‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 101 sur 128 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LE CHOEUR

Il n'est pas composé des mémes personnes que la nourrice appelle dans la scéne précédente,

Ir a fui comme l'orage impétueux , comme le vent rapide qui dissipe les nuages, comme la flamme qui presse sa course, comme les étoiles qui traversent le ciel en laissant de longues trainées de lumière. O Hippolyte ! que la renommée qui nous vante les héros des vieux áges les compare avec toi : tu les surpasseras par ton éclat, comme Phebé qui, lorsqu'elle brille de toute sa splendeur, efface au ciel les

Clarior quanto micat orbe pleno,

Cum suos ignes coeunte cornu Junxit, et curru properante pernox Exserit vultus rubicunda Phoebe; Nec tenent stellae faciem minores.

Qualis est primas referens tenebras Nuntius noctis, modo lotus undis Hesperus, pulsis iterum tenebris Lucifer idem.

Et tu thyrsigera Liber ab India, Intonsa juvenis perpetuum coma, Tigres pampinea cuspide territans, Ac mitra cohibens cornigerum caput, Non vinces rigidas Hippolyti comas.

Nec vultus nimium suspicias tuos.

Omnes per populos fabula distulit, Phaedrae quem Bromio praetulerit soror.

Anceps forma banum mortalibus , Exigui donum breve temporis,

Ut velox celeri pede laberis!

Non sic prata novo vere decentia AËstatis calidae despoliat vapor, :

Saevit solstitio cum medius dies,

Et noctem brevibus praecipitat rotis; Languescunt folio lilia pallido;

Et gratae capiti deficiunt rosae :

Ut. fulgor, teneris qui radiat genis, Momento rápitur! nullaque non dies Formosi spolium corporis abstulit.

Res est forma fugax. Quis sapiens bono Confidat fragili ?

astres de la nuit, montre avec fierté sa tête radieuse , et voit pálir à son aspect les constellations vulgaires. Tu brilles, à fils de Thésée, comme ce dieu messager de la nuit, qui, tantót sous le nom d'Hespérus, en sortant du sein de l'onde, vient nous ramener les ténébres, et tantót sous celui de Lucifer, nous annoncer le retour de la divine Áurore.

Et toi, vainqueur de l'Inde, dieu du Thyrse, toi qui conserves toujours les attraits de la jeunesse, tu ne saurais méme avec ta chevelure flottante, et ce dard orné de pampre qui te sert à régir les tigres ; avec cette mitre éclatante qui couvre ta téte, effacer Hippolyte dans sa parure modeste et négligée.

Cependant, ne sois pas trop fier de ta beauté Tout le monde connaît l’histoire du héros que la sœur de Phèdre avait préféré à Bacchus lui-même. La beauté, ce don fragile que le ciel fait aux humains ne luit, hélas! qu'un instant, et s'évanouit à jamais; elle disparait plus rapidement que le brillant émail dont le printemps embellit nos prairies lorsque les vapeurs brûlantes de l'été se font sentir, et que le soleil au milieu de sa course , entrant dans le solstice, se dispose à précipiter son char vers la nuit. Le lis aux:féuilles éclatantes tombe en langueur ; la rose qui'embellit fos? plus superbes têtes, se décolare et se fane. Cruelle fatalité ! qui détruit -de méme en un moment le ravissant incarnat de la jeunesse. Hélas ! chaque jour enlève quelques attraits à la beauté la plus parfaite. O présent trop fragile! La sagesse peut-elle compter sur ta durée éphémère ?

Mais tant qu'on possède ce don du ciel, il faut en user. Le temps ne vient que trop tót le détruire en silence, et chaque heure qui arrive lui fait perdre de son lustre. O Hippolyte, pourquoi sans cesse vous cacher dans les déserts ? Les asiles les plus. secrets ne sont pas les plus sûrs pour la

RET amans

546 HIPPOLYTUS. ACT. II. SCEN. IY.

Dum licet, utere.

Tempus te tacitum subruet, horaque Semper praeterita deterior subit.

Quid deserta petis? tutior aviis

Non est forma locis. Te nemore abdito, Cum Titan medium constituit diem, Cinget turba licens, Naides improbae, Formosos solitae claudere fontibus :

Et somnis facient insidias tuis

Lascivae nemorum Deae, Montivagique Panes.

Aut te stellifero despiciens polo

Sidus, post veteres Arcadas editum, Currus non poterit flectere candidos.

Et nuper rubuit; nullaque lucidis Nubes sordidior vultibus obstitit.

At nos solliciti lumine turbido, Tractam Thessalicis carminibus rati, Tinnitus dedimus. Tu fueras labor, Et tu eausa morae. Te Dea noctium Dum spectat, celeres sustinuit vias.

Vexent hane faciem frigora parcius, - Haec solem facies rarius appetat, Lueebit Pario marmaore clarius.

Quam grata est facies torva viriliter, Et pondus veteris triste supercilii!

Phoebo colla licet splendida compares: Jllum caesaries, nescia colligi Perfundens humeros , ornat et integit :

Te frons hirta decet, te brevior coma Nulla lege jacens. Tu licet asperos

HIPPOLYTE. ACT. IIl. SCEN. IV. 547

beauté. Dans un bois solitaire, lorsqu® le dieu du jour est au milieu de sa course, on peut rencontrer bien des dangers; on peut trouver des Naïades agacantes , qui vous renferment dans les fontaines sacrées auxquelles elles président. Les divinités des bois , celles des montagnes, ces mémes Dryades que poursuivent les Faunes téméraires , peuvent, dans leur folátre gaîté, vous dresser mille embüches pendant votre sommeil. Du milieu des astres de la nuit, Diane, en vous découvrant lorsqu'elle s'éléve derriére les monts de l'Areadie, pourrait arréter son char auprés de vous. Et derniérement n'avons-nous pas yu rougir cette déesse, sans qu'aucun nuage couvrit son disque lumineux ? Inquiets de cette lumière de sang , nous pensions qu’elle était attirée sur Ja terre par les charmes de la Thessalie, et soudain pour la oonsoler nous avons fait retentir au loin l'airain bruyant. Vous seul cependant étiez la cause de ses souffrances et de la lenteur avec laquelle elle fournissait ga Carriére : en vous regardant elle avait arrété sa marche.

N'exposez plus les grâces de votre visage aux atteintes de l'hiver et aux brôlants rayons du soleil : il sera plus brillant que le marbre de Pares. Vous prenez donc plaisir à rembrunir ces traits si délicats ; à prendre eet. ain grave qui ne convient qu'à un vieillard sourcill eux et mélaneolique! Votre cou d'albátre est comparable à cutui d'A pollon ; mais ce dieu laisse flotter sur ses épaules sa belle chevelure qui sert à la fois à les couvrir et à les parer : et vous , vous préférez, en coupant ou en négligeant la vótre, vous priver d'un ornement précieux.

Vous surpassez en force les glorieux héros, vous avez la majesté de leur taille ; votre vigueur est comparable à celle

Pugnacesque Deos viribus arceas, Et vasti spatio vincere corporis, AEquas Herculeos jam juvenis toros, Martis belligeri pectore latior.

Si dorso libeat cornipedis vehi; . Frenis Castorea mobilior manu Spartanum poteris flectere Cyllaron.

Ámentum digitis tende prioribus, Et totis jaculum dirige viribus; Tam longe, dociles spicula figere, Non mittent gracilem Cretes arundinem.

Aut si tela modo spargere Parthico In coelum placeat; nulla sine alite Descendent, tepido viscere condita :

Praedam de mediis nubibus afferes.

Raris forma viris (secula prospice ) Impunita fuit. Te melior Deus Tutum praetereat , formaque nobilis Deformis senii monstret imaginem.

Quid sinat. inausum feminae praeceps furor?

Nefanda juveni crimina. insonti parat.

En scelera! quaerit crine lacerato fidem.

Decus omne turbat capitis. Humectat genas.

Instruitur omnis fraude feminea dolus.

Sed iste quisnam est, regium in vultu decus Gerens, et alto vertice attollens eaput?

Ut ora juveni paria Pirithoo gerit !

Ni languido candore pallerent genae, Staretque recta squallor incultus conia.

En, ipse Theseus redditus terris adest.

d'Alcide ; votre poitrine est large comme celle du dieu Mars. . Monté sur une coursier généreux, d'une main plus sûre et plus souple que celle de Castor, vous dompteriez le Cyllare de Sparte. Le Crétois le plus habile ne vous surpasserait pas à tendre un arc , à lancer un trait, à faire parcourir un grand espace au fréle roseau. Si vous voulez , à la maniére des Parthes, répandre vos fléches dans le ciel, il n'en tombera pas une seule en terre qui ne soit teinte du sang d'un oiseau attaqué au milieu des airs. Mais, Ô Hippolyte, consultez les siécles : toujours la beauté fut fatale aux. héros. Puisse quelque dieu propice vous affranchir de cette loi générale , et puisse cette beauté se prolonger pour vous au-delà des limites de la vieillesse !

Hélas! à quel excés ne se porte pas la passion effrénée d'une femme? Elle dirige une accusation odieuse contre un jeune héros innocent. C'est en s'arrachant les cheveux, en mettant tout l'éclat de sa téte en désordre, en versant des larmes perfides, qu'elle prétend faire croire la vertu criminelle. Toujours la finesse et la ruse s'unissent dans les femmes à la méchanceté.... Mais qui porte ici sa téte altitre, noble, majestueuse ? Ce sont les traits du généreux ami de Pirithoüs, quand il était jeune encore. Mais il n'a plus la méme fraîcheur, son visage est pâle, et ses beaux cheveux ne sont plus bouclés comme dans sa jeunesse.... C'est Thésée , Thésée lui-même que Pluton a rendu à la terre.

^A LAS TAAAZAA QA SAVRAAAVO SA/2RAAAS VAAA VAVAAVEARAASA/S2A//24/2 AAA SAVAAALA

ACTUS III

SCENA PRIMA

THESEUS, NUTRIX.

Page 1