‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 75 sur 154 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

DEMIPHON, GETA, PHORMION, HÉGION, CRAT1NUS, CRITON.

demiphon (à Hégion 3 Cratinus et Criton).

â-t-on jamais fait à qui que ce soit un affront plus sanglant que celui que j'ai reçu ? Secourez-moi, je vous prie.

g b t A (à Phormion).

Il est en colère.

phormion (bas à Geta).

Paix, tais-toi. Je vais lé mener bon train. (Très- haut.) Grands dieux ! Demiphon soutient -que Phanie n'est pas sa cousine ? Il ose soutenir qu'elle n'est pas sa cousine ?

geta (faisant semblant de ne point voir son maître). Sans doute.

PHORMION

Et qu'il ne connaissait pas son père ?

GETA

Sans doute.

d je m i p h o n Y^ ^^ amis).

C'est, je crois, celui dont je vous parlais. Suivez-moi.

a54 PHORMIO. ACT. II. SCEN. IL

PHORMIO.

Nec Stilphonem ipsum scire qui fuerit?

GETÀ.

Negat. N

PHORMIO.

Quia egens reliota est misera, ignora tur parens : Negligitur ipsa. Vide avaritia quid facit !

GETA

Si herum insimulabis avaritiae, maie audies.

BEMIPHO.

O audaciam! Ëtiam me ultro accusatum advenit?

PHORMIO.

Nam jam adolescent! nihil est quod succenseam', Si illura minus norat : quippe homo jam grandior, Pauper , cui opéra vita erat , ruri fere Se continebat : ibi agrum de nostro pâtre Colendum habebat, saepe intjerea mihi senex Narrabat, se hune negligere cognatum suum ; At quem virum ! quem ego viderim in vita optumum.

GETA

Videas te, atque illum, ut narras 3 .

PHORMIO.

; Abi in malam crucem

Nam ni ita eum exisitimassem , numquam tam graves Ob hanc inimicitias c^tperem in vostram famfliam , Quam is aspernatur nunc tam illiberaliter.

GETA

Pergin hero absenti maie loqui, impurissume?

LE PHO'RMION. A€T. H. SCÈN. IL *35

PHORMION

Et qu'il ne connaissait pas Stilphon ?

get À.

Sans doute.

phormion [moins vivement , avec un ton de cpmpassion). Parce que la malheureuse est restée pauvre, on ne connaît plus son père ; on la méprise» Voyez ce que fait l'avarice !

g eta [avec colère). , v

Si tu accuses mon maître d'avarice, tu te feras dire des choses qui ne te plairont pas.

d e m i p h o n (à ses amis).

l'effronté! De lui -même ne vient- il pas encore m'accuser ?

PHORMION

Pour le jeune homme, j'aurais tqrt de lui en vouloir de ce qu'il ne l'a pas connu : car c'était un homme fort âgé, un homme pauvre, qui vivait de son travail, et demeurait presque toujours à la campagne. 11 y labourait un champ qu'il tenait de mon père : ce vieillard me disait souvent que son cousin le méprisait. (Avec emphase.) Quel homme cepen* dant ! le plus honnête homme que j'aie vu de ma vie.

GET A

On verrait que toi et lui, à t'en tendre....

Va-t-en au diable. Si je ne l'avais pas cru aussi honnête homme, je ne me serais jamais exposé à toute l'inimitié de votre famille, en protégeant sa fille, que ton maître méprise si indignement.

GETA

Continueras-tu, misérable, de mal parler de mon maître en son absence?

«36 PHORMIO. ACT. IL SGEN. II.

PHORMIO.

Dignura autem hoc illo est.

G ETA

Ain tandem, carcer?

BEMIPHO.

Geta.. .

GETA. '

Bonorum extortor, legum contortor.

demipho.

Geta.

PHOJIMIO.

Responde.

GETA

Quis homo est? Ehem.

Tace.

GETA

Absenti tibi Te indignas, seque dignas contumelias Numquam cessavit dicere, hodie.

DEMIPHO.

Ohe, desine.

Adolescens, primum abs te hoc bona vènia peto, Si tibi placere potis est, mihi ut respondeas : Quem amicum tuum ais fuisse istum ? Explana mihi, Et qui cognatum me sibi esse diceret.

PHORMIO.

Proindeexpiscare, quasi non nosses 4 .

PHORMION. '

Je le traite comme il le mérite.

GBTA.

Tu dis enfin, scélérat?

bemiphon (appelant GetaJ.

Gela.

g e t A (sans répandre à DemiphonJ* Escroc, faussaire.

DEMIPHON.

Geta.

phormion (bas).

Réponds-lui.

geta (se retournât vers Demiphon).

Qui est-ce qui ?. . . . Ah.

DEMIPHON.

Tais-toi.

GETA

D'aujourd'hui, pendant votre absence, il n'a cessé de vomir contre vous des injures qui lui conviennent bien mieux qu'à vous.

demiphon (à Geta).

Allons, en voilà assez. (A Phormion, avec une douceur contrainte et ironique.) Jeune homme, je vous prie d'abord, sous votre bon plaisir, si cela peut vous être agréable, de vouloir bien me répondre. Quel était cet homme que vous dites avoir été votre ami ? Expliquez-moi un peu cela, et comment il prétendait être mon parent.

phormion (à Demiphon).

Venez donc me tirer les vers du nez, comme si vous ne l'aviez pas connu.

DEMIPHO.

Nossem ?

PHORMIO.

Ita.

DEMIPHO.

Ego me nego: tu, qui ais, rédige in memoriam.

Eho! Tu sobrinum tuuin non noras?

DEMIPHO.

Enicas:

Die noinen.

PHORMIO.

Noraen? Maxume.

DEMIPHO.

Quid nunc taces?

PHORMIO.

Perii hercle! Nomen perdidi.

DEMIPHO.

Hem, qmid ais?

' PHORMIO.

Getâ, Si meministi id quod olim dictum est, subjice. Hemî Non dico. Quasi non noris, tentatum advenis.

DEMIPHO.

Egone autem tento?

GETl.

Stilpho.

LE PHORMION. AÇT. IL SCÈN. IL 23g

DEMIPHON.

Moi, je l'ai connu?

Assurément

DEMIPHON.

Je soutiens, moi, que je ne l'ai pas connu. Vous qui assurez le contraire, faites m'en ressouvenir.

phormion (d'un air étonné). ,

Gomment ! vous ne connaissiez pas votre cousin ?

DEMIPHON.

Vous m'impatientez. Dites- moi son nom.

PHORMION

Son nom ? Très-volontiers.

demiphon (après avoir un peu attendu)* Que ne le dites-vous ?

phormion (tout bas).

Ma foi, je suis perdu. Ce nom m'est échappé.

DEMIPHON,

Hé bien, que dites-vous ?

phormion (bas à Geta).

x Geta, si tu te souviens de ce nom que je disais tantôt , souffle le moi. (Haut à Demiphon.) Non, je ne veux pas le dire. Vous venez me sonder pour faire croire que vous ne l'avez pas connu.

demipho\n.

Moi, je viens vous sonder ?

geta (tout bas à Phormion).

Stilphon.

s4o PHORMIO. ACT. IL SCEN. H.

PHORMIO.

Atque adeo quid mea?

Stilpho est.

DEM1PHO.

Quem dixti? ^

PHORMIO.

Stilphonem, inquam, noveras?

> DEMIPHO.

Neque ego illum noram : neque mihi cognatus fuit Quisquam isthoc nomine.

PHORMIO. •

Itane? Non tehorûm pudet?

At si talentum rem reliquisset decem.

DEMIPHO.

Di tibi maie faciant!

PHORMIO.

Primus esses memoriter Progeniem vostram usque ab avo atque atavo proferens.

DEMIPHO.

Ita ut dicis 5 . Ego tum si advenissem, qui mihi Cognata ea esset, dicerem. Itidem tu face.

Cedo , qui est cognata ?

geta.

Eu, noster! recte : heus tu, cave.

Dilucide expedivi, quibus me oportuit Judicibus. Tum si id falsum fuerat , filius Cur non refellit?

LE PHORMION. ACT. IL SCÈN. IL »4t p ho rm ion (à Demiphon).

Au reste, que m'importe ? 11 s'appelait Stilphon.

DEMIPHON.

Comment dites-vous ?

PHORMION

Stilphon, tous dis-je, le connaissiez-vous ?

DEMIPHON.

Jamais je ne l'ai connu, jamais je n'eus aucun parent de ce nom.

PHORMION

Jamais? N'avez -vous pas de honte? Ah ! s'il avait laissé une succession de dix talents....

DEMIPHON.

Que les dieux te confondent ! t

phormion (continuant)*

Vous -seriez le premier à venir nous expliquer sur le bout du doigt toute votre généalogie, depuis votre aïeul, votre bisaïeul.

DEMIPHON.

Vous avez raison. J'expliquerais alors comment elle est ma parente. Faites la même chose, vous. Dites-moi, de quel côté est-elle ma cousine ?

g e t a (à Demiphon).

Fort bien, notre maître. (Bas à Phormion.) Prenez garde à vous.

phormion (à Demiphon).

J'ai expliqué tout cela clairement aux juges, comme je le devais. Si ce que j'avançais était faux, que votre fils ne m% réfutait-il ?

il. 16

s4s PHORMIO.ACT.II.SCEH.il.

DEMIPHO.

Filium narras mihi?

Cujus de stultitia dici, ut dignum est, non potest.

PHORMIO.

Àt tu, qui sapiens es, magistratus adi, Judicium de eadem causa iterum ut reddant tibi : Quandoquidem solùs régnas , et soli licet Hic de eadem causa bis judicium adipiscier.

DEMIPHO.

Etsi mihi facta injuria 'st., verumtamen Potius quam lites secter , aut quam te audiam : Itidem ut cognata si sit, id quod lex jubet Dotem dare , abduce hanc ; minas quinque accipe.

PHORMIO.

Ha, ha, hae! homo suavis.

DEMIPHO.

Quid est? Num iniquum postule?

An ne hoc quidem adipiscar ego, quod jus puBlicum est?

Itane tandem ,quaeso? Item ut meretricem , ubi abusus sis, Mercedem dare lex jubet ei, atque amittere? An, Ut ne quid turpe civis in se admittereC Propter egestatem, proximo jussa st dari, • Ut cum uno aetatem degeret ? Quod tu vetas.

DEMIPHO.

Ita , proximo quidem : at nos unde ? aut quamobrem ?

PHORMIO.

Ohe,

Actujn , aiunt, ne agas.

LE PHORMIONi ACT. II. SCÈN. IL «45

DIMIPHON.

Vous me parlez de mon fils, qui est d'une sottise au-dessus de toute expression»

phormion (ironiquement)* Mais vous, qui êtes la sagesse en personne, allez trouver les magistrats; demandez qu'on remette cette affaire sur le bureau, puisque vous régnez seul ici, et que vous seul pouvez faire juger deux fois la même cause.

DEMIPHOÏT.

Quoiqu'on m'ait fait une injustice, cependant, plutôt que de suivre un procès, plutôt que de vous entendre, faisons comme si elle était ma cousine. La loi fixe la dot à cinq mines, çmmenez-la; je vous les donne.

phormion (riant).

Ah, ah, ah, vous êtes un homme charmant I

demiphon.

Qu'avez -vous à rire? Ma demande est -elle injuste ? Quoi, je n'obtiendrai pas même ce qui est de droit commun ?

Comment donc enfin, je vous prie? Le droit commun vous permet-il de traiter une honnête fille comme une courtisane, delà payer et de la renvoyer? Afin que la pauvreté ne forçât point une citoyenne à se déshonorer, la loi n'a-t-elle pas voulu qu'elle épousât son plus proche parent, et qu'elle vécût avec un seul mari? Et c'est là ce que vous ne voulez pas.

DEMIPHON.

Son plus proche parent, à la bonne heure. Mais nous, de quel côté, comment sommes-nous parents ?

PHORMION

Affaire jugée, dit-on, ne doit point se plaider.

DEMIPHO.

Non agam? Immo haud desinam, Donep perfecero hoc.

PHORMIO.

Ineptis.

DEMIPHO.

Sine modo.

PHORMIO.

Postrerao tecum nihil rei nobis, Demipho, e$t, Tuus est damnatus gnatus, non tu 6 : nam tua Praeterierat jam ad ducendum aetas.

Omnia haec Illum putato, quae ego nunc dico, dicere :

Aut quidem cum uxore hac , ipsilra prohibebo domo.

GETA

Iratus est.

PHORMIO.

Tute idem melius feceris 7 .

DEMIPHO.

Itane es paratus facere me advorsum omnia , Infelix?

PHORMIO.

Metuit hic nos, tamçtsi sedulo Dissimulât. __

GETA

He&e habent tibi principia.

DEMIPIION.

Je ne plaiderais pas? Tout au contraire, je ne cesserai de plaider , jusqu'à ce que j'en sois venu à bout.

PHORMIOlf.

Vous radotez.

BjBMIPHON.

Laissez-moi faire.

Enfin, Demiphon, je n'ai rien à démêler avec vous. C'est votre fils qui a été condamné, ce n'est pas vous, car vous n'étiez plus d'âge à vous marier.

y DEMIPHON.

Tout ce que je dis maintenant, imaginez que c'est mon fils qui le dit ; ou, par ma foi, je le chasserai de ma maison lui et cette femme.

gbtâ (à Phormionj.

11 est en colère.

PHORMION

Vous agirez plus sagement.

DEMIPHON.

As-tu donc résolu de me contrarier en tout, misérable ?

PHORMION (basàGeta).

11 a beau dissimuler, il me craint.

g e t a (bas à Phormionj.

Le début vous réussit à merveille.

»46 PHORMIO. ACT. IL SGEN. IL

PHORMIO.

Quin, quod est Ferendum, feras? Tuis dignum factis feceris, Ut amici inter nos simus.

DEMIPHO.

JEgon' tuam expetam Amicitiam? Aut te visum, aut auditum velim?

PHORMIO.

Si concordabis çjim illa, habebis quae tuam Senectutem oblectet : respice aetatem tuam.

DEMIPHO.

Te oblectet : tibi habe.

PHORMIO.

Minue vero iram.

DEMIPHO.

Hoc âge :

Satis jam verborum est. Nisi tu properas mulierem Abducere, ego illam ejiciam. Dixi, Phormio.

PHORMIO.

Si tu illam adtigeris secus, quam dignum est liberam , Dicam tibi impingam grandem. Dixi, Demipho.

Si quid opus fuerit , heus , domo me .

geta.

Intelligo,

ph or m ion (à Demiphon).

Que ne prenez-vous votre parti de bonne grâce ? C'est le moyen de vous rendre digne de mon amitié.

demiphon (vivement).

Moi, rechercher votre amitié ? Je voudrais vous voir, ou vous entendre ?

phormion (avec douceur).

Si vous vous accordez avec votre bru, elle fera la douceur de vos vieux jours. Considérez votre âge.

d e in p h on (avec colère).

Qu'elle soit votre douceur à vous-même. Prenez-la pour vous. ,

PHORMION

Modérez votre colère.

DEMIPHON.

Écoutez, c'est assez disputer. Si vous ne vous hâjtez d'emmener cette femme, je la chasse de ma maison. Voilà mon dernier mot, Phormion.

PHORMION

Si vous lui faites le moindre traitement qui ne soit pas digne d'une femme libre, je vous intente un procès dont vous ne verrez pas la fin. Voilà mon dernier mot, Demiphon.

(BasàGeta.) Toi, si l'on a besoin je serai

g £ t A ( bas à Phormion ).

J'entends.

SCENA III

DEMIPHO, GETA, HEGIO, CRATINUS, CRITO.

DEMIPHO. *

Quanta me cura et sollicitudine afficit Gnatus , qui me et se hisce impedivit nuptiis ! Neque mihi in conspectum prodit ; ut saltem sciam , Quid de hac re dicat, quidve sit sententiae.

Abi tu, vise , redieritne jam, an nondum, domum.

Eo\

SCENA IV 1

DEMIPHO, HEGIO, CRATINUS, CRITO-

DEMIPHO.

Videtis quo inloco res haec siet.

Quid ago? Die, Hegio.

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