‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 25 sur 154 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LACHES, PHIDIPPE, PAMPHILE.

L A C H fe S fa PhidippcJ.

Ne me disiez- tous pas tantôt que votre fille attendait mon fils pour rentrer au logis ?

PHIDIPPE.

Oui.

h A c h fe s (à Phidippe).

On dit qu'il est de retour : qu'elle revienne donc.

pamphile (à part) 1 ♦

Quelle raison donner à mon père de ce que je ne la reprends pas? Jh ne sais.

LACHfes.

Quientends-je parler ici î

pamphile fà part). Je suis déterminé à suivre constamment le parti que j'ai pris.

l A c h fe s (à PhidippcJ. '

C'est mon fils dont je vous pariais. '

PAMPHiLE/à Lâchés).

Bonjour, mon père.

IrACH^S.

Bonjour, mon fils.

PHIDIPPE.

Je suis charmé, Pamphile, de vous voir de retour, surtout sain et sauf et bien portant.

PAMPHILUS.

Creditur.

LACHES

Advenis modo ?

PAMPHILUS.

Admodum.

LACHES

Cedo, quid reliquat Phatfia Consobrinus noster?

PAMPHILUS.

Sane hercle homo voluptati obsequens Fuit, dùm vixit ; et qui sic sunt, haud multum haeredem

juvant* Sibi verohanc laudem relinquunt : vixit, dum vixit, bene.

LACHES

Tum tu igitur nihil adtulisti hue plus uua sententia?

PAMPHILUS» f

Quidquid est id quod reliquit, profuit.

LACHES

Immo obfuit :

Kam fllum vivom et salvom vellem.

PHIJDIPPUS.

Impune optare istuc licet.

Ille reviviscet jam numquam : et tamçn utrum malis , scio.

LACHES

Heri Philumenam ad se arcessi hic jussit. Die jussisse te.

PHIDÏPPUS.

Moli fodere. Jjissi.

L'HÉCYRE. ACT. III. SGÈN. V. 77

P AMP H ILE.

J'en suis persuadé.

LACHES

Ne faites-vous que d'arriver?

PAMPHILE

A l'instant.

Dites-moi donc : combien nous laisse le cousin Phanie Y

PAMPHILE

Ma foi c'était un homme qui toute sa vie s'est donné du bon temps, et ceux qui vivent ainsi n'enrichissent pas beaucoup leurs héritiers. Mais après eux ils laissent cet éloge : Tant au'iL a vécu ,ila vécu heureux.

LACHES

Vous ne nous rapportez donc rien de plus que cette belle sentence?

PAMPHILE

Le peu qu'il a laissé nous profite.

LACHES

Nous nuit au contraire; car je voudrais qu'il tût encore vivant et en bonne santé.

phidippe.

Vous pouvez impunément faire ce souhait, car il ne ressuscitera pas. Je sais pourtant bien lequel vous aimez le mieux.

LACHES

Hier, Phidippe que voilà fit venir Philumène chez lui. (Bas à Phidippe en le poussant. ) Dites que vous la ftte$ venir.

phidippe (tout bas h Loches).

Ne m'enfoncez pas les côtés. (Vaut. ) Oui, je l'ai fait venir.

7 8 HECYRA. ÀCT. III. SCEN. V.

Sed eam jam remittet.

PHIDIPPUS.

Scilicet.

PAMPH1LUS,

Omnem rem scio , ut sit gesta : adveniens audivi omnia.

LACHES

Àt istos invidos di perdant , qui haec libenter nuntiant.

PAMPHILUS.

Ego me scio cavisse, ne ulla merito contumelia Fieri a vobis posset : idque si nunc memorare hic veKm, Quam fideli animo, et benigno in illam, et démenti fui, Vére possum : ni te ex ipsa haec magis velim resciscere. Namque eo pacto maxume apud te meo erit ingenio fidçs, Cum illa, quae nunc in me*iniqua est , aequa de me dixerit. Neque mea culpa hoc discidium evenisse , id testor deos. Sed quando sese esse indignam députât matri meae, Cui concédât, cujusque mores toleret sua modestia: Neque alio pacto componi potest inter eas gratia : Segreganda aut matera me est , Phidippe , aut Philumena. Nuilc me pietas matris potius commodum suadet sequi.

LACHES

Pamphile, haud invito ad aures sermo mihi accessit tuus» Quum te postputasse omnes res prae parente intèllego , Verum vide, ne impulsus ira, prave insistas,' Pamphile.

pamphilxjs.

Quibus iris impulsus nunc in illam iniquus siem ? Quae nunquam quidquam erga me commenta st, paÇer,

L'flÉGTBE. ACT. III. SCËN. V. "79

Mais II va nous la renvoyer.

'phidippe.

Assurément.

PAMPHILE

Je sais toute l'affaire, et comment elle s'est passée. En arrivant on m'a tout appris.

LACHJSS.

Que les dieux confondent les méchants qui ont tant de plaisir à conter les mauvaises nouvelles.

PAMPHILE

Je sais les précautions que j'ai prises pour ne mériter aucuns reproches de votre part. Et si je voulais vous raconter avec quelle tendresse, quelle bonté, quelle douceur je l'ai traitée, je le pourrais sans blesser la vérité : mais j'aime bien mieux que vous appreniez tout cela d'eHe-même. Vous serez mieux persuadé de la bonté de mon caractère, lorsque votre fille, qui me déteste présentement, en rendra témoignage. J'atteste aussi les dieux que ce divorce n'est pas arrivé par ma faute. Mais puisqu'elle croit qu'il est au-dessous d'elle d'avoir de la complaisance pour ma mère, et de supporter son humeur avec modération ; puisqu'il n'y a pas d'autre moyen d'établir la bonne intelligence entre elles, il faut, Phidippe, que je me sépare ou de ma mère, ou de Philumène. Dans cette alternative la tendresse filiale me conseille de prendre le parti de ma mère.

LACHES

Mon fils, ce que, je viens, d'entendre ae me déplaît pas. Je vois par là que vous préférez votre mère à tout. Mais prenez garde que ce ne jboU la colère qui vous fasse choisir ce mauvais parti.

Quelle colèfè nommerait, mon père, contre une épouse

Quod nollem : et saepe , quod vellem , meritam scia, Amoque, et laudo, et vehementer desidero.

Nam fuisse erga me miro ingenio, expertus sum : lllique exopto, ut relliquam vitam exigat Cum eo viro, me qui sit fortunatior, Quandoquidem illam a me distrahit nécessitas.

PHIDIPPUS.

Tibi id in manu est, ne fiât.

LACHES

Si sanus sies, Jubé illam redire.

PAMPHILUS.

Non est consilium , pater :

Matris servibo commodis.

LACHES

.t Quo abis? Mane,

Mane, inquam : quo abis? -

PHIDIPPUS.-

Quae haec est pertinacia?

LACHES

Dixin', Phidippe , hanc rem aegre laturum esse eum ? Quamobrem te orabam, ut filiam remitteres.

PHIDIPPUS.

Non credidi aedepol adeo inhumanum fore. Ita nunc is sibi me supplicaturum putat?

Si est, ut velit reducere uxorem, licet :

Sin alio est animo, renumeret dotem hue; eat.

LACHES

Ecce autem ! Tu quoque protçr , e ir^cundus es»

L'flÉCYRE. ACT. III. SCÈN. V. 81

qui n'a jamais rien fait, qui pût me déplaire, et qui souvent a fait ce qui pouvait m'être agréable? Je l'aime, je l'honore, je la désire ardemment, car j'ai éprouvé de sa part une tendresse étonnante. Aussi je souhaite qu'elle passe. ses jours avec un homme qui soit plus heureux que moi, puisque je suis forcé de me séparer d'elle.

PHIDIPPE.

Il dépend de vous que cela n'arrive pas.

v LACHES.

Si vous êtes sage, faites-la revenir.

PÀMPHILE.

Mon père, ce n'est pas là mon dessein. Je veux procurer la satisfaction de ma mère. (Il sort.)

LACHES

Où allez-vous ? Restez, restez, vous dis -je. Où allez- vous?

PHIDIPPE.

Quelle obstination est-ce là ?

LACHES

Ne vous avais-je pas bien dit, Phidippe, que ceci le fâche-» rait ? Voilà pourquoi je vous priais de renvoyer votre fille.

PHIDIPPE.

En vérité, je n'ai pas cru qu'il serait aussi dur. S'imaginei-il donc que je vais le supplier ? S'il veut reprendre sa femme, il le peut ; s'il ne le veut pas , qu'il me rende la dot, et qu'il aille se promener. * '

LACHES

En voici d'un autre. La colère vous transporte aussi, 10. < §

PHIDIPPUS.

Percontumax redisti hue nobis, Pamphile.

LACHES

Decedet jam ira haec, etsi merito iratus est.

PHIDIPPUS.

Quia paululum vobis accessit pecuniae, Sublati animi sunt.

LACHES

Etiam mecum Ktigas?

PHIDIPPUS.

Deliberet, renuntietque hodie mihi, Velitne, an non : ut alii, si huic non sit, siet.

LACHES

Phidippe , ades , audi paucis. Abiit : quid mea ? Postremo inter se transigant ipsi , ut lubet , Quando nec gnatus, neque hic mihi quidquam obtempérant :

Quae dico, parvi perdunt Porto hoc jurgium Ad uxorem , cujus haec fiunt consilio omnia : Atque in eam hoc omne , quod mihi aegre'st, evomam»

SCENAVr.

- MYRRHINA, PHIDIPPUS.

MYRRHINA

P e r 1 1 ! Quid agam ? Quo me vortam ? Quid viro meo r«§pondebo

L'flÉCYRE. ACT. III. SCÈN. VI. 83

PHIDIPPE.

Pamphile, tous nous avez rapporté bien de l'arrogance.

LACHES

Sa colère se passera, quoiqu'il ait raison d'être fâché.

PHIDIPPE.

Parce que vous avez fait un petit héritage, vous êtes devenus bien fiers.

LACHES

Quoi, vous me querellez aussi P

PHIDIPPE.

Qu'il fasse ses réflexions, et me déclare aujourd'hui s'il la veut ou non ; afin qu'on la donné à un autre si elle ne peut être à lui.

l A c h fe s (à Phidippe qui part).

Phidippe, demeurez, écoutez deux mot*. Il est parti ; que m'importe ? Qu'ils s'arrangent entre eux comme ils voudront, puisque ni mon fils, ni Phidippe ne veulent en rien suivre mes conseils, puisqu'ils ne font point de cas de ce que je dis. Je vais porter cette querelle à ma femme, c'est elle qui conseiHe tout ceci. Je vais répandre sur elle tous mes chagrins.

l PB frr

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