans toute sa personne.
se API W.
Je sens venir les choses.
OCTAVE
Si tu l'avais vue , Scapin , en l'état que je te dis , tu l'aurais trouvée admirable.
s CAP IV.,
Oh , je n'en doute point ; et, sans l'avoir vue , je vois bien qu'elle était tout-à-fait charmante.
OCTAVE
Ses larmes n'étaient point de ces larmes désagréables , qui défigurent un visage; elle avait, à pleurer, une grâce touchante, et sa dou* leur était la plus belle du monde.
se api v.
Je vois tout cela.
OCTAVE
Elle faisait fondre chacun en larmes , en se jetant amoureusement sur le corps de cette mourante , quelle appelait sa chère mère; et il n'y avait personne qui n'eût l'âme percée de voir un si bon naturel.
SCAPIIT.
En effet , cela est touchant , et je vois bien que ce bon naturel là tous la fit aimer.
OCTAVE
Ah, Scapin, un barbare l'aurait aimée!
SCAPIH.
Assurément. Le moyen de s'en empêcher f
OCTAVE
Après quelques paroles , dont je tâchai d'adoucir la douleur de cette charmante affligée, nous sortîmes de là; et demandant à Léandre ce qu'il lui semblait de cette personne , il me répondit froidement qu'il la trouvait assez jolie. Je fus piqué de la froideur avec laquelle il m'en
4*o REMARQUES
parlait, et je ne voulus point lui découvrir l'effet que ses béantes avaient fait sur mon Ame.
silvestbe fà Octave).
Si vous n'abrégez ce récit , nous en voilà pour jusqu'à demain. Laissez-le moi finir en deux mots. CA ScapinJ Son cœur prend feu dès ce moment; il ne saurait plus vivre qu'il n'aille consoler son aimable affligée. Ses fréquentes visites sont rejetées de la servante , devenue la gouvernante par le trépas de la mère. Voilà mon bomme au désespoir. Il presse, supplie, conjure; point d'aaiffre. On lui dit que la fille, quoique sans biens et sans appui, est de famille honnête, et qu'à moins que de l'épouser, on ne peut souffrir ses poursuites. Voilà son amour augmenté par les difficultés. H consulte dans sa tête, agite» raisonne, balance, prend sa résolution; le voilà marié avec elle depuis trois jours.
SCAPIH.
J'entends.
SILVBSTRB.
Maintenant mets avec cela le retour imprévu du père qu'on n'attendait que dans deux mois , la découverte que l'oncle a faite du secret de notre mariage, et l'autre mariage qu'on veut faire de lui avec la fille que le seigneur Géronte a eue d'une seconde femme qu'on dit qu'il a épousée à Tarente....