‹ Théâtre complet des Latins (volume 2)Chapitre 18 sur 128 · XLI DISSERTATION · texte numérisé non relu

XLI DISSERTATION

et aprés s être garanti pendant sa retraite du poison qu on lui destinait , et que Cléonicus son affranchi avait été chargé par Néron de lui présenter, il ne put éviter de plus grands périls.

La conjuration de Pison contre l'empereur vint à éclater. Elle fut découverte, et un certain Natalis, par la plus láche complaisance pour Néron, accusa fausaement Sénèque d'avoir été instruit du complot. Toutes les recherches que firent de concert le prince avec Poppée et Tigellinus, ne servirent qu'à prouver l'innocence du philosophe , à qui le tyran farouche envoya cependant l'ordre de mourir.

Un centurion vientSBotifier à Sénéque cette injuste sentence. Le Philosophe, sans témoigner aucune émotion , demande $es tablettes pour relire son testament. Le centurion s'y óppose. Sénéque se retourne vers ses amis , et leur dit que , puisqu'on lui défendait de leur donner des preuyes de son attachement et de sa reconnaissance, illeur laissait du moins ce qu'il avait de plus précieux à leur offrir, l'image de sa vie, la morale de ses ouvrages, et que s'ils les mettaient à profit, ils ne perdraient jamais le souvenir de sa constante amitié. Il s'apercoit bientót que ces infortunés fondent en larmes; il essaie d'abord de les consoler , de les encourager, puis leur parlant d’un ton -plus sévère et plus ferme : Est-ce ainsi , leur demande-t-il , que vous avez retenu les lecons de la sagesse? Comment, aprés tant d'années de méditations , n'avez-vous pas prémuni vos cœurs

DISSERTATION. XLVII contre les calamités ordinaires de la vie? Eh! qui de vous ne connaissait pas la cruauté de Néron ? Après avoir tué sa mère et son frère, il ne lui manquait plus

. que d'assassiner son précepteur. .

À peine a-t-il terminé ces exhortations touchantes, qu'il se jette dans les bras de son épouse, il la rassure et la prie de ne pas succomber à sa douleur, de songer

| quil a mené une vie sans reproche, et que ses vertus

suffiront pour la consoler d'une séparation pénible. La courageuse Pauline répond qu'elle ne veut pas lui survivre, et fait signe à celui qui était chargé des ordres de Néron, de lui donner la mort à elle-méme.

Sénéque touché de tant d'héroisme et de tant d'amour, lui dit : j'ai voulu vous attacher aux charmes de la vie, et vous, Pauline, vous préférez une mort glorieuse. Je ne suis point fáché du dévouement dont vous offrez l'exemple. Montrons tous les deux une noble constance; mais votre trépas sera plus glorieux que le mien aur yeux de la postérité. En méme temps les deux époux se font ouvrir les veines des bras. Le sang de Sénèque affaibli par l’âge et par le travail coulait pas lentement. Il exigea donc qu'on lui ouvrit aussi ks veines des jambes et des jarrets. Epuisé par les doulurs les plus cruelles, et pour ne pas déconrager Pauline par la vue de ses souffrances , il la prie de se retirer dns une chambre voisine. Cependant il conserve assez de force pour dicter à ses amis des sentences sublimes qe son éloquence lui inspira dans ses derniers moments

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