PROLOGUE
XjE vieux poète, voyant qu'il ne peut arracher Térence au travail , et le porter à l'oisiveté, tâche, par ses médisances» de le détourner de la composition. Les pièces que Térence a données jusqu'à présent, dit-il sans cesse, sont trop simples et d'un stile faible. Et cela parce que notre auteur n'a pas mis sur la scène un jeune extravagant, qui s'imagine voir une biche qui fuit, des chiens qui la poursuivent, la malheureuse pleurer et le supplier de la secourir. Si ce vieux poète savait que, quand une telle pièce réussit dans sa nouveauté, elle dut son succès, plutôt au jeu des acteurs qu'à son propre mérite, il attaquerait Térence avec moins d'audace. S'il se trouvait ici quelqu'un qui pensât ou qui dît, si le vieux poète n'avait pas attaqué le nouveau, Térence n'aurait pu trouver le sujet d'un prologue , puisqu'il n'aurait eu personne à qui dire des injures. On lui répondrait, le prix delà poésie est proposé à tous ceux qui travaillent pour le théâtre. Le vieux poète a voulu ôter toute ressource à notre auteur» en le détournant de l'occupation qui le fait vivre. Térence a voulu se défendre, et non l'attaquer. S'il avait engagé un combat de politesse, on lui répondrait avec honnêteté. 11 doit reconnaître qu'on n'a fait que lui rendre les coups qu'il a portés. Je n'en dirai pas davanlage sur cet homme, quoiqu'il ne mette point de fin à ses invectives.
i 7 6 PROLOGUS.
Nunc quid velim, animum attendite. Adporto novam.
Epidicazomenon quam vocant comoediam
Graeci : latini Phormionem nominant :
Quia primas partes qui aget, is erit Phormio
Parasitus, per quem res agetur maxume.
Voluntas vostra si ad poetam accesserit,
Date operam : adeste aequo animo per silentium :
Ne simili utamur fortuna, atque usi sumus,
Quom per tumultum 6 noster grex motus loco est.
Quem actoris virtus nobis restituit locum ,
Bonitasque vestra adjutans, atque aequanimitas.