‹ Théâtre complet des LatinsChapitre 92 sur 154 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

SOPHRONE, CHRÊMES.

sophronb [sans apercevoir Chrêmes).

Que faire? Où trouver un ami dans mon malheur? A qui

'déclarer un tel secret? De qui implorer le secours? Je

tremble que, pour avoir suivi mes conseils, ma maîtresse ne

soit indignement traitée ; j'apprends que le père du jeune

homme en est si violemment courroucé...

chrêmes (avec étonnement, à part).

Mais quelle est cette vieille toute troublée, qui sort de chez mon frère. , :

sophrone (toujours à part).

C'est la pauvreté qui m'a poussée à le faire, ce mariage. Je savais cependant bien qu'on pourrait le casser ; mais en attendant, je procurais de quoi vivre à ma maltresse.

CHREMES.

Par ma foi, si mon imagination ou mes yeux ne me trompent, c'est la nourrice de ma fille, que j'aperçois.

SOPHROIfl,

On ne sait où déterrer.

3io PHORMIO- ACT. IV. SCEN. VI.

CHREMES.

Quid agam?

SOPHRONA.

Qui est ejus pater.

CHREMES.

Adeo, an maneo , dum ea quae loquitur , magis cognosco ?

SOPHRONA.

Quod si eum nunc reperire possim , nihil est quod verear.

CHREMES.

Ea'stipsa:

Çplloquar.

SOPHRONA.

Quis hic loquitur?

CHREMES.

Sophrona.

SOPHRONA.

Et meum nomen nominat?

CHREMES.

Respice ad me.

SOPHRONA.

Di , obsecro vos ! estne hic Stilpho ?

Non.

SOPHRONA.

Negas?

CHREMES.

Concède hinc a foribus paululum istorsum , sodés , Sophrona, Ne me isthoc posthac nomme adpelUssis.

LE PHORMION. ACT. IV. SCÈN. VI. 5n

CHEÉMfeS.

Quel parti prendre?

SOPHRONJS.

Son père.

CHREMES.

Aborderai-je cette femme , ou attendrai-jeque j'aie mieux compris ce qu'elle dit?

SOPHRONE.

Si je pouvais le trouver, je n'aurais rien à craindre.

. CHRÉM&S.

C'est elle-même je vais lui parler.

s ovvinonE (entendant Chrêmes J.

Qui est-ce qui parle ici ?

Sophrone.

SOPHRONE

Et qui m'appelle par mon nom ?

CHRÊMES.

Regarde par ici.

SOPHRONE

Ah, grands dieux ! n'est-ce pas là Stilphon?

CHRÉMks.

Non.

SOPHRONE.

Gomment non ?

CHBÉMkS.

Eloigne-toi un peu de cette porte, jp te prie, Spphroûe, et garde-toi de m'appeler jamais de ce nom.

5i* PHORMIO. ACT. IV. SCEN. VI.

SOPHRONA.

Quid? non, obsecro, es, Quem semper te esse dictitasti 1 ?

CHREMES.

St.

SOPHROJfA.

Quid has metuis fores?

Conclusam hic habeo uxorem saevam 2 . Verum isthoc de

nomine Eo perperam olim dixi , ne vos forte imprudentes f oris Effutiretis : atque id porro aliqua uxor raea rescisceret.

SOPHRONA.

Hem! Isthoc pol nos te hic invenire miserae numquam potuimus.

CHREMES.

Eho die mihi , quid rei tibi est cum familia hac , unde exis? Ubi illae sunt?

SOPHRONA.

Miseram me!

CHREMES.

Hem, quid est? vivuntne?

SOPHRONA.

Vivit gnata :

Matrem ipsam ex aegritudine miseram mors consecuta est.

CHRÊMES.

Maie factum 3 !

LE PHORMION. ACT. IV. SCÈN. VI. 3i3

SOPHRONE.

Pourquoi» je tous prie ? Auriez-vous changé le nom que vous avez toujours porté ?

CHRÉMÎJS.

Paix.

SOPHRONE.

Pourquoi craignez-vous tant cette porte ?

CHRÊMES.

J'ai là dedans un dragon de femme. Autrefois je pris ce nom supposé, dans la crainte que . vous n'allassiez imprudemment babiller, et que ma femme n'eût vent de mon histoire.

SOPHRONE.

Ah! Voilà donc pourquoi nous n'avons jamais pu vou» trouver ici.

CHRÉMfeS.

Oh çà, dis-moi, quelle affaire as-tu dans la maison d'où tu sors ? Et où sont-elles ?

SOPHRONE.

Que je suis malheureuse !

CHRÊMES.

Hé bien, qu'y a-t-il ? Sont-elles vivantes ?

SOPHRONE.

Votre fille est vivante ; sa malheureuse mère a tant pris de chagrin, qu'elle en est morte.

CHRÉMkS.

Voilà un grand malheur !

3i4 PHORMIO. ACT. IV. SCEN. VI.

SOPHRONA,

Ego autem , quae essem anus déserta , egens , ignota , Ut potui, nuptum virginem locavi huic adolescenti, Harum qui est dommus aedium.

CHREMES.

Antiphonine?

SOPHRONA.

Hem , illi ipsi.

CHREMES.

Quid? Duasne is uxoreshabet?

SOPHRONA.

Au! obsecro unam ille quidem hanc solam.

CHREMES.

Quid illa altéra , quae dicitur cognata ?

SOPHRONA.

Haec ergo est.

CHREMES.

Quid ais?

SOPHRONA.

Composito factum 'st ,quomodo hanc amans habere posset Sine dote.

CHREMES.

Di vostram fidem ! quam saepe forte temere Eveniunt, quàe non audeas optare! offendi adveniens, Quicum volebam, atque ut volebam 4 , collocatam fîliam. Quod nos ambo opère maximo dabamus operam ut fieret, Sine nostra cura, maxuma sua cura, haec sola fecit.

LE PHORMION. ACT. IV. SCÈN. VI. 5i5

SOPHRONE.,

Pour moi, qui me voyais sans appui, pauvre, inconnue, j'ai marié, comme j'ai pu, votre fille au jeune homme qui est le maître de cette maison.

CHRÊMES.

A Antiphon.

• OPHRONE.

Oui, à lui-même.

CHRÊMES.

Gomment I est-ce qu'il a deux femmes ?

SOPHRONE.

Deux femmes, grands dieux! Il n'a qu'elle seule.

CHREMES.

Et cette autre qu'on dit sa parente ?

SOPHRONE.

C'est votre fille.

Que dis-tu ?

CHRÊMES.

SOPHRONE.

C'est une parenté concertée pour donner à ce jeune homme qui aimait votre fille, le moyen de l'épouser sans dot.

CHRÊMES.

Grands dieux ! comme souvent un aveugle hasard amène des événements qu'on n'oserait désirer ! En arrivant je trouve ma fille mariée à celui que je lui destinais, et comme je le voulais. Un mariage que nous arrangions avec grand'peine mon frère et moi, cette vieille femme toute seule l'a fait réussir par ses soins, sans que nous nous en soyons mêlés.

5i6 PHORMIO. ÀCT. IV. SCEN. VI.

SOPHRONA.

Nunc quid opus facto sit, vide. Pater adolescentis venit: Eumque animo iniquo hoc oppido ferre aiunt

CHREMES.

Nihil pericli 'st.

Sed per deos atque hommes, meam esse hanc, cave resciscat quisquam.

SOPHRONA.

Netno ex me scibit.

CHREMES.

Sequere me : intus caetera audies .

LE PHORMION. ÀCT. IV. SGÈN. VI. 3i 7

SOPHRONE.

Voyez ce qu'il faut faire à présent. Le père du jeune homme est arrivé. On dit qu'il est fort en colère de cette alliance.

CHREMES.

Jn'y a rien à craindre. Mais, au nom des dieux et des hommes, prends bien garde que personne ne sache qu'elle est ma fille.

SOPHRON b.

Je ne le dirai à personne.

CHREMES.

Suis- moi, tu apprendras le reste là dedans. (Ils entrent chez Demipkoru )

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