SCÈNE III
THÉSÉE (seul).
O ri£r£ filiale, 6 souverain de l'Olympe, et vous, souverain de l'empire des mers; qui peut donc avoir jeté cet exécrable fléau dans ma famille ? est-ce le doux climat de la Gréce , ou linhospitalier Taurus, ou le Phase de Colchos (1) qui m'a donné un fils si dénaturé ? Il a bien repris tout le caractére de sa race; c'est un véritable Scythe qui retourne aux premières habitudes du sang dont il est sorti, et qui me déshonore. Oui, je retrouve en lui cette indigne aversion des fiéres amazones pour le saint nom de Phymen , et chez lesquelles la plus avilissante prostitution suit une longue chasteté. O race exécrable, que des climats plus purs n'ont pu soumettre à leurs lois! Les bétes elles-mémes n'ont point de ces penchants criminels, et sans le savoir, elles respectent souvent les lois sacrées de la nature... Le malheureux ! avec cet air de candeur, cette apparence de vertu empreinte sur son front, cette négligence dans ses habits, cette préférence marquée pour l'antique parure , cette triste austérité qui ne sied qu'aux vieillards, et ce maintien sévère et grave.... O trompeuse humanité , tu ne fais point connaitre les sentimens de l'áme par des signes certains, tu donnes l'éclat de la beauté aux suborneurs infames; tu permets que la pudeur serve de voile à l'impudence , la modestie à l'audace, la
Ille efferatus, castus, intactus , rudis,
Mihi te reservas? a meo primum toro.
Et scelere tanto placuit ordiri virum?
Jam jam superno numini grates ago,
Quod icta nostra cecidit Antiope manu :
Quod non ad antra Stygia descendens tibi Matrem reliqui. Profugus ignotas procul Percurre gentes. Te licet terra ultimo Summota mundo dirimat Oceani plagis, Orbemque nostris pedibus obversum colas'; Licet in recessu penitus extremo abditus Horrifera celsi regna transieris poli; Hiemesque supra positus et canas nives, Gelidi frementes liqueris Boreae minas
Post te furentes; sceleribus poenas dabis.
Profugum per omnes pertinax latebras premam.
Longinqua, clausa, abstrusa, diversa, invia Emetiemur. Nullus obstabit locus.
Seis, unde redeam. Tela quo mitti haud queunt, Huc vota mittam. Genitor aequoreus dedit, Ut vota prono trina concipiam Deo,
Et invocata munus hoc sanxit Styge.
En, perage donum triste , regnator freti.
Non cernat ultra lucidum Hippolytus diem, Adeatque Manes juvenis jratos patri.
Fer abominandam nunc opem nato, parens.
Nunquam supremum numinis munus tui Consumeremus, magna ni premerent mala.
piété au crime.... Tu souffres que l'éloge de la vérité sorte de la bouche d'un perfide, et qu'un láche fasse l'éloge du courage! O farouche habitant des bois , toi que je croyais pur, chaste, innocent, c'est ainsi que tu te disposes à me succéder.
C'est en souillant la couche paternelle que tu signales ton entrée dans le monde ! Du moins, dans mon malheur, je rends graces au maître des dieux, puisque déjà l'odieuse Antiope, mère de cet impie, est tombée sous ma main , et qu'en revenant des enfers , j'ai laissé son âme errante sur les bords du Styx. Malheureux fugitif, va cacher ton crime dans des climats aussi barbares que toi. Mais quand tu serais relégué dans la dernière contrée du monde , et séparé de moi par les dernières plages de l'Océan; quand tu serais parvenu dans l’autre hémisphére , dans quelque asile impénétrable du globe, audelà du póle glacial, du séjour des neiges, des frimats, des souffles impétueux et menacans de Borée , ma fureur qui te suivra partout, saura bien te découvrir et punir ton crime, Oui , ma vengeance infatigable franchira pour t'atteindre les solitudes, les déserts les plus affreux , les lieux les plus inabordables, les obstacles les plus terribles... Tu sais d’où je reviens.... Mes imprécations te suivront partout (2) où mes traits ne pourraient t'atteindye.... Le dieu de la mer, auteur de ma naissance , a juré sur l'onde inviolable du Styx d'accomplir trois vœut que je formerais à mon gré. O souverain des flots , que ce jour soit le dernier qui brille pour Hippolyte; précipite mon fils odieux chez les mánes. Accorde-moi cette triste faveur; Ô Neptune, exauce un vœu détestable. Si mon malheur était moins affreux, je ne réclamerais point de ta divinité cette grâce insigne ; tu sais qu'au fond de l'Érébe , sous la main de Pluton , au milieu de toutes les menaces de l'enfer, je ne t'ai point invoqué. Je réclame aujourd'hui hau-
Inter profunda Tartara, et ditem horridum, Et imminentes regis inferni minas,
Voto peperci. Redde nunc pactam fidem, Genitor. Moraris? cur adhuc undae silent?
Nunc atra ventis nubila impellentibus Subtexe noctem ; sidera et coelum eripe.
Effunde pontum. Vulgus aequoreum cie, Fluctusque ab ipso tumidus Oceano voca.
SCENA IV
CHORUS
O MAGNA parens Natura Deum, Tuque igniferi rector Olympi, Qui sparsa cito sidera mundo Cursusque vagos rapis astrorum, Celerique polos cardine versas,
. Cur tibi tanta est cura, perennes Agitare vias aetheris alti?
Ut nunc canae frigora. brumae Nudent silvas; nunc arbustis Redeant umbrae; nunc aestivi
. Colla Leonis Cererem magno Fervore coquant; viresque suas Temperet annus? sed cur idem,
tement l'accomplissement de ta promesse, ó dieu que j’implore.... Mais quoi ! tes ondes restent toujours calmes , et les vents rapides n'aménent point encore les sombres nuages précurseurs de la tempéte. Répands donc à ma voix sur le liquide élément toutes les ténébres de la nuit, dérobe au monde le ciel et les astres , précipite les vagues, rassemble tous les monstres, souléve tous les flots du fonds de l'Océan....