‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 106 sur 128 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LE CHOEUR

O naTURE, puissante mère des immortels, et vous souverain moteur de l'Olympe, qui entraînez les astres épars dans le ciel, qui pressez leur course errante, qui donnez un mouvement si rapide aux póles de l'univers , pourquoi régissezvous le firmament avec tant d'harmonie ? Pourquoi cette vicissitude constante et de l'hiver qui dépouille nos bois, et du printemps qui rend l'ombrage à nos arbrisseaux , et de la canicule qui , par ses feux , mürit les dons de Cérès ? O roi des cieux, qui vois à tes pieds ces grands corps parcourir si réguliérement leurs orbites , pourquoi gardes-tu cet ordre admirable pour eux, et prends- tu si peu de soin de la con-

duite des hommes ? D'oà vient ton indifférence à récom-

Qui tanta regis, sub quo vasti

: Pondera mendi librata suos Ducunt orbes, hominum nimium Securus abes; non sollicitus Prodesse bonis, nocuisse malis ?

Res humanas ordine nullo Fortuna regit, spargitque manu Munera caeca, pejora fovens.

Vincit sanctos dira libido.

Fraus sublimi regnat in aula.

Tradere turpi fasces populus Gaudet; eosdem colit, atque odit.

Tristis virtus perversa tulit Praemia recti. Castos sequitur Mala paupertas: vitioque potens Regnat adulter.

O vane pudor, falsumque decus !

Sed quid citato nuntius portat gradu, Rigatque moestis lugubrem vultum genis?

penser la vertu et à punir le crime ? Tu laisses la triste humanité à la discrétion du hasard ; tu permets que la fortune régisse la terre au gré de son caprice, et distribue ses faveurs avec tant d'inégalité , ou qu'elle les réserve aux méchans ! Tu n'empéches donc point l'infame passion de prospérer, ni l'innocence de gémir ? La perfidie domine dans le palais des rois ; le peuple accorde l'honneur des faisceaux à des hommes avilis , et se prosterne aux genoux de ceux qu'il abhorre. . La sombre hypocrisie recoit la récompense due au vrai mérité ; la misère est le partage des hommes purs, et l'adultére, que le vice éléve, monte sur le tróne.

O vertu! tu n'es plus qu'un vain nom, une décoration stérile.... Mais que vient nous apprendre ce courrier avec tant de précipitation ? Il essuie son visage tout baigné de larmes.

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