SCENE III
PHIDIPPE, LACHES, PAMPHILE. '
phidippe (vert $a maison).
Je suis, ma foi, fort en colère contre tous auWi, Phth-» mène : vous avez fait là une chose honteuse ; il est vrai que votre mère en est cause, c'est elle qui vous y a portée : pour elle rien ne l'excuse*
LACHfcs (à Phidippe).
Phidippe, je vous trouve fort à propos.
phidippe.
Qu'ya-t-il?
pamphile (à part). Que leur réporidrai-je, et comment garder le secret ?
lâchés (à Phidippe).
Dites à notre fille que Sostrata s'en va demeurer à la cain- * pagne, et qu'elle peut revenir sans crainte à la maison.
PHIDIPPE.
Ah! votre femme n'a aucun tort en cette affaire, c'est la
102 HECYRA. ACT. V. SCEN. 111.
Nullam de his rébus culpam commeruit tua :
À Myrrhina haec sunt mca uxore exorta omnia.
Mutatip fit 2 : ea nos perturbât , Lâches.
PAMPHILTJS.
Dum ne reducam, turbent porro quam velint.
PHIDIPPUS.
Ego, Pamphile, esse inter nos, si fieri potest, Adfinitatem hanc sajie perpetuam volo :
Sin est, ut aliter tua siet sententia, - Accipias puerum.
PAMPHILUS.
Sensit peperisse : occidi.
LACHES
Puiemim ? Quem puerum ?
? ■ '. ' PHIDIPPUS.
• Natus est nobis repos.
Nam abducta a vobis praegnans fuerat filia , Neque fuisse praegnantem unquam ante hune scivi diem.
Bene, ita me di ament, nuncias; et gaudeo.
Natum illum, et tibi illam salvam : sed qtijd raulieris Uxorem habes? a^it ^ibjis moratam moribus?
Kosne hoc cdatos tamdiu? Nequeo satjs, Quam hoc mihi videtur factum praye, proloqui.
PHIDIPPUS.
Non tibi illud 3 factum minus placet, quam «lihi ,, Lâches.
PAMPHILUS.
Etiamsi dùdum fuerat ambiguum hoc mihi :
Nunc non est, quom eam consequitur alienus puer.
L'HÉCYRE. ACT. IV. SCEN. III. io3
mienne qui a fait tout le mal. Vous prenez le change. C'est elle qui nous brouille.
pamphile (àpartj.
Pourvu que je ne la reprenne pas, qu'ils se brouiifenf ttnt qu'ils voudront.
pbidippk (à PhamphiU).
Pour moi, Pamphile, je désire que notre alliance soit durable, s ? il est possible ; si vous pensez différemment, prêtiez l'enfant. '"" : li,J " '
pamphile (à part).
Il sait qu'elle est accouchée : je suis perdu.
l A c h fe s (à Phidippe).
L'enfant ? quel enfant ?
PHIDIPPE.
11 nous est né un petit-fils; ma fille était grosse q^nd^lle sortit de chez vdus, et je q'ett , ai ii$n su qu'aujo^d'JiijuV
LACHAS. .
Voas nvapprenez-lk, en vérité* ha© i>omie npuveljç/ Je suis charmé de 4a naissance de l'enfant, et dç l'heu^reu^ /délivrance de la mère. Mais quelle espèce de femme avez-vpus donc ? Quel est son caractère ? Nous avoir caché cela aussi long-temps ? Je ne puis exprimer combien je trouve son procédé mauvais.
. *. * P^iPIPjPJÇ. . ,
Il ne me déplaît pas mpins qu'£ vous/ mon ctyer J*aphè<- VAH9UIL* {àpartj.
J'étais iaJ^db; tantôt de r ce que.fayftjt^&tafe 'll;u'y afhis à balancer pr^nfeifleïU qu elle^nj^ne v à { s# } sojfp t iw enfant dont je ne suis jpas le père.
io4 HECYRA, ACT. IV- SCEN. ltl.
LACHES
Nul la tibi, Pamphile, hic jam consultatio est.
PAMPHILUS.
ï>erii!
LACHES
Hune videre saepe optabamus diem , Quom ex te esset aliquis, qui te appellaret patrem. Evenit : habeo gratiam dis.
PAMPHILUS.
Nullus sum!
LACHES
fteduc uxorem, ac noli adversari mihi.
Pater , si illaex me liberos vellet sibi,
Âut se «ssë mecttm miptam : satis certo scio 9
Non me clam haberet, quod celasse intelligo.
Nunc, quum ejus alienum esse a me animum sentiam f
Nec conventurum inter nos posthac esse arbitror,
Quamobrem reducam?
LACHES
Mater quod suasit sua , Àdolescens mulier fecit. Mirandumne id est ?
Censen te posse reperire ullam mulierem , Quae careat culpa? An quia non delkiquunt viri?
PH1DIPPUS.
Vosmet videte jam. Lâches, «t tu Pamphile, Remissan opus sit vobis , an reducta domum.
Uxor quid faciat y in manu non est mea :
t'HÉCYRE. ACT. IV. SCÈN. III. io5
LACHES
Vous ne devez plus délibérer, mon fil».
pamphile (àpart).
Je suis perdu !
LACHES
Nous avons souvent désiré le jour où il naîtrait dé vous un enfant qui pût vous appeler son père ; le voilà arrivé, j'en rends grâces aux dieux.
pamphile fà part).
Je suis mort !
Reprenez votre femme, et ne me contrariez plus. pamphile (à Lâchés).
Mon père, si elle était bien aise d'avoir des enfants avec moi et de demeurer ma femme, certainement elle ne m'aurait pas caché sa grossesse, comme je vois qu'elle a fait. Puisque je m'aperçois qu'elle ne m'aime point, et que jamais nous ne vivrons bien ensemble, pourquoi la reprendrais-je?
LACHES
Cette jeune jeune femme a fait ce que sa mère lui a conseillé. Cela est-il étonnant ? Groyez-vous trouver une femme qui ne commette aucune faute ? Est-ce que les hommes n'en font jamais ?
phidtppe.
Examinez ensemble, Lâchés et vous Pamphile, s'il vous est avantageu* de la répudier, ou de la reprendre. Je ne suis pas le maître de ce que fait ma, femme. Vous ne trouverez
io6 HECYRA. ACT. IV. SCEN. III.
Neutra in re vobîs difficultas a mè erit.
Sed quid faciemus puero?
LACHES
Ridicule rogas :
Quidquid futurum est , huic suum reddas scilicet, Ut alamtis nostruip.
PAMPHILUS.
Quem ipse neglexit pater , Ego alam?
Quid dixti ? Eho ! an non alemus , Pamphile ? Prodemus, quaeso potius? Quae haec amenda est? Enimvero prorsus jam tacere non queo :
Nam cogis ea, quae nolo, ut praesente hoc loquar. Ignarum censés tuarum lacrumarum esse me ?
Aut, quid sit id, quod sollicitere ad hune mpdum? Primum , hanc ubi dixti causam , te propter tuam Matrem non posse habere hanc uxorem domi :
Pollicita est ea r se concessuram ex aedibus. Nunc, postquam ademptam hanc quoque tibi causam
vides , Puer quia clam te est natus, nactus akeram es. Erras, tui animi si me esse ignarum putas.
Aliquando tandem hue animum ut adjungas tuum, Quam longum spatium amandi amicam tibi dedi ? Sumptus, quos fecisti in eam, quam animo aequo tuli? Egi, atque oravi tecum, uxorein ut, dacgr.es : Tempus dixi esse >: impulsu duxisti meo.
L'HÈCYRE. ACT. IV. SCfeN.'II-L 107 nulle difficulté de ma part pour l'un ou l'autre parti. Mais que ferons-rnous de l'enfant ?
LACHES
La question est ridicule. Quelque chose qui arrive, vous lui rendrez son fils sans doute; nous le nourrirons, il est à nous.
pamphile (àpartet tout bas).
Un enfant que son père abandonne (avec colère), je le nourrirais ?
lâches (entendant {es derniers mots).
Qu'avez-vous dît? Quoi! Pamphile, nous ne l'éleverions pas? Nous l'exposerions plutôt, je vous prie ? QneHe est votre extravagance? Enfin je ne puis me tains plus long- temps. Vous me forcez à dire, en présence. de Phidippe, ce que je voudrais cacher. Croyez-vous que^j 'ignore le sujet de vos larmes et la cause du trouble où vous voilà ? Premièrement, lorsque vous avez dit pour vos raisons que vous ne pouviez garder votre femme au logis, par égard pour votre mère, elle a promis d'en sortir. À présent que ce prétexte vous est ôté, vous en cherchez un autre, et c'est parce qu'elle est accouchée à votre insu. Vous vous trompez si vous croyez que a je ne connaisse pas le fond de votre cœur. Dans le dessein de vous amener un jour à songer au mariage, combien de temps vous ai - je laissé vivre avec une maîtresse ? Avçc quelle douceur ai-je souffert les dépenses que vous faisiez pour elle ? Je vous ai sollicité, je vous ai prié de vous marier, je vous ai représenté qu'il en était temps. Vous vous êtes rendu a ma prière. En m'obéksant vous avez fait votre devoir. Aujourd'hui vous reportez votre tendresse à une
io8 HECYRA. ACT. IV. SCEN. III.
Quae tum , o&secutus mihi , fecisti ut decuerat. Nunc animum rursum ad meretricem induxti tuutfi ; Cui tu obsecutus, facis huic adeo injuriam:
Nam in eamdem vitam te revolutum dentto Video esse.
PAMPHILUS.
Mené ?
LACHES
Te ipsum. Et facis injuriam, Quum fin gis falsas causas ad discordiam, Ut cum illa vivas, testem hanc quom abs W âmoveris. Sensitque adeo uxor : nam ei causa alia quae fuit, Quamobrem abs te abiret?
PHJDIPPUS*
* Plane hic divinat : nam id^st.
PAMPHILUS.
Dabo jusjurandum , nihil esse istorum, tibi.
Ah, Reduc uxorem : aut, quamobrem non opus sit, cedo.
PAMPHILUS.
Non est nunc tempus.
LACHES
Puerum accipias : nam is quidem In culpa non est. Post de matre videro.
PAMPHILUS.
Omnibus modis miser sum : nec , quid agam , scio : t Tôt me nunc rébus miserum concludit pater.
courtisane ; c'est pour lui plaire que vous manquez à votre femme. Vous voilà de nouveau plongé dans le même désordre, je le vois bien.
PAMPHILS.
Moi?
LACHES
Vous-même. Et vous faites une injustice quand vous cherchez des prétextes pour rompre avec elle, afin de vivre avec Bacchis lorsque vous aurez éloigné ce témoin de votre libertinage. Elle s'en est bien aperçue votre femme. Car quel autre sujet aurait-elle de vous quitter?
PHIDIPPE.
Il devine juste. C'est cela même.
Je suis prêt à vous jurer qu'il n'est rien de tout ce que vous dites.
LACHES
Reprenez votre femme, ou dites ce qui vous en empêche.
PAMPHILE
11 n'est pas encore temps.
LACHES
Prenez au moins l'enfant : car pour lui on n'a rien à lui reprocher. A l'égard de la mère, nous verrons ensuite.
pamphile (en s 9 éloignant).
Je suis malheureux de toutes manières ; je ne sais à quoi me résoudre. Mon père me presse dé tant de côtés que je n'ai point de ressource, Je m'en vais ; je gagne si peu à rester
no HECYRA. AGT. IV. SCEtf. III.
Àbibo hinc, praesens quando promoveo parum :
Nam puerum injussu, credo, non tollent raeo, Praesertim in ea re quom sit mihi adjutrix socrus.
L4CHES
Fugis? hem! Nec quidquam certi respondes mihi? Num tibi videtur esse apud sese ? Sine :
Puerum , Phidippe , mihi cedo ; ego alam.
PHIDIPPUS.
Maxumeî Non mirum fecit uxor mea , si hoc aegre tulit. Amarae mulieres sunt, non facile haec feront: Propterea haec ira est 6 : nam ipsa ftarravit mihi. Id ego , hoc praesente , tibi nolebam dicere : Neque illi credebam primo : nunc vero palam est. Nam omnino abhorrere animum huic video a nuptiis.
Quid ergo agara, Phidippe? Quid das consiiii?
PHIDIPPUS.
Quid agas? Meretricem hanc primum adeundam censeo, Oremus, accusemus gravius, denique Minitemur, si cum illo habuerit rem postea.
LACHES
Faeiam ut mon*s : eho puer, curre ad Bacchidem hanc Vicinatti nostram , hue «vota verbis mets.
Et te oro porro in hac re adjutor sis mihi.
PHIDIPPUS.
Ah, Jamdudum dixi, idemque nunc dîco, Lâche,
I/IIÈCYRE. ACT. IV. SCÈN..III. ni ici. Pour l'enfant, j'espère qu'ils ne l'éleveront pas sans mon aveu, surtout puisqu'en cela ma belle -mère est de mon parti.
l a c h fe s (à Pamphite qui part).
Vous fuyez? Quoi, vous ne me donnez aucune réponse positive ? (A Phidippe.) Croyez-vous qu'il soit en son bon sens? Laissez faire, Phidippe, donnez-moi l'enfant, je le nourrirai, moi.
PHIDIPPE.
Très-volontiers. Je ne suis point étonné que mon épouse n'ait pu souffrir ce dérèglement. Les femmes prennent de l'humeur, et sont difficiles sur cet article. Voilà d'où vient sa colère, car elle me l'a dit. Je ne voulais pas vous en parler en présence de votre fils, et même je n'en croyais rien d'abord. Mais présentement c'est une chose claire ; car je vois qu'il a le mariage en horreur.
LACHAS.
Que dois* je donc faire, Phidippe ? Quel conseil me donnez-vous ?
phidippe.
Ce que vous devez faire ? Je crois qu'il faut que nous allions trôuVer cette BaCchis, que nous employions auprès d'elle les prières, les reproches, enfin les menaces, si elle reçoit davantage votoe fils...
LACHES
Je suivrai votre conseil. (Vers sa maison. ) Holà, petit garçon (au valet qui sort), va vite chez cette Bacchis notre voisine ; prie-là de ma part de venir ici. (A Phidippe). Et vous, Phidippe, je vous prie de m'aider en cette affaire.
PHIDIPPE.
Ah Lâchés, je vous l'ai déjà dit, JeYous'lerépète encore, je désire que notre alliance date toujours, si la chose est
u» HECYRA. ACT. IV. SCEN. IV.
Manere adfinitatem hanc inter nos volo, Si ullo modo est ut possit, quod spero fore.
Sed visne adesse me una, dum istara convenis?
v LACHES.
Immo vero abi : aliquam puero nutrîcem para.
SCENA IV