‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 28 sur 154 · SOSTRATA, PAMPHILE · texte numérisé non relu

SOSTRATA, PAMPHILE

SO STRAT A

V ous ayez beau dissimuler, mon fils ; je le vois bien, vous me soupçonnez d'avoir chassé votre femme par mon humeur. Mais puissent les dieux m'être propices, puissé-je recevoir de vous la consolation que j'en attends, comme il est vrai que jamais je n'ai rien fait de propos délibéré, qui pût mériter qu'elle me prit en aversion. J'étais déjà persuadée combien vous in' aimez, mais vous m'en donnez une nouvelle preuve ; car vptre père vient de me raconter à la maison * comment vous m'avez préférée à l'objet de votre amour. Je suis résolue à vous rendre la pareille aujourd'hui, afin de vous faire connaître que je sais récompenser la tendresse d'un fils. Mon cher Patnphile, je crois qu'il est utile, et pour vous, et pour ma réputation , que je me retire à la campagne avec votre père. J'y suis déterminée. Je ne veux pas que ma présence, ni aucune autre raison, puisse empêcher Philumène de revenir avec vous.

PAMPHILUS.

Quaeso , : quid istuc consilii est ?

Illius stultitia victa , ex urbe tu rus habitatum migres ? Non faciès : neque sinam, ut, qui nobis, mater, maie-

dictum velit, Mea pertinacia esse dicat factum , haud tua modestia. Tumtuas arnicas te, et cognatas deserere, et festos dies, Mea causa, nolo.

SOSTRATA

NiM jam mihi istaec res voluptatis ferunt :

Dum aetatis tempus tulit, perfuncta satis sum : satias jam tenet

Studiorum istorum : haec mihi nunc cura estmaxuma, ut ne oui meae

Longinquitas aetatis obstet , mortemve expectet meam\

Hic video me esse invisam immerito : tempus est concédera.

Sic optime, ut ego opinor, omnes causas praecidam omnibus :

Et me hac suspicione exsolvam, et illis morem gessero.

Sine me, obsecro, hoc effugere , volgus quod maie audit mulierum.

PAMPHILUS.

Quam fortunatus caéteris sum rébus, absque una hac

foret , Hanc matrem habens talem , illam autem uxorem !

SOSTRATA

Obsecro , mi Pamphile',

L'HÉCYRE. ACT. IV. SCÉN. I. g5

PAMPHILE

Quelle résolution est-ce là, je vous prie? Quoi, pour la sottise de Philumène, quitter la ville et vous en aller demeurer à la campagne ? 11 n'en sera rien. Je ne souffrirai pas, ma mère, que nos ennemis disent que cette retraite est l'effet de mon opiniâtreté et non de votre complaisance. D'ailleurs que vous abandonniez, pour l'amour de moi, vos amis, vos parentes et nos fêtes ; je ne le veux pas.

SOSTRATA

Tout cela, mon fils, n'a plus rien qui me plaise. Tant que l'âge me l'a permis j'ai assez joui de ces amusements. Présentement, j'en suis lasse. Le premier de mes soins aujourd'hui est que ma vieillesse n'incommode personne, qu'on n'attende point ma mort. Je vois qu'on me hait injustement ici. Il est temps de me retirer. C'est le meilleur moyen, à ce que je crois, d'ôter à tout le monde tout sujet de -me haïr, d'effacer les soupçons qu'on a conçus contre moi, et de contenter certaines gens. Laissez-moi, je vous prie, me dérober aux reproches qu'on fait au commun des femmes.

PAMPHILE

Sans un seul point je serais heureux en tout, avec une mère telle que la mienne, et une femme. ...

SOSTBATA.

Je vous en conjure, mon cher pamphile, ne vous persua-

Non tute incommodam rem, ut quaeque est, in animum

inducas pati.

Si caetera sunt ita , ut vis , ita que ut esse ego illam

existimo ,

Mi gnate, da veniam hanc mihi : reduce illam.

PAMPHILUS,

Vae misero mihi!

SOSTRATA

Et mihi quidem : nam haec res non minus me maie habet quam te, gnate mi.

SCENA IL

LACHES, SOSTRATA, PAMPHILUS.

LACHES

Que m cum istoc sermonem habueris, procul hinc stans

accepi, uxor.

Istuc est sapere, qui, ubicumque opus sit, animum

possis flectere, Quod faciendum sit post fortasse, idem hocnunc sife-

ceris.

SOSTRATA

Fors fiiat pol\

LACHES

Abi rus ergo hinc : ibi ego te , et tu me feres.

L'HÉCYRE. ACT. IV. SCÈN. II. 97

dez pas que votre femme soit plus insupportable qu'une autre, Si elle a d'ailleurs, comme j'en suis persuadée, toutes les qualités que vous désirez, faites-moi le plaisir de la mprendre.

PAXPBILE*

Que je suis malheureux !

SOSTHÀTÀ.

Et moi aussi ; car tout ceci ne m'afflige pas moins que tous , mon cher fils.

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