SCENE VI
MYRRHINE, PHIDIPPE.
■ TftiaiRB.
Je suis perdue 1 Que faire? Pe, qwl côté me tourner ? Que dire à mon mari, malheureuse que je suis? Je «rois qu'il a
Misera ? Nam audivisse vocem pueri visus est vagientis :
Ita corripuit derepente tacitus sese ad filiam.
Quod si rescierit peperisse eam, id qua causa clam me
habuisse Dicam ? Non aedepol scio.
Sed ostium concrepuit ; credo ipsum admeexire. Nulla sum.
phidippus. v Uxor ubi me ad filiam ire sensit, se duxit foras : Atque eccam video. Quid ais , Myrrhina ? Heus , tibi Hico.
MYRRHINA
Mihine, mivir?
PHIDIPPUS.
Vir ego tuus sum ? Tu virum me , aut hominem députas
adeo esse?
Nam si utrum vis horum , mulier , unquam tibi visus forem , Non sic ludibrio tuis factis habitus essem.
MYRRHINA
PHIDIPPUS.
Quibus?
At rogitas?
Peperit filia? Hem! taces? Ex quo?
MYRRHINA
Istuc patrem rogare est aequôm?
Perii! ex quo censés , nisi ex illo, cuidata est nuptum, obsecro ?
PHIDIPPUS.
Credo : neque adeo arbitrari patris est aliter : sed demiror Quid sit y quamobrem tantopere omnes nos celare volueris
L'HÉCYRE. ACT. III. SCÈN. VI. 85
entendu crier l'enfant, car il est entré brusquement chez ma fille sans rien dire. S'il a découvert qu'elle est accouchée, quelle raison donnerai-je du mystère que je lui en ai fait ? Je n'en sais rien, en vérité. Mais on ouvre notre porte, je crois que c'est lui qui sort pour me venir trouver. Je n'en puis plus.
phidippe (àpart).
Ma femme est sortie dès qu'elle a vu que j'entrais chez ma fille. Mais la voilà, je la vois. ( A Myrrhine. ) Qu'en dites-vous, Myrrhine? Écoutez. C'est à vous que je parle.
MYRRHINE
À moi, mon cher époux?
PHIDIPPE.
Moi votre époux ? Me regardez-vous comme votre époux ? Me regardez-vous seulement comme un homme ? Si vous m'aviez jamais pris pour Fun ou l'autre , vous ne m'auriez pas joué, comme vous avez fait, par vos actions.
MYRRHINE
Quelles actions ?
PHIDIPPE.
Vous me le demandez ? Ma fille n'est-elle pas accouchée? Quoi, vous ne répondez point? De qui est l'enfant?
MYRRHINE
Un père peut-il faire une pareille question ? Hélas ! de qui croyez-vous qu'il soit, s'il vous plaît» si ce n'est de celui à qui on l'a mariée ?
PHIDIPPE.
Je le crois. Un père ne doit pas penser autrement. Mais je ne conçois pas pourquoi vous avez pris tant de précautions
Partum : praesertim quum et recte 2 , et tempore suo pe-
pererit.
Adeon* pervicaci esse animo, ut puerum praeoptares
perire , Ex quo firmiorem inter nos fore amicitiam posthac scires : Potius quam advorsum animi tui lubidinem esset cum
illo nupta?
Ego etiam illorum esse hanc culpam credidi, quae te est
pênes.
MTRRHINA.
Misera sum 3 .
PHIDÎPPUS.
Utinam sciam ita esse istuc. Sed nunc mihi in mentem venit. Ex hac re quod locuta es olim , quum illum generum
cepimus.
Nam negabas nuptam posse filiam tuam te pati Cum eo qui meretricem amaret, qui pernoctaret foris.
MTRRHINA.
ïamvis causam hune suspicari, quam ipsam veram mavolo.
Qua
PHIDIPPUS.
Multo prius scivi, quam tu, illum amicam habere, Myr-
rhina :
Verum id vitium numquam decrevi esse ego adolescentiae , Nam id omnibus innatum 'st. At pol jam aderit, se quo-
que etiam quum oderit. Sed, ut olim te ostendisti, eamdem esse, nihil cessa visti
usque adhuc,
L'HÉCYRE. ACT. III. SCÈN. VI. 87
pour nous cacher à tous son accouchement, surtout puisqu'elle est accouchée à terme, et d'un bel enfant. Être assez opiniâtre pour vouloir détruire un fils qui devait ( vous le saviez bien ) serrer les nœuds de notre amitié, plutôt que de la laisser mariée à Pamphile contre votre gré ? J'avais jeté sur sa famille et sur lui la faute que vous avez commise.
MTRRHINE.
Je suis bien à plaindre.
PHIDIPPE.
Je voudrais en être persuadé. Mais présentement je me rappelle les discours que vous m'avez tenus autrefois, lorsque nous primes Pamphile pour gendre. Vous ne pouviez souffrir, me disiez-vous, que votre fille fut la femme d'un homme qui aimait une courtisane, et qui couchait hors de chez lui.
uyrrhine (à part).
Qu'il soupçonne tout ce qu'on voudra, plutôt que de deviner la vérité. Je suis contente.
PHIDIPPE.
Je savais avant vous, Myrrhine, qu'il avait une maîtresse ; mais je n'en ai jamais fait un crime à un jeune homme. C'est un penchant qui naît avec nous. Bientôt il la haïra et se haïra lui-même. Et vous, au contraire, êtes toujours telle que vous étiez; vous n'avez pas cessé un instant 4e travailler à séparer votre fille de son époux, à rompre un ma-
88 ttECYRA. ACT. III. SCEN. VI.
Ut filiam ab eo abduceres : neu, quôd ego egissem , esset
ratum :
Id nunc res indicium haec facit, quo pacto factum
volueris.
MYRRHINA
Adeon me esse pervicacem censés , oui mater siem , Ut eo essem animo, si ex usu esset nostro hoc matrimonium?
PHIDIPPUS.
Tun' prospicere, aut judicare nostram in rem quod sit,
potes ?
Audisti ex aliquo fartasse, qui vidisse eum diceret Exeuntem, aut introeuntem ad amicam. Quid turn postea , Si modeste ac raro hoc fecit? Nonne ea dissimulare nos Magis humanum est, quam dare operam id scire, qui
nos odérit?
Nam si is posset ab ea sese derepente avellere , Quicum tôt consuesset annos : non eum hominem du-
cerem , Nec virum satis firmum gnatae.
MYRRHIWA.
Mitte adolescentem , obsecro, Et quae me peccasse ais. Abi , solum solus conveni. Roga, velitne, an non, uxorem : si est, ut dicat velle se, Redde : sin est autem, ut nolit, recte ego consului meae.
PHIDIPPUS.
Si quidem ille ipse non vult, et tu sensisti esse in eo, Myrrhina ,
L'HÉCYRE. ACT. III. SCÈN. VI. 89 riage que j'avais fait. Ce que vous faites aujourd'hui prouve quel était votre dessein.
MYBBHINB.
Me croyez-vous "donc assez opiniâtre pour penser ainsi sur le compte de ma fille, si ce mariage nous était avantageux?
PHIDIPPB.
Êtes-vous capable de discerner, de juger ce qui nous est avantageux? Quelqu'un vous aura peut-être dit qu'il avait vu Pampbile entrer chez Bacchis, ou bien en sortir. Que nous importe, si ses visites sont peu fréquentes et secrètes ? n'estil pas plutôt honnête de fermer les yeux sur sa conduite, que de nous faire haïr en cherchante l'éclairer! D'ailleurs s'il était capable de rompre tout d'un coup une habitude de plusieurs années, je le regarderais comme une tête légère, et je compterais peu sur sa constance pour ma fille.
MYBBHINB.
Ne parlons plus, je vous prie, ni de ce jeune homme, ni des fautes que vous m'imputez. Allez le trouver» parlez-lui en particulier, demandez-lui s'il veut sa femme, ou s'il ne la veut pas. S'il dit qu'il la veut, rendez-la ; si au contraire il n'en veut pas, j'ai bien servi ma fille.
pbidippe.
S'il est vrai, ma femme, qu'il n'en veuille pas, si vous vous êtes aperçue que la faute est de son côté, j'étais ici, c'était
<jo HEC YRA ACT. III. SCEN. VI.
Peccatum : aderam , cujus consilio ea par fuerat prospici. Quamobrem incendor ira , esse ausam facere haec te in-
jussu meo.
Interdico , ne extulisse fcxtra aedes puerum usquam velis. Sed ego stultior, raeis dictis parère hanc qui postulem, Ibointro, atque edicam servis ne quoquam efferri sinant,
MYRRHINÀ.
Nullam pol credo mulierem me miseriorem vivere : Nam ut hic laturus hoc sit , si ipsam rem , ut siet , res-
civerit , Non aedepol clam me est : quum hoc quod levius est ,
tam animo iracundo tulit.
Nec qua via sententia ejus possit mutari , scio. Hoc mihi unum ex plurimis miseriis relliquum fuerat
malum , Si puerum ut tollam cogit , cujus nos qui sit nescimtis pater. Nam quum compressa est gnata, forma in tenebris nosci
non quita est :
Neque detractum ei est quidquam , qui possit post nosci
qui siet.
Ipse eripuit vi, in digito quem habuit, virgini abiens
annulum.
Simul vereor Pamphilus, ne orata nostra nequeat diutius Cetare , quum sciet alienum puerum tolli pro suo.
L'HÈCYRE. ACT. III. SCÈN. VI. gi
par mes conseils qu'on devait mettre ordre à tout. Aussi suis-je enflammé de colère que vous ayez osé vous conduire ainsi sans ma permission. Je vous défends de songer à faire emporter l'enfant hors de la maison. Mais je suis plus sot qu'elle, de prétendre qu'elle m 'obéisse. Je vais entrer et prescrire à mes esclaves de ne le point laisser sortir.
/ MYBBHIN£/*eufcJ.
Je ne crois pas, en vérité, qu'il y ait au monde une femme plus malheureuse que moi. S'il vient à découvrir la vérité de tout ceci, je vois quelle sera sa colère, par celle où l'a mis une chose moins grave. Je ne sais comment le faire changer de résolution. Pour mettre le comble à mes malheurs, il ne me manquerait plus que d'être forcée d'élever un enfant dont nous ne connaissons pas le père ; car, lorsque ma fille fut insultée, elle ne put le connaître dans l'obscurité, elle ne lui prit rien qui pût le faire découvrir par la suite. Il lui arracha au contraire, en s'en allant, l'anneau qu'elle avait au doigt. J'appréhende encore que Pamphile ne puisse pas garder le secret que je lui ai demandé, lorsqu'il saura qu'on élève comme sien l'enfant d'un autre.